fbpx

Doing Business gate !

Actualité #212 septembre 2021

Doing Business gate !

 

 

«Le contenu était remis souvent en doute par certaines personnes. Mais avec ce dernier scandale, le scepticisme sera systématique face aux publications de la Banque mondiale», lâche l’économiste Mehdi Lahlou. Comme celui du Lancet, le saint des saints des publications scientifiques, tombé dans la controverse au début de la crise du Covid en raison d’une publication douteuse, le scandale économique lié aux irrégularités détectées dans les rapports du «Doing Business» bouleverse le monde de la finance. En effet, une enquête indépendante, commandée par l’institution financière elle-même, fait état de plusieurs disfonctionnements révélées dans les données des éditions 2018 et 2020 du rapport, notamment celle concernant 4 pays que sont la Chine, l’Arabie Saoudite, Les Emirats arabes unis et l’Azerbaïdjan. Elle conclut que «des hauts dirigeants de la banque, dont Kristalina Georgevia, ont fait pression sur les économistes (auteurs du rapport) pour améliorer le classement de la Chine en 2018». Face à cette grave accusation, la directrice générale du FMI s’est empressée de publier un démenti qui n’a cependant eu aucune résonnance puisque certaines voix appellent déjà à sa démission. La direction de la Banque mondiale de son côté ne s’est pas montrée indifférente. Dans un communiqué publié à Washington, elle affirme sa position: «La confiance dans les travaux de recherche du Groupe de la Banque mondiale est d’une importance capitale. Ces travaux guident les actions des décideurs politiques, aident les pays à prendre des décisions mieux éclairées et permettent aux parties prenantes de mesurer les progrès économiques et sociaux avec plus de précision». Par ailleurs, en raison de l’aura de ce document dans le monde, plusieurs experts ont démontré leur déception. Au Maroc, l’économiste Mehdi Lahlou déclare: «plus le pays est puissant, plus il a les moyens de faire des pressions afin d’avoir une position favorable. De plus, il faut souligner que c’est un outil idéologique qui fait la promotion du néolibéralisme». Et de poursuivre «c’est un précédent qui fera planer le doute et la méfiance sur les publications de la Banque mondiale». De son côté, l’économiste Adnane Benchekroune explique que cette situation doit emmener la Banque mondiale à revoir sa méthode dans la modélisation de son classement. Rappelons que l’institution de Bretton Woods a décidé de stopper définitivement la publication dudit rapport.  «Après avoir examiné toutes les informations disponibles à ce jour sur le rapport Doing Business, y compris les conclusions d’examens et audits antérieurs et le rapport rendu public par la Banque au nom du conseil des administrateurs, la direction du Groupe de la Banque mondiale a pris la décision de mettre un terme à la publication du rapport Doing Business», a indiqué l’institution dans son communiqué. Lancé en 2002 par la Banque mondiale et la Société Financière Internationale, le «Doing Business» est une publication annuelle largement consultée par les investisseurs. Son objectif était de mesurer dans 190 pays la réglementation des affaires et son application effective tout au long du cycle de vie de l’entreprise. Au Maroc, les précédents gouvernements avaient fait de ce classement une priorité. Classé 75e mondial en 2016, et 53e en 2020, le Royaume envisageait son entrée dans le top 50 du Doing Business dès cette année.