fbpx

L’istiqlal prépare son retour

Economie juin 2021

L’istiqlal prépare son retour

Dotée d’une capacité d’anticipation avérée, l’Alliance des économistes istiqlaliens a su se faire entendre. Sa stratégie com, une véritable caisse de résonance, jouera-t-elle en sa faveur pour récupérer l’exécutif?

Il y a comme un air d’élection. L’année 2020 n’aura pas été de tout repos pour l’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI), de plus en plus active ces derniers temps. Il faut dire que le contexte actuel a été une «aubaine» pour l’alliance pour s’afficher au premier rang avec à la clé des recommandations toutes ficelées. En effet, dès que les affres de la crise sanitaire ont commencé à se faire sentir au Maroc, l’AEI est vite allée en besogne pour concocter des issues de sortie de crise et ce avant même la prise de décision d’un confinement général. Dans son rapport diffusé à grande échelle, le think tank avait proposé la création d’un comité de veille stratégique et la mise en place d’une stratégie cohérente avec des mécanismes prédéfinis pour la gestion des situations de crise. «Nous avons été les premiers à pousser la réflexion pour la mise en place d’une loi de Finances rectificative et les mesures proposées ont été en grande partie adoptées par le Comité de veille, à qui nous avons attribué l’appellation avant même sa création. Nous avons également été précurseurs sur d’autres sujets tels que les délais de paiement», se vante Abdellatif Maâzouz, président de l’Alliance des économistes istiqlaliens. Trouvant une aura audible, l’alliance a continué sur sa lancée, apportant ainsi son lot de propositions à travers une série de mesures publiées tout au long de l’année. Certes, la conjoncture ne réjouissait pas, mais les économistes du vieux parti s’en sont donné à cœur joie pour apporter leur pierre à l’édifice et recommander des mesures appropriées au contexte national.

L’opposition s’active

Jamais l’opposition n’aura été aussi active. Depuis que le parti de la balance a basculé dans l’opposition en 2013, l’AEI se limitait essentiellement à une lecture critique des projets de loi de Finances. Or, la gestion de cette crise semble être l’opportunité idoine pour réprimander le gouvernement. «Chaque sujet à dimension économique interpelle l’alliance pour y apporter sa contribution. La plus-value réside dans les propositions, d’ailleurs, certaines d’entre elles ont provoqué des changements et finalement c’est l’objectif escompté», insiste Maâzouz. Et d’ajouter: «L’alliance ne veut pas être dans la critique juste pour la critique, mais plutôt pour l’analyse et la proposition constructive. Dans les éditions précédentes, aucune personne ou institution en particulier n’a été l’objet d’attaques ou de critiques. C’est la ligne de conduite que nous nous sommes imposée, à savoir être une force de proposition pas seulement pour le parti, mais pour la nation». Une force de proposition qui pèse de tout son poids lorsqu’elle émane de professionnels aux compétences avérées, distille Maâzouz. Et c’est ce que le parti défend comme valeur. Si les partis politiques sont critiqués sur le fait de ne pas disposer suffisamment de compétences, le problème ne se pose pas du côté de l’Istiqlal ou, du moins, c’est ce qui est prôné par le parti, car la vox populi garde en mémoire un Hamid Chabat qui a semé la zizanie au sein du parti et même du gouvernement engendrant ainsi une crise politique qui a paralysé l’action gouvernementale. En revanche, au sein du parti, il y a un ensemble d’organes qui veillent au développement des différentes catégories sociales de la population dans le cadre du travail de proximité. Au même titre que la formation d’organes qui s’occupent des jeunes, de la femme, de l’étudiant ou encore des hauts cadres. Il existe ainsi des alliances par spécialité, telles que celle des ingénieurs, des médecins, des avocats, des architectes et bien d’autres. Celle des économistes a vu le jour en 2008. Selon le président, c’est ce qui permet au parti d’avoir des experts politiques, une démarche qu’il essaye de cultiver depuis 40 ans à travers l’instauration de ce processus des alliances composées d’intellectuels et de compétences techniques dans différents domaines et qui portent la culture et la fibre politiques du parti. Ainsi, le think tank ne mène pas des réflexions distinctes du parti. Il s’agit d’un laboratoire d’idées qui œuvre suivant l’idéologie et les valeurs du parti, même si cette liberté de pensée est relative à l’économie et la finance. «Nos points de vue sont basés sur la science et la technique, mais la doctrine du parti reste ancrée. Comme nous pouvons orienter les choix et les positions du parti sur le plan économique. Nous sommes la voix du parti dans ce domaine», précise Abdellatif Maâzouz. Et pour ce faire, les équipes font des recherches et des séances de brainstorming scientifique. Une fois les idées ficelées, un comité se réunit et procède à la formulation et l’analyse des propositions. Pour les membres de l’alliance, qui sont des militants bénévoles, ces recommandations ont toujours quelque chose de bénéfique, même si elles n’étaient pas prises en considération, l’important est de créer le débat, qui peu importe l’impact, suscite quelque part un intérêt. C’était d’ailleurs le cas pour le secteur touristique. L’alliance avait organisé des débats sur le sujet bien avant le déclenchement de la crise sanitaire. Il en est de même pour l’immobilier, la digitalisation et la stratégie numérique. D’autres sujets épineux ont également fait l’objet de recommandations tels que la sauvegarde de la raffinerie la Samir.

Une tactique habituelle

Cependant, le bilan de l’Alliance des économistes istiqlaliens confirme cette tendance activiste. En effet, il en ressort que l’exercice 2019/2020 s’est clôturé sur une note positive. Le conseil national de l’alliance a montré que le think tank était particulièrement actif, notamment en période de confinement, à travers des propositions avant-gardistes sur des thématiques imposées par l’actualité. En cette période, les membres ont tenu des réunions plus de 20 fois dont plus de la moitié pendant le confinement. Même les doléances des Marocains du monde, en termes de relance post-Covid, ont été un sujet de préoccupation. Reste à savoir si cette profusion d’idées, relayée par une communication qui se veut pertinente et régulière, louant la capacité d’anticipation et la qualité des conclusions et des analyses émises, n’est pas une tactique pour faire basculer l’ordre électoral à leur avantage. Pour Maâzouz, cette dynamique est expliquée par la disponibilité des membres de l’alliance. De plus, il y a un vide sur la scène publique et comme l’alliance est active, elle est plus visible. «Dans les années 2008-2009, l’opposition comblait ce vide avec un PJD qui occupait le terrain et là c’est un changement de rôle qui se produit même si la manière diffère», dévoile Maâzouz. Cette façon de faire du parti prône la sauvegarde des entreprises, la préservation de l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages, et en fait son cheval de bataille. Abdellatif Maâzouz a d’ailleurs affiché clairement que le programme électoral du parti s’intéressera essentiellement au pouvoir d’achat des citoyens dans le but d’améliorer une classe moyenne en train d’être laminée. Comme un air de déjà-vu.