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E-learning, gadget ou antidote?

Entreprises juin 2021

E-learning, gadget ou antidote?

Non, le e-learning n’est pas une solution palliative à notre système éducatif. Il s’agit d’un mode d’enseignement qui répond à un cahier des charges et des exigences bien définis. Il est généralement proposé en simultané.

Le e-learning, un mode d’enseignement que l’ensemble du système éducatif a massivement adopté en ces temps de crise alors qu’il avait fait son entrée au Maroc bien des années plus tôt.  Depuis le début de l’opération d’enseignement à distance, 3.000 ressources numérisées ont été produites, et le nombre d’utilisateurs de la plateforme «TelmideTICE» s’est chiffré à 600.000 par jour. Mais ce mode d’enseignement se limite à diffuser le contenu des cours via les nouvelles technologies. A ce sujet, la confusion persiste. Car suffit-il de switcher vers des cours en distanciel pour prétendre au e-learning? En fait, ce système devrait obéir à un cahier des charges bien défini. Le processus pédagogique est une autre paire de manches. Comment le Maroc, qui éprouve les pires difficultés à asseoir un modèle pédagogique pour son système éducatif, peut-il en adopter un autre encore plus spécifique? De plus, telle que cette tendance est présentée, il s’agit d’une solution palliative à un système défaillant. Mais chaque système a des limites. Quelles sont celles du e-learning? Quelles sont les bases à asseoir pour instaurer ce dispositif? Et comment peut-il remédier concrètement à notre système? Autant d’interrogations qui suscitent le débat, et pour y répondre, EE Live a organisé, en partenariat avec Dell, une webconférence le 15 avril dernier, sous le thème «E-learning, gadget ou solution structurelle à l’enseignement?».

Entrée par effraction

Ce concept qui s’est invité par effraction dans nos classes n’est pas seulement un effet de mode, comme témoigné par les panélistes qui ont pris part au débat. Pour Jaafar Khalid Naciri, professeur à l’Université Hassan II de Casablanca, la célérité dans l’adaptation est due à une kyrielle d’initiatives installée depuis près de 20 ans. «Les universités marocaines avaient beaucoup investi dans l’installation des infrastructures. Trois mois après la date fatidique du 16 mars 2020, 110.000 ressources numériques ont été déployées au niveau de l’ensemble des plateformes universitaires», étaye Naciri. Sauf que reproduire le contenu des cours et le poster sur une plateforme digitale ne relève pas du e-learning. Il s’agit plutôt du e-teaching. Une affirmation qui a fait l’unanimité auprès des intervenants. En effet, il s’agit d’un enseignement en mode synchrone. Or le e-learning est généralement prodigué en mode asynchrone qui nécessite un dispositif différent de l’enseignement en présentiel et une organisation appropriée. Même si le contenu tel qu’il est conçu n’est pas adapté à ce concept, d’où l’importance de disposer d’un programme à part entière. «Une formule beaucoup plus réfléchie et structurée devrait se mettre en place. Repenser un modèle qui se distingue du présentiel s’impose», insiste Hassan Sayarh, directeur général de HEM. Il a également précisé qu’il ne s’agit pas d’une solution palliative à quelconque problème du système de l’enseignement. Et d’ajouter: «C’est une formule qui doit répondre à un cahier des charges et un cadre légal. Des tentatives ont été menées dans la loi 01-00 mais sans aboutir à une reconnaissance à proprement dit». Dans la même optique, Said Benamar, directeur du pôle formation exécutive à l’UIC, a souligné que, hormis l’approche pédagogique, ce sont deux business models distincts. Le contenu n’est pas en reste. C’est un travail de recherche colossal qui est effectué afin de concocter un programme de formation digne de cette expérience immersive. Selon Benamar, il s’agit du système idoine pour les doctorants. Par ailleurs, il ne suffit pas de poster le contenu sur la plateforme, il faut que la conception des cours soit faite de telle manière que le participant puisse bénéficier d’une formation constructive et interactive. Et pour ce faire, c’est une ingénierie pédagogique qui est requise en amont. A ce sujet, le Maroc ne propose que deux masters, un à Casablanca et l’autre à Tétouan, pour former des spécialistes en e-learning. Des formations qu’il faut démultiplier, selon Oussama Esmili, directeur général d’Ideo Factory, et qui n’a pas manqué de citer l’exemple de l’Université virtuelle de Dakar. Toutefois dans le mode asynchrone, l’enseignant n’est plus limité à sa mission de transmission pédagogique. Il doit être également en mesure d’interagir sur la plateforme dédiée suivant les mécanismes mis en place.

Entre adoption et reconnaissance

Mais malgré les différents avantages que procure le e-learning tels que la flexibilité et l’accès à l’enseignement, des inquiétudes ont été soulevées. Il s’agit de la sociabilisation. «En Corée et au Sénégal, des centres de sociabilisation ont été créés dans les villes moyennes. Il s’agit d’espaces de rencontre pour les étudiants en e-learning qui leur permettent de participer à des activités transverses. L’avenir réside dans l’humanisation du digital et la digitalisation de l’humain», indique Esmili. La reconnaissance de la formation via cet outil représente également un obstacle. A aujourd’hui, aucun cursus en e-learning n’est reconnu au Maroc sauf pour le Bachelor qui vient d’être adopté. En revanche, les panélistes sont d’avis d’élargir davantage le programme. Pour Jaafar Khalid Naciri, face à une concurrence de plus en plus rude de la part des universités et des écoles internationales les plus prestigieuses qui proposent un parcours en e-learning, l’ouverture du Maroc s’impose. De son côté, Hassan Sayarh exprime qu’il s’agit d’une volonté politique. Pour sa part, Said Benamar met l’accent sur le système de qualité qui garantit le même impact en fin de process. Et pour y arriver, le cadre légal devrait éventuellement suivre. Même si la loi-cadre a évolué depuis les années 2000, le mode e-learning n’est pas validé. Mais cela n’empêche que les initiatives devraient se poursuivre. «La législation ne devrait pas constituer un frein. Je dirais même qu’il faut libérer le système», conclut Naciri. Dans cette perspective, HEM travaille sur un certificat en faveur des adeptes du e-learning. Quoique les compétences manquent pour concevoir un programme adapté, l’école supérieure a fait appel à une université étrangère, en Andalousie, pour bénéficier d’une formation en pédagogie. In fine, l’innovation dans l’éducation devient une priorité, même si le chemin s’avère long. Le coût est une autre paire de manches.