fbpx

Le bio à l’épreuve de la conversion

Economie mai 2021

Le bio à l’épreuve de la conversion

Un suivi en amont et en aval s’avère crucial pour accompagner les petits agriculteurs à convertir leur production en bio. La formation et la sensibilisation ne sont pas en reste.

L’agriculture biologique ou la culture propre. Un créneau qui regorge de potentialités et la demande à l’international ne cesse de croître. Mais faute de moyens, cette niche ne connaît toujours pas l’apogée de son exploitation et le chemin paraît long et semé d’embûches. En effet, le ministère de tutelle qui prêche le bio avait tablé sur un objectif de 100.000 hectares à l’horizon 2030 et 40.000 hectares à l’horizon 2020. Or, actuellement, moins d’un quart de la superficie y est dévolu, soit 9.500 hectares. La certification qui reste une entrave au développement du bio bénéficie de la subvention depuis peu. Mais malgré cela le blocage persiste. Est-ce qu’on est dans une réelle demande ou une bulle marketing? De plus, a-t-on les moyens de ces ambitions, notamment les petits agriculteurs qui doivent adhérer à un process aussi long et coûteux? En outre, qui paiera le prix de cette transition et comment peut-elle s’installer dans les mœurs? Faut-il vraiment un label pour faire du bio? Combien de temps prend-il et qui en supportera le coût? A aujourd’hui combien d’agriculteurs bio ont pu bénéficier du dispositif de financement et quelle est leur taille? Enfin quid de l’accompagnement? Des questions auxquelles les intervenants de la webconférence, organisée par Economie Entreprises Live en partenariat avec le Crédit Agricole du Maroc, tenue le 26 mars dernier sous le thème «Bio, sésame des petits agriculteurs», ont tenté d’y répondre.

Certes, la filière biologique, tant adulée, reste un marché porteur, mais tiré par les gros agriculteurs. Or, la masse est majoritairement représentée par les petits paysans qui manquent cruellement de moyens et d’appui pour se lancer dans l’agriculture biologique, selon Raja Jbali, présidente de l’association Terre et Humanisme. Même son de cloche du côté de Fatiha Jazouli, membre de Slow Food International. Pour elle, ce savoir-faire ancestral qui réside dans une activité vivrière n’est pas développé. La contrainte du cahier des charges pèse lourd. Une allégation réfutée par Badr El Fartass, directeur général du cabinet de certification CCPB. Depuis que le coût de la certification est subventionné, il y a quelques mois, cela ne représente plus un obstacle, surtout que toutes les catégories sont concernées. En effet, pour les petits agriculteurs qui détiennent moins de 5 hectares, la procédure de certification est subventionnée à hauteur de 90%. Au-delà de cette superficie, la subvention couvre 70% des frais. Même les intrants sont subsidiés, mais en fonction de la culture. La production animale figure également sur la liste avec une subvention de l’ordre de 80% plafonnée à 25.000 annuellement et étalée sur 3 ans, pour un engagement de 5 ans. Actuellement, un seul producteur de viande est certifié à l’échelle nationale, contre près de 500 opérateurs en production végétale. Par ailleurs, un intérêt s’est manifesté auprès des apiculteurs. «Ce label reste primordial. Certes, c’est un outil marketing et de communication pour les agriculteurs, mais la déclaration de conformité fait office de garantie. Il est indispensable d’avoir des logos, sinon le produit n’est pas conforme à la réglementation en vigueur», insiste El Fartass. Quant aux régions où se concentre la filière, c’est Fès-Meknès qui se taille la part du lion avec 19% de la production biologique totale, suivie de Marrakech-Safi avec 18%. Les régions Souss-Massa et Casablanca-Settat totalisent à part égale 16%. Celle de Rabat-Salé-Kénitra compte 15% de l’activité bio. Et pour fédérer les efforts, des associations régionales ont été créées récemment au niveau de 4 régions. «Il est prévu qu’une fédération soit créée pour regrouper ces associations sous la nomination Collège national de la production de l’amont biologique. Une autre dynamique est lancée à l’échelle nationale et concerne l’aval», confie Tahiri.

Malgré ces avancées, des difficultés persistent au niveau de la formation, de la sensibilisation et la commercialisation. Pour Reda Tahiri, directeur général d’Oléastre, l’agriculture bio doit connaître un circuit de distribution court, d’où l’intérêt d’investir dans les commerces de proximité, ce qui influera sur le prix. Renforcer le dispositif d’accompagnement assuré par les agents de l’ONCA (Office national du conseil agricole) durant la période de transition vers le bio s’avère d’une importance vitale. Les débatteurs ont signalé que la production peut se poursuivre même en cours de conversion. Dans le cadre de la sensibilisation, Fatiha El Jazouli a proposé d’intégrer des images dans les formulaires pour les agriculteurs illettrés pour faciliter la compréhension du système de traçabilité. Dans le même sillage, le consommateur a également son rôle à jouer en tant qu’acteur. Quant au financement, le Crédit Agricole du Maroc, allié des agriculteurs, porte un intérêt particulier à la filière et envisage de poursuivre son engagement. «La banque continue de mener des sessions de sensibilisation pour dédiaboliser la banque auprès des petits agriculteurs. Un dispositif de financement a également été mis en place pour accompagner la filière», précise Mehdi Benchekroun, directeur en charge de la direction centrale développement stratégique agri-agro de CAM.