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Reprise, Optimisme surdimensionné?

Economie mai 2021

Reprise, Optimisme surdimensionné?

Présomptueux, les dirigeants mondiaux s’attendent à une croissance économique sur les 12 prochains mois, selon l’enquête de PwC. Ce vent d’optimisme souffle aussi du côté du Maroc, mais un optimisme plutôt réservé.

«Dans les situations désespérées, la seule sagesse est l’optimisme aveugle». L’adage s’applique bien à l’enquête annuelle, Global CEO Survey, menée entre janvier et février 2021 par le cabinet international PricewaterhouseCoopers (PwC) dans sa 24ème édition et qu’il a partagée en exclusivité avec Economie Entreprises. En effet, il en ressort que le moral en berne des patrons commence à s’améliorer. Malgré une conjoncture fluctuante et instable, les dirigeants se veulent confiants à telle enseigne que le rapport soulève un niveau d’optimisme record en comparaison avec les sondages antérieurs et ce depuis l’introduction de cette question en 2012. Sur les 5.050 dirigeants d’entreprises qui ont été sondés,  répartis dans 100 pays, 76% estiment que la croissance économique mondiale s’améliorera en 2021. Et ce sont les dirigeants d’Amérique du Nord et de l’Europe de l’Est qui sont les plus présomptueux avec respectivement 86% et 76% d’avis favorables à une amélioration de la croissance économique mondiale. En dépit des difficultés à lancer une campagne de vaccination en masse et la prise de décision d’un reconfinement, 59% des patrons français sondés partagent le même optimisme. «Après une année tragique sur le plan humain et marquée par d’importantes difficultés économiques, il est encourageant de constater que les décideurs affichent un optimisme prudent concernant l’année qui se profile. Les dirigeants sont confiants quant au retour de la croissance, favorisé par le développement rapide des vaccins et leur déploiement dans de nombreuses régions du monde», tente de rassurer Bob Moritz, président du réseau international PwC. Dans la même optique, Bernard Gainnier, président de PwC France et Maghreb, met l’accent sur la résilience des entreprises. «Les dirigeants ont dû repenser leurs activités et leur mode de fonctionnement, tout en soutenant leurs collaborateurs. Les dirigeants doivent à présent relever deux défis fondamentaux: reconstruire la confiance, car les attentes vis-à-vis des entreprises n’ont jamais été aussi élevées, et adapter leurs stratégies ainsi que leurs activités pour obtenir un impact durable. Les entreprises qui y parviennent seront les mieux positionnées pour ressortir plus fortes, plus résilientes et plus productives tout en étant capables d’encaisser de futurs chocs», précise-t-il.

Ce vent d’optimisme est également ressenti par rapport aux perspectives des entreprises. Près de 36% des patrons se déclarent très confiants quant à la croissance du chiffre d’affaires de leur structure sur les 12 prochains mois. Les résultats de l’étude révèlent aussi que 35% des dirigeants au niveau mondial désignent les États-Unis comme étant le premier marché cible pour générer de la croissance, soit 7 points de plus que la Chine (28%). Par ailleurs, du côté des dirigeants américains, l’intérêt pour le Canada et le Mexique a grimpé de 78% par rapport à l’année précédente. Les patrons chinois, quant à eux, se focalisent sur les grandes économies telles que les Etats-Unis, l’Allemagne ou encore le Japon. Un intérêt qui n’est pas anodin puisque l’Allemagne maintient le cap et conserve la troisième position dans le classement des pays présentant les meilleures perspectives de croissance, en remportant les faveurs de 17% des CEO. Le Royaume-Uni s’est hissé au quatrième rang devant l’Inde. Le Japon a également grimpé pour occuper la sixième place.

Merci Covid !

Même si la confiance règne, le fossé continue de se creuser au niveau de certains secteurs d’activités qui subissent encore de plein fouet les affres de la crise. Il s’agit notamment du transport et de la logistique ainsi que l’hôtellerie et les divertissements dont les dirigeants restent dubitatifs. Les supputations ne dépassent pas 27% auprès des dirigeants qui opèrent dans ces secteurs. En revanche, les secteurs des technologies et des télécommunications se frottent les mains puisque la crise leur a été bénéfique. La transformation digitale et le e-commerce ont réalisé depuis le déclenchement de la crise un rebond considérable. Il suffit de se référer au classement du magazine Forbes sur les plus fortunés de la planète pour constater que les patrons d’entités qui opèrent dans le domaine se placent en tête de peloton. C’est d’ailleurs le cas de Jeff Bezos, patron d’Amazon, qui a fait fructifier sa fortune de 35% ou encore Elon Musk de la firme Tesla. Ainsi, le niveau de confiance est respectivement de 45% et 43% auprès des CEO en technologies et en télécommunications. Un optimisme qui ne s’avère pas vain du moment que les dirigeants envisagent d’investir davantage dans la transformation digitale. Le rapport indique que près de la moitié des patrons prévoient une augmentation d’au moins 10% des dépenses y afférentes. Dans le même temps, un nombre croissant de dirigeants (36%), soit plus du double par rapport à 2016, prévoient d’avoir recours à l’automatisation et à la technologie pour améliorer la compétitivité de leurs effectifs. Ces derniers comptent également accroître leurs investissements de 10% dans les dépenses pour la cybersécurité et la confidentialité des données.

Conjoncturistes trop optimistes

Au Maroc, l’espoir d’un élan de croissance n’est pas moindre. Sur la même lignée, les macro-économistes s’accordent à dire que les prémices d’une reprise commencent à se faire sentir, faisant ainsi référence aux résultats du premier trimestre de l’année en cours. Bonne saison agricole, trend haussier des activités de commerces et des services, sont les indicateurs qui laissent présager une croissance économique de l’ordre de 5,3% au lieu de 4,6% préalablement annoncée. Mais cette euphorie est surdimensionnée pour certains. Point de discorde entre les conjoncturistes et les dirigeants d’entreprises: si certaines activités ont rendez-vous avec la reprise, d’autres pâtissent encore de la crise. Au niveau du patronat, certes une lueur d’espoir se dessine à l’horizon, mais on ne veut pas se bercer d’illusions, eu égard à l’évolution de la situation épidémiologique. En fait, la fermeture des frontières avec certains pays qui s’est imposée a mis fin à la campagne touristique qui se préparait. Selon la CGEM, les entreprises prévoient d’enregistrer une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 8% en 2021 par rapport à 2019, soit 85 milliards de dirhams de moins. Autres signes de scepticisme, le lancement d’un nouveau produit Relance par la Caisse Centrale de Garantie (CCG) sous forme d’un crédit à long terme destiné à refinancer derechef les concours de Damane Oxygène. L’échéance pour le remboursement est étalée sur 10 ans voire 15 ans, selon les cas. Cette deuxième vague de produits financiers de l’Etat pour le soutien de l’économie n’augure pas une reprise aussi optimiste que prétendue.

Cependant, en termes de préoccupations, le rapport de PwC révèle que les pandémies et autres crises sanitaires figurent en tête de la liste des menaces pour la croissance, détrônant la crainte de l’excès de réglementation, menace jugée la plus importante par les dirigeants depuis 2014.Une crainte s’est également exprimée par rapport aux cyber menaces. Une préoccupation qui se place en deuxième position et a été mentionnée par 47% des dirigeants. L’incertitude fiscale ne semble pas accaparer particulièrement l’inquiétude des patrons pour occuper le 7ème rang. Le changement climatique n’est pas mieux loti. En effet, 60% des CEO ne tiennent toujours pas compte des risques climatiques dans leurs stratégies de gestion des risques. Seulement 23% des dirigeants mondiaux prévoient d’accroître leurs investissements dans des initiatives en faveur du développement durable.Tout porte à croire que l’engagement social et sociétal a pris le dessus sur l’environnemental en ces temps de crise.