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Serait-ce la fin des syndicats ?

Débat mai 2021

Serait-ce la fin des syndicats ?

Le laxisme dont font preuve les syndicats marocains les a rendus quasi invisibles au point de se demander s’ils ont toujours un rôle à jouer. Aussi, face à la montée en puissance des mouvements et réseaux sociaux, les syndicats s’affaiblissent. Le mouvement syndical voit-il son pouvoir se réduire à néant ? Une question qui a été soumise à Sana Griguer et Abdelkader Zraih.

Le pouvoir des syndicats s’est estompé ces dernières années, comment l’expliquez-vous ?

Abdelkader Zraih: Tout d’abord je voudrais préciser qu’il ne s’agit pas d’un pouvoir à proprement dit. C’est plutôt un contre-pouvoir social et un outil qui a été créé vers la fin du 19ème siècle et début du 20ème pour mettre en équilibre le mouvement capitalistique. Selon Auguste Comte et les grands sociologues de cette période historique, les syndicats représentent un mécanisme d’encadrement de la classe ouvrière. Ainsi, c’est pour maintenir cet équilibre social et économique et permettre à la société d’avancer en harmonie que les syndicats ont vu le jour. Cette organisation a permis de développer la conception sociale auprès des politiques, d’où la création de la mutuelle, de la retraite, la limite des heures de travail. Il faut signaler que les centrales syndicales européennes sont à l’origine de la création du code du travail. Et même pour les pays qui n’en disposent pas, tels que l’Allemagne ou encore l’Angleterre, les conventions sociales font office de force syndicale. Pour résumer, le syndicat est un contre-pouvoir soft censé accompagner le développement de la démocratie sociale et a d’ailleurs contribué à développer ce qu’on appelle un Etat social ou providence. Aujourd’hui, et pas seulement au Maroc, c’est un outil qui va vers la fin du monde contemporain qui a émergé avec le capitalisme et qui est passé de la démocratie représentative à la démocratie participative. A mon sens, ce changement survenu, même avant le déclenchement de la pandémie, a impacté le champ d’action des syndicats, de la société civile et des conseils économiques et sociaux. Ce mouvement touche ainsi à sa fin que l’on peut d’ailleurs comparer avec l’époque de la Renaissance de l’Europe. Mener une réflexion sociale s’impose donc. Il s’avère également indispensable de revoir les outils dont certains seront amenés à disparaître. Aussi, la crise sanitaire n’a fait qu’accélérer ce processus, qui est d’ailleurs valable pour les partis politiques, en vue de créer des mécanismes susceptibles de mieux encadrer la société.

Sana Griguer: Je me permets de relater ce pouvoir des syndicats à ma propre expérience dans le domaine des ressources humaines et ayant côtoyé de très près les organisations syndicales, notamment la CDT. Il faut dire qu’aujourd’hui, le patronat ne respecte pas le code du travail et un dérapage est bien avéré au sein de cette structure aussi bien au niveau financier que social. La présence du syndicat est élémentaire et éminente. Comme évoqué par M. Zraih, elle est indispensable pour justement maintenir l’équilibre et éviter ces dérapages. Prenons l’exemple de l’Allemagne: le mouvement syndical fait partie du comité de direction qui est généralement composé de personnes issues de grandes écoles et disposent d’une expertise technique et comportementale de haut niveau. Elles sont également une force de proposition et défendent ainsi ce rapport gagnant-gagnant. Leurs attributions ont même permis de sauver des entreprises de la faillite. Je tiens également à préciser que la présence syndicale peut par moments être la cause de non performance et d’une faillite, notamment lorsque cette représentation syndicale n’est pas bien encadrée pour traiter avec l’entreprise. De par mon expérience, j’ai été amenée à traiter des situations extrêmement conflictuelles, mais grâce à l’intelligence émotionnelle témoignée de part et d’autre, la situation a été désamorcée tout en respectant les intérêts des deux parties. Et pour revenir à la question, nous constatons effectivement un relâchement, mais je dirais que les entreprises ont également une part de responsabilité et empêchent l’émergence de syndicats. Nous sommes à la veille des élections professionnelles et bon nombre d’entreprises n’encouragent pas l’élection d’un délégué du personnel. Je dirais qu’elles ont tout simplement peur et ont recours à des délégués «fait maison» qui sont orientés suivant les objectifs de l’entreprise et ainsi, on tue le mouvement social si j’ose dire. Or, ce refoulement n’est bénéfique ni à l’entreprise ni aux salariés. J’estime que la gestion des ressources humaines devrait se faire dans la transparence et dans l’échange avec les collaborateurs. Une action qui peut ainsi se répercuter positivement sur le rendement et la productivité. Finalement tout est lié et j’invite vivement les entreprises à considérer le syndicat comme allié et non en tant que menace. On a plus à gagner avec les syndicats qu’être contre eux.

L’organisation syndicale est elle-même conflictuelle. A votre avis, comment les syndicats doivent-ils gérer cette position?

AZ: Il me semble que c’est trop dire et qu’il y a beaucoup de préjugés à l’égard des syndicats aussi bien au niveau de l’organisation que de l’existant du syndicalisme au sein de l’entreprise et même les institutions publiques. Et d’ailleurs, l’accord-cadre du 1er août 1996 avait pour objectif de changer cette atmosphère et introduire une nouvelle étape dans les relations entre les syndicats et le secteur privé. A cette action tripartite s’est jointe la fondation allemande Ebert et nous a ainsi offert la possibilité de s’imprégner de leur modèle. Nous avons passé des mois en Allemagne pour suivre des formations et ce n’était pas en vain. Pour la première fois, nous avons pu tenir des séances de travail avec la CGEM et ses membres prenaient part au conseil national de la CDT et inversement, et des manifestations communes ont été tenues. Le fruit de cette collaboration est sans conteste l’élaboration du code du travail. Et de fil en aiguille, cette confiance entre patrons et centrales syndicales commençait à s’établir dès lors. Par ailleurs, je voudrais évoquer un autre point qui à mes yeux est très important. Un patron a la possibilité de choisir son directeur ou son DRH, tandis qu’au niveau des syndicats, nous ne disposons pas de cette liberté. Le profil du responsable syndical est méconnu de tous. Pour relier ces avancées à l’actualité, il est vrai que la donne a changé et cette confiance devrait se rétablir à nouveau, notamment en cette période de crise. Cette tradition de négocier, de discuter et d’écouter les collaborateurs devrait se perpétuer, et les entreprises pourront mieux appréhender l’avenir et surmonter les affres de cette grande crise de façon plus sereine. Je profite de cette occasion pour lancer un appel au patronat pour sauvegarder les syndicats.

SG: Je le confirme. On remarque l’absence d’une union au niveau des antennes syndicales. D’une part, souvent les intérêts personnels l’emportent sur l’intérêt commun. D’autre part, j’évoquerais la philosophie. En effet, chaque antenne dispose de sa propre philosophie, ce qui est en soi une bonne chose, mais les valeurs doivent être communes. A mon avis, les différentes organisations doivent fonctionner suivant une feuille de route dont les objectifs sont bien définis. De par mon expérience dans différents domaines d’activités, je constate que les syndicats manquent d’inventivité. Je me permets de faire une proposition: pourquoi ne pas faire appel à des cabinets conseil, comme c’est le cas des ministères, pour poser les jalons d’une stratégie en bonne et due forme, car la restructuration et l’organisation restent une défaillance de taille à laquelle il faut remédier en adoptant une stratégie qui impose le respect des différentes parties prenantes. En outre, cette période de crise a montré les limites des syndicats en termes de connaissances économiques, d’où leur absence de la scène.

Les pressions issues des institutions étatiques continuent de peser de tout leur poids, comment se détacher de ces pressions ?

AZ: Pour faire court, la grande pression qui est exercée reste l’absence de dialogue. Lorsqu’on a signé l’accord du 1er août, il était question de fixer un agenda annuel pour mener les négociations. Il était ainsi convenu de mener des discussions avant la présentation du projet de loi de Finances, chaque année, pour mettre les syndicats dans le bain de la situation économique du pays afin d’émettre des propositions. La CGEM avait pour coutume de déposer aussi un livre blanc au gouvernement et qui contient les différentes doléances. Pourquoi ne pas impliquer les centrales syndicales et les informer sur la situation économique pour qu’elles prennent en considération les problèmes du pays afin de reformuler le cahier revendicatif syndical. Malheureusement, cette pratique a tendance à s’estomper de plus en plus ces derniers temps et la vision sociale des acteurs étatiques a beaucoup régressé. Or, dans le contexte actuel, il s’avère plus efficace de mener le combat la main dans la main pour la durabilité d’une paix sociale. J’ajouterais que s’il y a une leçon à tirer de la Covid-19, c’est bien le soutien dont les entreprises ont besoin et pas seulement les employés.

SG: Effectivement, on sent une certaine pression. Je dirais que le tissu économique reste faible et fragile avec seulement 35% des salariés qui sont affiliés à la CNSS, d’où une répression. De surcroît, bon nombre d’entreprises de différentes tailles, pour ne pas dire la majorité, ne respectent pas le code du travail. Alors que le rôle primordial des syndicats est de le faire respecter.

Eu égard au développement rapide que connaît le monde du travail, le dialogue social est plus que jamais confronté au besoin de consolider ses acquis, comment le renforcer alors qu’il se limite, actuellement, à des réunions informationnelles?

AZ: En effet, la force réside dans le cahier revendicatif des centrales. Néanmoins, ces dernières années le monde syndical a été affecté et une régression notable a été constatée au niveau de la représentativité, ce qui a impacté cette force. Du côté des entreprises, comme évoqué par Mme Griguer, le représentant syndical est une source de discorde. Je dirais que dans certains cas, les grèves sont tenues pour se protéger et non pour revendiquer un droit. Le volet informel n’arrange pas non plus la situation. Du coup, cette force de persuasion et de proposition s’est affaiblie pour se limiter comme vous l’avez dit à des réunions informationnelles. Je remets l’accent sur les élections professionnelles qui sont délaissées volontairement par les patrons lesquels estiment qu’elles compromettent leur liberté d’agir. On assiste également à des représentants SAS (sans appartenance syndicale) qui ont augmenté considérablement pour présenter 60% des représentants. In fine, pour renforcer le dispositif du dialogue social, à mon sens, il est impératif de revoir l’accord du 1er août qui jadis a encadré le dialogue social, pour revoir les priorités sur le plan social. Il est primordial de consolider la démocratie participative aussi bien dans le secteur privé que public. Actuellement hormis les initiatives royales qui dénotent le retour d’un Etat providence et social, les choses n’avancent pas. Ce contexte devrait être saisi pour mener une réflexion stratégique surtout après la signature avec une puissance internationale telle que les Etats-Unis qui lui augure de devenir une force régionale.

SG: Il me semble qu’aujourd’hui le rôle du dialogue social est de créer des normes. Les différents syndicats marocains sont amenés à se structurer et à attirer des jeunes qui ont vocation à innover et créer de nouvelles idées tout en bénéficiant de l’appui des ténors comme M. Zraih et ainsi préparer ces jeunes à assurer le relais. Le manque de leadership syndical devient flagrant. Il devient urgent que ce mouvement émerge avec des idées pour accompagner et inculquer le changement et être une locomotive dans le développement socio-économique du pays. Il faut également œuvrer pour changer cette perception péjorative du mouvement syndical. Quelquefois le représentant syndical n’est pas porteur de valeurs et se cache derrière son affiliation syndicale et ce genre de personnes reflète une image dégradante du mouvement. L’expérience a prouvé que le représentant qui donne l’exemple à travers son comportement et sa performance au sein de l’entreprise force le respect. J’évoque derechef le cas de l’Allemagne qu’il faut prendre comme modèle car tout ce que nous souhaitons est que le syndicat monte au créneau en recrutant des têtes bien faites.

Lors du séminaire international sur le dialogue social organisé en 2017, le CESE avait recommandé d’adapter le dialogue social au contexte marocain et aux nouvelles formes de l’emploi qui restent non couvertes par la législation actuelle, où en sont ces recommandations?

AZ: Pour développer les centrales syndicales qui restent un espace basé sur d’énormes potentiels pour le développement du pays, il faut des moyens pour y parvenir et c’est ce qui fait défaut aujourd’hui. L’absence de moyens financiers nous empêche de mener des études auprès de cabinets renommés. Mais je me rappelle, de mon temps, que nous comptions parmi nos adhérents des conseillers qui disposaient de larges connaissances du champ économique et social. Des personnalités telles que Habib El Malki, Fathallah Oualalou ou encore Mohamed Chafiki étaient des encadreurs de responsables syndicaux. Depuis que ces profils ont été appelés pour occuper la fonction de ministre, un vide s’est installé. Il y avait également des programmes de formation syndicale soutenus par des syndicats étrangers. Tout cela pour dire que l’idée d’encadrer et de former est présente, mais pour l’exécuter ce sont les moyens qui manquent. Pour les recommandations du CESE, le gouvernement doit contribuer à leur application. Je rappelle de ce fait que le dialogue est tripartite. Je pense aussi que le renforcement de la médiation sociale peut stimuler éventuellement le dialogue. Dans le cadre de ma nouvelle fonction, nous avons entamé des discussions avec différentes universités marocaines pour lancer une banche de Master spécialisée dans la médiation sociale.

SG: Parmi les recommandations émises par le Conseil économique et social, celle de faire respecter le code du travail. Le débat sur la question est toujours d’actualité. En temps normal, l’inspection du travail joue ce rôle, or le nombre insuffisant d’inspecteurs rend la tâche difficile à réaliser surtout que le nombre d’entreprises créées continue d’augmenter mais pas le nombre d’inspecteurs. L’idée est d’exiger du patron d’une entreprise au moment de l’affiliation à la CGEM une attestation sur l’honneur à travers laquelle il s’engage à faire respecter le code du travail. Et en cas de manquement, les pénalités dans ce sens devraient être plus lourdes car celles stipulées dans le code du travail sont dérisoires. Je pense qu’il est important de relancer le dialogue avec le patronat. En matière de contrôle et d’inspection, je reproche à la CNSS de ne pas remplir entièrement son rôle car il faut que cette institution veille également au respect du code du travail. Il est nécessaire avant tout changement de bâtir les bases, et l’affiliation à la CNSS est la principale mesure à respecter. Ainsi, ce b.a.ba rend les mouvements sociaux plus forts et leur force de frappe jouit de plus d’impact. Je peux dire que c’est malheureux de ne pas faire bénéficier les salariés du minimum vital alors que le Maroc compte 35 conventions collectives. Je me demande à quoi elles servent réellement si elles ne permettent pas de veiller à faire appliquer la loi y afférente. Je me répète, mais la mise en place d’une feuille de route sociale s’impose plus que jamais pour éviter que des drames comme celui de Tanger qui a coûté la vie à des travailleurs ne se reproduisent.

L’on assiste à l’émergence de mouvements sociaux dont la force de frappe ne passe pas inaperçue. A votre avis, peuvent-ils remplacer les syndicats ?

SG: Certes, ces mouvements montent au créneau de façon phénoménale, mais ne peuvent pas remplacer les syndicats. Par contre, ils peuvent les affaiblir et c’est le cas actuellement. On remarque que lorsqu’une pétition est lancée sur les réseaux sociaux, le gouvernement réagit au quart de tour. C’est suite à cette montée en puissance que j’ai évoqué tout à l’heure qu’il devient urgent de faire intégrer des jeunes dans le mouvement syndical et proposer des idées novatrices pour rester à la page de ce qui se passe sur les réseaux sociaux dont l’instantanéité est à leur avantage. Donc la présence des syndicats sur ces canaux s’impose.

AZ: Le mouvement social est lié à la réalité et les actions menées concernent le développement de l’entreprise, des salariés et j’en passe. Tandis que les mouvements sociaux, malgré leur impact, relèvent du monde virtuel. Le monde du travail ne peut se limiter aux mouvements sociaux et les problématiques relatives à ce créneau sont d’ordre légal. Actuellement, à l’échelle internationale, il y a la montée d’un axe qui s’intitule l’entreprise et les droits de l’Homme. C’est-à-dire qu’une entreprise qui souhaite élargir ses activités en dehors du sol national doit disposer d’une convention collective comme gage de respect de cet axe. Cette approche des droits de l’Homme devrait être instaurée au sein de nos entreprises et seule la CGEM peut veiller à sa mise en place. L’application de cette pratique montre que l’entreprise va au-delà du code du travail. Autre point important, la signature de cette convention garantit une paix sociale pour au moins 5 ans. Une paix qui permettra aux dirigeants de se concentrer sur le développement de leur entité. C’est pour cela qu’avoir un syndicat comme allié est tout bénef pour les affaires. Concernant les mouvements sociaux, on ne peut pas arrêter l’histoire. Les syndicats sont ouverts et d’ailleurs j’avais assisté à la création de l’association des jeunes chômeurs dans l’enceinte de la CDT. C’était le déclenchement d’un processus de mouvements sociaux qui généralement militent pour des causes indéfendables par les syndicats. Le champ d’action est élargi avec les mouvements sociaux et va au-delà des relations professionnelles et les réseaux sociaux ont contribué à renforcer cette position. Même si la rapidité d’action de ces canaux est un avantage, ceci n’empêche pas les syndicats d’encadrer ces mouvements en s’impliquant davantage dans cette nouvelle approche sociale.

De quelle manière cela est-il réalisable?

AZ: Les syndicats doivent adopter un plan d’actions et d’organisation qui implique les jeunes cadres syndiqués ou pas. Impliquer dans cette cause les influenceurs qui bénéficient d’une audience considérable peut s’avérer très efficace. Je pense également que les centrales syndicales doivent créer un compte actif susceptible de créer le débat sur les réseaux sociaux qu’il va falloir alimenter en permanence. Il est également temps de créer un think tank auprès des centrales syndicales en collaboration avec les policy papers afin de mener des réflexions d’un niveau plus soutenu, à l’instar des partis politiques dans d’autres pays qui font appel à des professionnels pour concevoir un programme bien ficelé. Je cite l’exemple du parti français La République en marche qui a eu recours à l’Institut Montaigne pour l’accompagner dans sa démarche. A mon avis, l’ouverture doit s’opérer imminemment. Nous sommes dans l’attente d’une nouvelle gouvernance.

A l’heure où le sacre du capitalisme est à son apogée, un retour vers le mouvement syndical est exprimé, notamment aux Etats-Unis. Quelle lecture faites-vous de ce revirement?

SG: Je prends le cas d’Amazon qui a fait le buzz quoique le mouvement soit confronté à une résistance et les essais continuent pour installer une antenne syndicale. Une réclamation difficilement réalisable puisqu’elle ne correspond pas à la culture et la philosophie du pays. A mon sens, c’est une manière d’exprimer les abus exercés par les patrons surtout en période de crise. Permettez-moi d’insister encore une fois sur la pression subie qui finit par engendrer l’explosion si j’ose dire, et c’est ce qui passe aux Etats-Unis. Si le mouvement continue avec la même cadence, l’antenne finira par voir le jour et ça sera une première pour le pays. D’un autre côté, il y a des enjeux politiques pour freiner la puissance de ce groupe.

AZ: Je crois qu’à travers ce mouvement, on cherche à participer à la naissance d’un Etat social surtout après un épisode aussi tumultueux que celui de Donald Trump. Le retour des démocrates au pouvoir peut éventuellement offrir la possibilité de se pencher sur le volet social. Je pense que ce mouvement est un signal fort pour adopter un changement.

De nouveaux modes de travail ont émergé, comment adapter ces changements au code du travail ?

SG: Le télétravail s’est imposé surtout que la majorité des entreprises marocaines ne sont pas outillées pour cela. C’est un nouveau concept inexistant dans les process. Le code du travail met l’accent sur les conditions du travail ainsi que la nécessité de préserver la santé mentale et physique des collaborateurs. Des mesures qui peuvent être appliquées au télétravail, mais j’ajouterais que l’assurance accident du travail devrait se maintenir même si le travail s’effectue à distance. Beaucoup de débats ont été menés au départ sur le sujet. La gestion du temps du travail et celle des absences sont également des questions qui se posent. Les entreprises se sont trouvées dans l’obligation de mettre en place des procédures spécifiques au télétravail. A ce sujet, il y a un vide législatif auquel il faut remédier. Pour rappel, la dernière mise à jour du code du travail date de 2004, je pense que le prochain gouvernement devrait s’atteler à la tâche pour apporter les amendements corrélés à la conjoncture. Certes, le recours à la jurisprudence peut avoir lieu au niveau des tribunaux, mais les cas restent limités.

AZ: Le changement s’est opéré dans plusieurs domaines hormis le secteur professionnel, je parle de l’enseignement. Comme personne n’était préparé à cette crise brusque, le vide juridique se creuse. Pour pallier ce manque, je propose de lancer un atelier de travail entre les syndicats, le patronat et l’exécutif pour étudier les différentes dispositions à prendre afin d’apporter les amendements appropriés. Il est également important de se concerter avec le Bureau International du Travail pour développer une nouvelle convention pour être en adéquation avec les pratiques internationales.