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Digitalisation, le Maroc sur la bonne voie

Dossier avril 2021

Digitalisation, le Maroc sur la bonne voie

Malgré son avancée limitée en matière de digital, le Maroc a pu mettre à profit les technologies digitales pour contrer l’impact de la crise sanitaire. Mais pour transiter vers un Maroc numérique productif, le pays est invité à créer les conditions nécessaires à cet effet : encourager les innovations et l’esprit d’entreprise en la matière.

L’heure est à la transformation digitale. Cette transition n’est pas nouvelle, mais la crise sanitaire actuelle a édicté «la vie à distance». Elle a de ce fait accru le recours au digital pour assurer la continuité opérationnelle de l’Etat et, pour les entreprises, la continuité des activités. Le constat est on ne peut plus clair: la digitalisation apparaît ici comme un avantage salvateur face à l’impact inédit et brutal de la pandémie Covid-19. Un constat confirmé par Mohamed Faïçal Nebri, directeur de la Stratégie à l’Agence du développement du digital (ADD): «la crise de Covid-19 a en effet démontré l’importance du digital qui nous a permis d’assurer une certaine continuité de services rendus à la population». Nebri cite pour l’exemple l’expérience de l’enseignement à distance qui a permis au ministère de l’Education nationale d’assurer la continuité pédagogique. Et d’ajouter: «La distanciation imposée par les circonstances sanitaires a également favorisé la demande de digitalisation des paiements, ce qui a dynamisé le e-commerce». Nebri avance un chiffre particulièrement parlant : «Le paiement à distance a augmenté de 40% pendant la phase du confinement, comparé à la même période de 2019». Pour le directeur Stratégie de l’ADD, «la crise que nous traversons montre l’importance de la transformation digitale pour notre économie, et les formidables opportunités qu’elle peut créer». Il assure que «la transformation digitale, déjà à l’œuvre sur un grand nombre de secteurs, se poursuit aujourd’hui au pas de course. Elle aura certainement un impact positif sur notre PIB pour l’année 2021 et aussi pour les années à venir», cela est d’autant plus vrai que 80% des entreprises sont favorables à la transformation digitale, révèle Nebri selon les résultats d’une récente étude.
Dividendes digitaux
Le digital revendique donc son poids dans l’économie. Pour obtenir une vision précise de son impact, Selma El Manser du cabinet McKinsey choisit de l’aborder selon trois volets: «Il y a d’abord l’impact direct que l’on analyse à travers l’étude de l’économie du numérique qui regroupe les opérateurs télécoms, les équipementiers, les entreprises du TIC, … Cette économie du numérique représente un pourcentage important du PIB supérieur à 5%. Il y a aussi l’impact indirect sur l’économie. Et là, il s’agit du gain de productivité dégagé au niveau des administrations et des entreprises par l’utilisation du digital. Au niveau des entreprises privées, le digital peut améliorer les résultats de l’ordre de 20 à 30%». Les externalités positives existent en effet. Une sorte de dividendes digitaux qui découlent du gain de temps, une meilleure expérience client, un accès à un savoir plus large. El Manser enchaîne sur le dernier point qui concerne «le volet social où le digital est un gage d’amélioration de la qualité du service rendu aux citoyens, même dans les endroits éloignés des villes». Elle cite pour l’exemple les efforts entrepris pour assurer la distribution des subventions via les terminaux mobiles pendant le confinement. Mohamed Faïçal Nebri abonde dans le même sens: «Concernant ce volet social, le digital permet en effet à l’administration de mieux cibler les citoyens quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Si l’impact direct est de l’ordre de 6% du PIB un peu partout, y compris au Maroc, l’impact indirect sur la productivité notamment est largement supérieur». Ouassim El Aroussi, Directeur Business développement et transformation à Inwi, rajoute un volet tout aussi important. «Chez Inwi, nous sommes conscients de l’aspect écologique. D’ailleurs, nos datacenters que nous avons commencé à mettre en place depuis deux ans sont construits en respectant l’empreinte carbone. Notre démarche est aussi dictée par le fait que la plupart de nos clients sont sensibles à cet aspect». Concernant le rapport maturité digitale-performance des entreprises, El Aroussi partage le constat d’Inwi à travers ses communications avec les deux secteurs public et privé: «La tendance à la transformation concerne toutes les entreprises, de la PME à la grande entreprise. Le digital contribue à la performance à côté des autres volets. Bien sûr le digital n’est pas la seule réponse, mais il permet d’améliorer les expériences client et de mieux adresser les marchés. Joachim Marciano, Head of Service Industries MENA à Facebook, apporte un autre regard sur la question. «A Facebook, nous abordons la transformation digitale selon trois axes que sont l’entreprise, l’individu et le gouvernement», énumère Joachim avant d’expliquer: «Notre point de départ c’est la connectivité. Facebook soutient les PME à travers plusieurs initiatives car nous restons convaincus que le digital a un impact direct sur les entreprises et permet de doper leurs résultats de 20 à 30%». Le manager s’appuie sur les résultats d’une étude récemment réalisée en Afrique quant à l’impact du digital sur le PIB pour déduire que la corrélation entre la connectivité et la croissance est évidente. «Facebook contribue à cette connectivité en permettant à plus de gens de se connecter sur nos plateformes», dit-il, ajoutant que «l’autre facteur déterminant pour l’individu reste l’éducation et la formation. A cet effet Facebook a mis en œuvre des outils performants et des webinaires en ligne, disponibles gratuitement, permettant aux gens d’apprendre autrement par rapport aux méthodes classiques». Pour rappel, le premier réseau social mondial avait en effet lancé, en septembre dernier, sa campagne #LoveLocal permettant aux gérants d’entreprises d’accéder à un centre de formation pour les PME de la région MENA. Le but étant d’équiper les petites entreprises de compétences en marketing numérique pour les aider à maintenir leur activité et acquérir de nouveaux clients afin de survivre aux défis présentés par le Coronavirus. «De plus, nos solutions transfrontalières facilitent l’accès aux marchés internationaux. Les habitants des autres pays sont sur Facebook et nos outils permettent aux Marocains d’être dans la mondialisation», renchérit Joachim. Concernant l’action du digital sur le gouvernement «C’est un fait qui n’est plus à démontrer», entame Joachim avant de continuer: «Le digital permet entre autres d’améliorer le recouvrement et la gouvernance. Facebook a accompagné les gouvernements pour informer les populations sur l’évolution de la pandémie. Le digital est aussi un levier important pour assurer l’inclusion financière, d’où l’importance des startups dans la finance. Au Maroc on constate l’existence de plusieurs chantiers dans le digital avec l’appui de plusieurs organismes internationaux comme la Banque mondiale. A mon avis la messagerie est une technique qui va permettre d’améliorer l’inclusion financière un peu partout».
Un chantier à charpenter

Si la question de la digitalisation ne se pose plus, celle de sa mise en œuvre est donc au cœur des stratégies actuelles des entreprises. Au Maroc, plusieurs chantiers dans le digital existent avec l’appui de plusieurs organismes internationaux, comme celui de la Banque mondiale. Il existe une stratégie du digital au niveau de l’Agence du Développement du Digital (ADD) du Maroc, publiée en 2020, à la base de programmes d’action, tels que ceux élaborés par les associations (l’APEBI, l’AUSIM, l’association des startups au Maroc et Maroc Cluster numérique). Il faut compter aussi l’appui de «Maroc PME» dans le processus de la transformation digitale. Dans certains cas, «Maroc PME» arrive à mobiliser jusqu’à 80% de l’investissement nécessaire pour financer la transformation digitale de l’entreprise. D’ailleurs, ces financements, qui ne sont pas assez bien utilisés, ne posent pas de problème de principe. C’est la volonté qui manque chez les managers et aussi le manque d’éducation et de sensibilisation chez les usagers par rapport au digital. Parmi les dispositifs existants, on retrouve également la Caisse Centrale de Garantie (CCG) qui apporte de l’aide aux entreprises innovantes et aux startups dans plusieurs domaines, y compris celui du digital.
L’irrigation est lente car «une bonne transformation digitale prend du temps. Cela peut aller de 18 mois à 3 ans», estime Selma El Manser qui recommande aux entreprises de ne pas se lancer dans la transformation digitale sans vision, mais de disposer d’une feuille de route pour faire aboutir le chantier de la digitalisation, «par exemple, dans une entreprise d’assurance, on doit recenser tous les cas d’usage et faire des priorités en fonction des moyens dont dispose l’entreprise concernée. Une bonne transformation digitale prend du temps», conseille-t-elle. Pour Faïçal Nebri, «Il y a également lieu d’investir dans la formation, l’éducation ainsi que la R&D au niveau national», précisant que le préalable serait évidemment les bonnes infrastructures télécoms, des services offerts en matière du cloud et le besoin d’instaurer la confiance numérique entre notamment les usagers et l’administration. Le responsable Facebook, Joachim Marciano, cite les technologies sur lesquelles les entreprises peuvent miser pour une bonne transformation digitale, comme l’intelligence artificielle ou l’Internet des objets, tout en reconnaissant qu’elles ne sont pas forcément accessibles à toutes les entreprises. Il rappelle cependant que «la messagerie est une technologie qui a joué un rôle pendant la pandémie en nous permettant de garder nos différents liens sociaux. Fluide et rapide, elle va continuer à jouer un rôle important dans l’avenir car elle permet d’assurer le contact entre tous les employés de l’entreprise d’une part et entre l’entreprise et les consommateurs d’autre part. Surtout que cette technologie est abordable sur le plan des prix».
Les leviers à actionner

Le digital a indéniablement un impact direct sur la croissance des entreprises et partant sur le PIB, et le Maroc ne fait pas exception. Mais si le Maroc est un pays à environnement favorable au digital, il marque quelques retards qui restent à combler.
Pour Joachim Marciano, la connectivité est un levier important dans ce sens. Ce à quoi il ajoute la nécessité pour les entreprises d’améliorer leur QI numérique en formant les nouvelles compétences qui leur permettraient d’apprivoiser aisément le digital. Selma El Manser rappelle que la digitalisation n’étant pas un phénomène passager, les esprits, les comportements et les pratiques sont à modifier et de fait, ces évolutions requièrent un accompagnement, clé essentielle de la réussite: «Il faut investir dans la confiance numérique, pousser à la création de portails pour assurer la transparence dans les procédures et rendre le digital systématique et opérationnel dans nos administrations». Sur le plan économique, la consultante McKinsey incite à encourager l’innovation et la création des startups notamment dans l’écosystème du numérique.
Ouassim El Aroussi commence par préciser que le digital est un moyen et non une finalité, ajoutant que «parmi les leviers qui restent à mettre en action, il y a lieu de capitaliser sur les expériences des plateformes publiques et privées au Maroc». Un avis partagé par Mohamed Faïçal Nebri: «Je suis d’accord, le digital est un moyen pour assurer le développement du Maroc et non une finalité. Certainement le digital va améliorer les interactions entre les citoyens et l’administration. Pour les entreprises le digital va permettre l’amélioration de la relation avec les clients», assure le responsable ADD. «Aujourd’hui on a besoin d’une vraie politique nationale inclusive pour permettre à tout le monde d’adhérer au processus de transformation digitale. Le digital servira certainement à mieux optimiser le modèle économique marocain qui est en cours d’élaboration et que tout le monde attend», conclut-il.