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Connectivité, enjeu de développement

Dossier avril 2021

Connectivité, enjeu de développement

La question de la connectivité reste centrale pour réussir la transformation digitale. Covid oblige, il y a lieu de trouver des mécanismes alternatifs en matière de financement des projets visant à réduire le gap numérique. Face à cet enjeu global, une intelligence collective s’impose impliquant tous les acteurs concernés. Chassé-croisé autour de la connectivité.

Où se situe le Maroc en matière de connectivité? Le débat commence par une clarification sémantique de ce qu’est la connectivité, selon Orange Maroc, à savoir l’existence de terminaux abordables, l’infrastructure et l’accès, la culture numérique et la sensibilisation à la manère d’utiliser les différents outils ainsi que le contenu et les services. Pour Mehdi Alaoui Boukhris, directeur Réglementation et Stratégie à Orange Maroc, «la connectivité est bonne au Maroc en comparaison avec les pays de la région MENA et du monde arabe. Aussi, le service universel au Maroc est réussi. Ce qui lui a valu d’être cité en exemple même en Europe», atteste-t-il avant d’ajouter que «l’infrastructure télécoms n’est pas le seul élément à considérer. Pour assurer la connectivité, il faut intégrer l’abordabilité des terminaux et le contenu utile tel que celui relatif à l’éducation». En prenant la parole, Ahmed Khaouja, directeur de la Société PTT Maroc, se félicite d’emblée du succès de l’implémentation du service universel au Maroc, avant de rappeler que «le financement du service universel est assuré par le fonds FSUT créé à cet effet par la loi de Finances 2005. Ledit fonds est alimenté par les contributions des opérateurs de télécommunications à hauteur de 2% de leurs chiffres d’affaires hors taxe, net des frais d’interconnexion», précise Khaouja qui annonce dans la foulée que «ce fonds peut aussi recevoir toute autre contribution sous forme de dons et legs attribués dans le cadre du développement des programmes de service universel de télécommunications. Les recettes du fonds FSUT sont destinées à subventionner les programmes et les missions du service universel arrêtés par le Comité de gestion du service universel de télécommunications».
Des efforts à parfaire

Généralement, côté infrastructure, les opérateurs télécoms investissent dans les zones rentables financièrement. L’Agence Nationale de Réglementation des télécoms (ANRT) du Maroc veille à réduire la fracture numérique, en subventionnant, à travers le fonds du service universel, les projets réalisés dans les zones non rentables. Pour rappel, en 2006, l’ANRT avait lancé le programme Génie qui a permis d’équiper presque l’ensemble des collèges et lycées en moyens informatiques et d’accès à Internet. Le régulateur avait également lancé le programme Injaz qui a permis de subventionner l’achat d’ordinateurs connectés à plusieurs étudiants marocains et ce sur plusieurs années. Mais aujourd’hui, avec la pandémie, les mécanismes du service universel ne sont plus suffisants, de sorte qu’il y a lieu de chercher d’autres mécanismes innovants, dans la perspective d’explorer d’autres formules de financement. «Couvrir la totalité du territoire marocain n’est pas une sinécure, même si la connectivité au Maroc est relativement bonne, en comparaison avec les pays de la région. Le Maroc a donc besoin de renforcer les investissements dans la connectivité», reconnait Khaouja. D’ailleurs, certains opérateurs ont été contraints de réaliser, en 2020, les investissements qui étaient prévus en 2021.
Le cadre législatif et réglementaire des télécoms est plutôt favorable à l’investissement. D’ailleurs, la loi n° 121-12, récemment adoptée, et la nouvelle note d’orientation générale (NOG) encouragent notamment les investissements dans la connectivité et le partage d’infrastructure. La concurrence doit justement jouer sur les services et non sur ce partage. Concernant le génie civil, qui joue un rôle important dans le déploiement de la FTTH (Fiber to home), on peut aussi faire mieux, en encourageant la synergie entre les opérateurs télécoms et les autorités locales. Ahmed Khaouja insiste quant à la nécessité d’impliquer autant les opérateurs télécoms que les gestionnaires de plateformes comme Facebook. «Il faut créer une synergie d’ensemble. Comme je l’ai déjà dit, les mécanismes du service universel ne sont pas suffisants pour faire face aux besoins du post-Covid. Il y a lieu de prévoir de nouveaux mécanismes de financement afin de réduire la fracture numérique et de permettre au maximum de personnes de travailler ou d’apprendre à distance». Une proposition confortée par Hakim Bennis, Head of mobile and connectivity partnership southern Europe and North Africa à Facebook. «Je reste convaincu de l’importance de la connectivité, qui est au cœur des préoccupations de Facebook», confirme le manager, ajoutant que «Facebook entreprend des efforts pour rapprocher les gens sur ses plateformes. Il a développé plusieurs programmes et outils à cet effet, le but étant pour Facebook d’optimiser les réseaux dont ceux permettant l’amélioration du last mile». Avec la crise de Covid-19, Facebook a en effet accompagné les opérateurs télécoms, notamment au Maroc, pour garantir l’accès de qualité à ses services, avec l’augmentation du trafic pendant le confinement. «Pour la période post-pandémie, Facebook va être encore plus présent dans la transformation digitale, notamment dans le commerce et le paiement à distance», promet le manager. Pour sa part, le directeur Réglementation et Stratégie à Orange Maroc acquiesce: «Face à la pandémie, le besoin de renforcer les investissements dans la connectivité s’est accru. D’ailleurs Orange a été contraint de réaliser, en 2020, les investissements qui étaient prévus en 2021. Orange investit dans toutes les technologies du moment et ce en fonction de ce qui convient aux zones concernées et des besoins», cela dit, le manager Orange rappelle que «les opérateurs investissent annuellement plus de trois milliards de dirhams dans les réseaux télécoms pour permettre au maximum de citoyens d’être connectés. Côté terminaux, signalons que la majorité n’est pas commercialisée par les opérateurs».
Les barrières à lever

Quid des contraintes? Pour Hakim Bennis, «les barrières à une bonne connectivité sont multiples, au regard des quatre axes cités auparavant. Facebook coordonne avec les fabricants de terminaux et les détenteurs des systèmes d’exploitation, comme Android, pour que les services de Facebook soient offerts dans de bonnes conditions et par un maximum de terminaux. Facebook coopère également avec certains pays africains pour la réalisation de câbles en fibre optique. Nous sommes aussi partenaire pour la réalisation du câble sous-marin Africa 2 de 37.000 km autour du continent africain, notamment avec le groupe Orange». Mais à côté du problème d’accès, il y a aussi la problématique de l’existence sur le marché de terminaux adaptés au télé-enseignement et au télétravail à prix abordable. Des contraintes prises en considération par le géant social. «A Facebook, il existe actuellement plusieurs chantiers technologiques dans la connectivité. Facebook est notamment actif dans un groupe de 500 membres «Invest projet group». Ce groupe, qui comprend des opérateurs télécoms, des industriels, en plus d’autres acteurs concernés, vise, par exemple, à mieux démocratiser les terminaux, cherchant ainsi à faire des économies d’échelle dans la fabrication des terminaux», annonce le manager Facebook, conscient de l’enjeu des synergies ainsi que du besoin en équipement adéquat pour mieux profiter du télé-enseignement. «Facebook a développé un outil qui remplace le mail sur ses plateformes. Ce service mail est payant pour les entreprises, mais gratuit pour les étudiants et certains ministères», précise-t-il. «La synergie entre les opérateurs télécoms au Maroc existe bien», confirme Mehdi Alaoui Boukhris, spécifiant que «les problèmes de partage ne découlent pas de la réglementation. Au Maroc il y a une loi et des lignes directrices qui encadrent le partage. De plus, la note d’orientation générale récemment adoptée a aussi mis en avant le partage». Alaoui précise à son tour que la concurrence doit jouer sur les services et non sur le partage d’infrastructure. «Je pense qu’ensemble on peut faire plus en encourageant le co-investissement et avoir des ambitions positives sur le sujet du partage. Il y a aussi d’autres sujets à traiter afin d’améliorer la connectivité au Maroc. Il y a le volet formation qui est important. A ce sujet, Orange a tissé un partenariat avec l’organisme public en charge de la formation professionnelle au Maroc, l’OFPPT, afin de renforcer la compétence, notamment sur la technologie fibre optique. Aussi, Orange a conclu un contrat avec le ministère de l’Enseignement afin d’introduire le codage comme matière au niveau des cours en informatique dans l’enseignement marocain. Orange encourage aussi l’innovation en soutenant les startups au Maroc et ce à travers «Orange digital center». Ahmed Khaouja adhère complètement à cet avis. «On peut faire mieux ensemble. Le partage réduit les investissements réalisés dans certains créneaux et on peut mobiliser ces économies en investissement pour améliorer la couverture au niveau national par exemple. Concernant le génie civil, on peut aussi faire mieux en encourageant la synergie entre les opérateurs télécoms et les autorités locales». Khaouja, en parlant de la pression fiscale qui pourrait empêcher la réalisation des investissements au Maroc, est d’avis que le blocage par rapport à Africa2 découle du manque d’une réglementation adaptée, et qu’aujourd’hui, il y a plutôt un problème au niveau de la parafiscalité. «Je cite un partenariat réussi en Espagne entre Telefonica, Facebook et Microsoft pour la gestion de la terminaison du câble sous-marin réalisé par Facebook et Microsoft. Pour mémoire, rappelons qu’en septembre 2017, est entré en service le câble sous-marin en fibre optique de 6.400 km appelé «Marea», de Microsoft et Facebook reliant les Datacenters de Virginia Beach aux États-Unis et ceux de Bilbao en Espagne avec une puissance de 160 térabits (10 à la puissance 12 bits par seconde)», illustre-t-il. Concernant le déploiement de la 5G au Maroc, le secteur se dit prêt, mais avec des incertitudes qui pèsent sur le marché. «A Orange, on améliore la qualité de service sur nos différents réseaux pour servir les Marocains, sachant que la 5G ne sera pas déployée dans l’immédiat dans le monde rural. En attendant, on peut faire beaucoup de choses avec la 4G. Avec la 5G, certainement certains opérateurs seront handicapés car ils vont payer pour avoir la licence 5G», déclare Alaoui Boukhris qui estime que la 5G est plus adaptée à l’industrie 4.0 et elle nécessite un contenu adapté. «N’empêche qu’Orange va y aller dans le cas où le Maroc lance les licences 5G», confirme-t-il. Pour Hakim Bennis, également résolu, «la 5G, qui est en développement, arrive pour révolutionner notre quotidien. Facebook est impliqué dans le développement technologique de la 5G, notamment sur la préparation de terminaux adaptés pour ses services», annonce-t-il pour conclure.