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Le manque de visibilité devrait persister

Entreprises avril 2021

Le manque de visibilité devrait persister

Hassan Mezrioui, analyste financier à BMCE Capital Research, met en exergue les effets de la crise sur la distribution des dividendes. Une baisse sera logique.

La pandémie créera un manque de visibilité. Ses effets négatifs s’étaleront malheureusement sur plusieurs années, après la publication des résultats financiers 2020. Quel effet cela aura-t-il sur le marché boursier globalement?

L’impact de la crise sanitaire a déjà été pricé, en partie, par le marché boursier marocain comme en atteste la baisse de -7,3% du MASI à fin 2020. A ce titre, et compte tenu du caractère inédit de cette crise, la dégradation des réalisations des sociétés cotées en 2020 ne devrait pas surprendre les investisseurs. Aujourd’hui, ces derniers ont plutôt le regard porté sur l’annonce des dividendes à distribuer au titre de 2020 ainsi sur la reprise attendue en 2021.
Quel sont les secteurs les plus susceptibles d’être impactés négativement par ce manque de visibilité? Et pourquoi?

Le manque de visibilité induit par la crise sanitaire devrait continuer à impacter négativement un certain nombre de secteurs cotés en 2021 dont les plus touchés seront vraisemblablement:
• La distribution d’hydrocarbures représentée par Total Maroc qui devrait subir le retard accusé dans la reprise du trafic aérien, du fait de la suspension des liaisons avec un certain nombre de pays mais également de l’incertitude quant à l’évolution des cours du brut à l’international. Notons également que le risque fiscal et le risque réglementaire pourraient impacter davantage la situation financière des opérateurs.
• L’agroalimentaire dont certains opérateurs, notamment SBM et Oulmès, devraient continuer de souffrir du manque de visibilité quant à la reprise totale de l’activité des cafés et restaurants et plus particulièrement celle des hôtels.
• Et, le secteur de l’immobilier et son corolaire les matériaux de construction, lesquels pourraient être affectés par la baisse du pouvoir d’achat ainsi que par le report des décisions d’investissements, notamment des ménages par mesure de prudence.
Quel en sera l’effet sur la rentabilité, l’endettement, et par ricochet l’investissement, et la distribution des dividendes?

En termes de rentabilité, et selon un scénario normatif (avec la non-récurrence des dons Covid-19 ainsi que de l’amende infligée à IAM par l’ANRT), nous escomptons sur l’année 2021 une hausse mécanique de +12,5% à près de 26,4 milliards de dirhams (retraitée des dons) induite par une reprise graduelle de l’activité pour la majorité des secteurs après une année 2020 inédite. Toutefois, cette évolution devrait être partiellement atténuée par la reconduction de l’impôt sur la cohésion sociale.
S’agissant du CAPEX, les sociétés cotées devraient adopter un profil prudent en 2021. Seuls les investissements engagés devraient être maintenus pour certains opérateurs ayant été contraints de reporter leurs projets de développement en raison des perturbations induites par la Covid-19, dont notamment IAM, Label’Vie, Marsa et Cosumar.
Dans cette lignée et compte tenu de la pression continue sur le cash, la dette devrait être essentiellement concentrée sur le crédit de fonctionnement dans l’attente d’une meilleure visibilité. Enfin, au volet de la distribution des dividendes et compte tenu d’une capacité bénéficiaire fortement impactée par le repli de l’activité commerciale et les dons au Fonds Covid-19, l’enveloppe à distribuer au titre de l’exercice 2020 devrait ressortir globalement en baisse. Le repli du dividende annoncé à ce jour par Maroc Telecom et par certaines banques nous en donne un avant-goût.
Toutefois, de bonnes surprises ont été constatées chez d’autres sociétés cotées qui, par prudence, n’avaient pas distribué au titre de l’année 2019, en l’occurrence SMI et Maroc Leasing qui ont annoncé une distribution en 2021 tandis que d’autres ont renforcé leur DPA 2020, telles que Disway, Label’Vie et LafargeHolcim.
La crise de la pandémie aura-t-elle un impact durable sur la cyclicité du marché financier marocain, sur le comportement des investisseurs et sur leur vision des risques?

Bien que la pandémie ait fortement impacté le paysage économique partout dans le monde, celle-ci est venue accélérer de nouvelles tendances qui commençaient déjà à se tracer durant ces dernières années. La vague de digitalisation que connait le pays actuellement, ainsi que les nouveaux modes de consommation (e-commerce, Mobile Payment, experience stores, etc.), représentent de nouveaux relais de croissance pour les opérateurs et devraient contribuer à la dynamisation du marché à terme. La réactivité des pouvoirs publics face à la pandémie ainsi que le démarrage réussi de la campagne de vaccination ont eu pour effet un regain de confiance chez les investisseurs. Ceci est d’autant plus bénéfique pour le marché qu’il demeure accaparé par les investisseurs institutionnels dont l’appétence au risque est relativement faible avec un horizon de placement généralement long.
En revanche, le challenge de notre marché à l’avenir est de réussir à diversifier davantage les produits de placements, plus risqués avec plus de rendement, de façon à réorienter l’épargne vers le financement de l’investissement privé -au détriment des produits de dette sans risque- et d’impliquer encore plus le grand public, qui n’a pas accès aux OPCC, OPCI, et autres.