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La consommation otage des revenus

Economie avril 2021

La consommation otage des revenus

La consommation intérieure est un des piliers pour toute politique de relance. Elle contribue fortement à la circulation monétaire et à redémarrer l’activité économique. Toutefois, les Marocains disposent-ils de suffisamment de moyens pour assurer cette relance? Contrairement à d’autres pays où la pandémie a permis d’augmentation de l’épargne, au Maroc c’est plutôt le contraire qui s’est passé pour une large partie de la population. Pour une autre partie, la confiance en des lendemains meilleurs fait défaut. Dans ce cas, le levier fiscal est-il à même de relancer la consommation en dégageant des revenus supplémentaires? Des mesures plus incitatives sur des segments particuliers pourront-il redonner confiance à l’acte de consommer? En attendant, le secteur du commerce a été parmi les secteurs les plus touchés par la récession. Comment pourrait-il se relever et comment dépasser ses contraintes internes? Comment faire le lien entre la politique industrielle de substitution aux importations et les politiques de relance de la demande?
Covid, révélateur de fragilités
Un webinaire organisé par Economie Entreprises Live, en partenariat avec La Caisse Centrale de Garantie, intitulé «Relancer la consommation pour la relance de la croissance» tente de répondre à ces questions. Pour Wajih Sbihi, président exécutif de Tijara 2020 regroupant les principaux distributeurs de produits de grande consommation dans plusieurs activités, à l’instar de l’agroalimentaire, des produits d’hygiène, des produits d’entretien, des télécommunications, de la minoterie… la demande intérieure est impactée par un «effritement du pouvoir d’achat qui se répercute sur la baisse du panier moyen des ménages lui-même impactant les niveaux de cashflow et les fonds de roulement des commerçants». Une situation qui est d’autant plus compliquée que la pandémie «a mis à nue la fragilité de l’économie marocaine», selon Abedelkader Boukhriss Tax Partner à la SFM Conseils. Selon lui, la crise est compliquée par la baisse structurelle de la croissance depuis une décennie. En conséquence, «le secteur du commerce a bénéficié de 30% des crédits Damane Oxygène et autant de Damane Relance», précise Taoufiq Lahrach Secrétaire Général de la CCG.
La crise que connaît le Maroc est donc clairement une crise de croissance et de pouvoir d’achat. Selon les estimations de l’OCDE, les investissements publics ne sont pas rentables. Classé 2e mondialement après la Chine par rapport à l’investissement/PIB, le Maroc ne transforme pas cet effort en points de croissance et en richesse des citoyens. Une situation qu’a clairement pointée la crise Covid. Ainsi selon Naoufal Ek Khatib, Partner a Mazars Maroc, «durant le confinement, les aides publiques de faible valeur (entre 800 et 2000 dirhams) ont montré que plus de 4,3 millions de ménages sont dans une économie de survie peu susceptible de créer une relance par la demande». Une situation qui fait que la relance par la demande est plus qu’improbable. Avec le ciblage des aides, la pandémie a aussi montré l’ampleur du secteur informel. Selon Wajih Sbihi, l’informel basé sur la contrebande a «quasiment été éradiqué par les efforts de la Douane». Il n’en demeure pas moins que d’autres formes d’informel subsistent.
Ce qui pousse Boukhriss, à affirmer qu’il faut absolument réhabiliter l’informel qui représente une bonne partie du secteur commercial. Un des points d’entrée est la réforme fiscale, notamment celle de la TVA. Celle-ci est le principal avantage comparatif du secteur informel. La réforme doit donc viser selon Boukhriss «la neutralité de la TVA pour les entreprises» tout en réfléchissant à des TVA progressives ou régionales. Toujours dans le volet de la réforme du système des impôts, «la pression fiscale réelle sur les ménages est de l’ordre de 60% contrairement à d’autres pays où elle est de moins de 15% avec des niveaux de services publics plus importants», affirme Naoufal El Khatib. Pour lui, l’augmentation du pouvoir d’achat à travers l’amélioration des services publics de base comme l’éducation, la santé et le transport peuvent être un levier de relance. Tout comme des crédits d’impôt pour les ménages qui recourent au secteur privé pour ces services. Toutefois, cette relance par la demande ne peut se faire sans une relance par l’offre. Celle-ci devrait être envisagée en ce qu’elle permet de créer en termes de croissance et de emploi à même de générer une consommation plus importante. Une politique d’industrie de substitution aux importations est dans ce sens une bonne nouvelle pour le Maroc. Mais pour Naoufal El Khatib, cette stratégie ne peut marcher que si elle est accompagnée d’une politique de promotion des exportations de biens finaux pour garantir des débouchés équivalents à 150 millions de consommateurs. C’est en effet ce seuil qui est généralement retenu pour rentabiliser les investissements industriels.