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El-Arja, la palmeraie du «mauvais côté»

Economie avril 2021

El-Arja, la palmeraie du «mauvais côté»

Des agriculteurs de Figuig ont perdu des terres qu’ils exploitaient à El-Arja depuis le début du siècle dernier. Un fait qui illustre la situation économique fragile des zones frontalières.

Ce qui est logiquement considéré comme un atout stratégique de taille s’avère un frein au développement au Maroc. La proximité géographique, avec l’Algérie notamment, n’apporte ni échanges commerciaux ni investissements depuis plus de vingt-six ans. Tant s’en faut, cette proximité est considérée d’un point de vue économique comme un grand gâchis. Dernier fait en date, des agriculteurs de Ksar Oulad Slimane, un des sept ksars de la ville frontalière de Figuig, se sont fait éjecter des terres soulaliate qu’ils exploitaient à El-Arja depuis avant l’indépendance de l’Algérie. Cette zone a été réclamée par l’armée algérienne qui leur avait imposé un ultimatum. Le 18 mars, ils devaient quitter définitivement les lieux. On parle de plusieurs milliers de palmiers dattiers perdus.
En filigrane, la perte ne se limite pas à ces plantations seulement. La zone El-Arja constitue un des rares exemples où la population a investi pour développer une niche locale: le palmier dattier produisant, en l’occurrence, les dattes Aziza, réputées d’une grande qualité. La ville de Figuig, située à la province qui porte le même nom, constituant environ 50% du territoire de l’Oriental, ne draine pas beaucoup d’investissements. Cité oasienne, elle est incapable de supporter de gros investissements, ni une grande population d’ailleurs.
Si le sud de l’Oriental peut seulement s’ouvrir sur les autres régions du royaume, le nord est ouvert sur la Méditerranée par le biais de trois ports, et un quatrième en cours de construction. Ce n’est pas le seul signe de distinction entre les deux zones. La façade méditerranéenne de la région dispose aussi de deux aéroports internationaux, plus de 60% de la population et une agriculture très développée, qui représente 12,8% du PIB de de la région. En revanche, le sud est dépeuplé, enclavé et presque vierge. Rétablir, autant que faire se peut, un équilibre entre ces deux zones de l’Oriental sera salutaire.
Assainir les zones frontalières !
La situation sur le terrain laisse supposer que ce qui s’est passé à El-Arja risque de se produire dans le futur. Depuis la signature de la convention relative au tracé de la frontière d’Etat entre le Maroc et l’Algérie, en juin 1972, plusieurs «incongruités territoriales» persistent. Sur la route nationale n°10, l’axe routier principal liant Errachidia à Bouârfa, un tronçon long de 4,6 kilomètres passe sur le sol algérien, exactement au pied de la montagne Zelmou, entre Bouânane et Ain Chaïr. Sur place, le GPS y indique qu’on est chez le pays voisin. Le même phénomène se produit à l’approche de Ksar Ich, où un kilomètre de la route est en Algérie. Au nord de ce village frontalier, une route algérienne passe sur le sol national.
Autant de détails qui peuvent causer des désagréments, si jamais l’Algérie décide de fermer les deux premiers passages. Aussi, ladite convention comporte plusieurs zones non éclaircies, comme la référence aux oueds comme coordonnées géographiques pour indiquer le tracé de la frontière. Pourquoi cela pose-t-il problème? Après les crues, les tracés des oueds changent, ce qui a entraîné plusieurs cas de transgression involontaire des frontières, notamment de la part des bergers marocains. Ceci pour dire qu’il serait grand temps de procéder à l’assainissement de la situation de ces zones frontalières, avant de poursuivre l’élan de développement de la région, lequel a commencé une vingtaine d’années auparavant. Un des plus grands torts faits au territoire national par le Traité de Lalla Maghnia (1845) fut de laisser des frontières poreuses entre le Maroc et l’Algérie, sous domination française à l’époque. Le Royaume en pâtit jusqu’à aujourd’hui.