fbpx

Drone, l’oiseau pris au piège ?

Entreprises avril 2021

Drone, l’oiseau pris au piège ?

Depuis quelques années, les robots volants commencent à apparaître dans l’espace aérien d’un certain nombre de pays. Même s’ils sont soumis à un décollage sous haute pression qui freine l’essor du secteur, l’optimisme des acteurs est au beau fixe.

Surveillance, agriculture, évaluation des stocks miniers, inspection des éoliens, des panneaux solaires, des parcs solaires, transport de marchandises… Les drones ont dépassé depuis longtemps le stade du simple jouet high-tech pour devenir un outil à forte maturité technologique qui diversifie ses compétences dans presque tous les secteurs, même les plus traditionnels. Avec la promesse d’une baisse de coûts, comparés à l’hélicoptère, un gain de temps et un bilan carbone positif. Et le continent africain n’est pas en reste dans cette tendance. Selon le rapport «Drones for Commercial Applications», publié récemment par Tractica, «le marché des drones continuera à croître rapidement au cours des prochaines années tout en offrant des opportunités considérables aux différents acteurs du secteur, générant un chiffre d’affaires mondial total, incluant matériels et services, de quelque 13,7 milliards de dollars à l’horizon 2025». Toujours selon ledit rapport, la demande en drones est motivée par le retour sur investissement rapide que ces machines offrent aux principaux secteurs. Du côté du Maroc, le secteur est bourdonnant et essaye de se frayer une place dans l’économie nationale. «Au Maroc, le drone est déjà bien installé dans la mesure où on le voit présent dans de nombreux secteurs tels que la topographie, l’agriculture, le bâtiment et depuis deux ou trois ans, dans l’inspection des éoliens, des panneaux solaires, des parcs solaires», confirme Reda El Arbaoui, directeur général de DR Stone. Et de poursuivre: «Comparativement à certains pays comme le Rwanda, le Maroc fait également des avancées. Pour l’exemple, nous réalisons des inspections de l’éolien complètement automatisées au Nord et au Sud du Maroc avec des procédés d’intelligence artificielle». De son côté, Soufiane Ammaguy, PDG de AES (Aerodrive Enginering Services) déclare que «cette technologie s’est bien démocratisée et impacte directement la structure des coûts des entreprises et, de ce fait, son adoption sera une nécessité. Le Maroc doit à un moment donné avoir cette technologie en parfaite intégration avec les processus existants afin de rester compétitif». Selon le patron d’AES, «une industrie pourrait voir le jour et également un écosystème de maintenance et d’équipement qui va accompagner l’usage de ces drones pour que la maintenance soit effectuée au niveau local. Ce faisant, on aura une nouvelle génération d’expertise humaine qui va émerger à travers l’apparition de nouveaux métiers». Cependant, au-delà de cette apparence, il faut bien admettre que le chemin n’est pas assez balisé. Aujourd’hui, comme c’est le cas au Maroc et par ricochet dans plusieurs pays africains, l’écosystème drone, bien qu’étant un secteur prometteur, peine à prendre son envol. En effet, le robot volant est pris au piège dans un pré-carré condamnant son destin à celui d’un cadre réglementaire assez rigide et complexe. Et dans l’objectif de mettre la lumière sur la question de la réglementation, Economie Entreprises est allé voir du côté de l’instance qui pilote ce volet. Une source à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), témoignant sous le sceau de l’anonymat, nous a notifié qu’en règle générale la réglementation devra aller de pair avec les progrès technologiques, mais regrette que la question de la réglementation des drones au Maroc soit un projet qui est encore en chantier.
Décollage sous haute pression !
En raison des questions de sécurité, le décollage des drones est soumis à une haute surveillance indécelable. «Aujourd’hui, la réglementation au Maroc réserve l’utilisation de drone à certaines entreprises qui en ont fait la démarche. Et vu que cela prend beaucoup de temps et pas mal d’énergie, cette procédure exclut un grand nombre de startups qui veulent investir dans ce domaine», nous confie Reda Arbaoui. Et d’expliquer qu’ «en théorie, rien ne bloque puisque c’est une procédure assez transparente que l’entreprise doit faire auprès du ministère de l’Intérieur et du ministère en charge du Commerce. C’est une démarche qui se fait via «PortNet», l’interface digitale de la douane. Théoriquement, car en pratique l’entreprise n’a aucune visibilité sur le temps qu’il lui faut pour importer ce drone. Elle n’a aucune visibilité aussi sur sa capacité à importer ou non plusieurs drones. Cette approche aléatoire aurait-elle pour but de décourager ou démotiver les demandeurs? Pour Ammagui, cette complexité bien qu’étant pesante, a selon lui son sens. «Le processus porté par les autorités publiques est minutieux et rigoureux parce que les drones sont des machines qui ont des inconvénients pouvant porter atteinte à la sécurité nationale. C’est la raison pour laquelle le dispositif marocain a mis en place un processus rigoureux pour réglementer toutes les personnes ou entités qui veulent détenir un tel système. Il faut savoir qu’aujourd’hui, seuls les usages pour les entreprises sont permis». Par contre, Ammagui a tout de même tenu à attirer l’attention sur quelques problématiques, en occurrence la difficulté de pouvoir faire accepter cette technologie aux décideurs dans le cadre de la loi 10-20 qui pourrait formaliser l’ambition de créer un écosystème de fabrication de drones, à l’image de ceux de l’aéronautique ou de l’automobile.
En plus de la problématique de la réglementation, les acteurs du secteur font face à une toute autre entrave plus complexe, à savoir celle de l’absence de cadre permettant l’assurance. C’est en cela que le DG de DR Stone déclare: «Nous n’avons aucune visibilité sur la partie assurance, qui aujourd’hui occupe un enjeu fondamental dans l’utilisation du drone dans la mesure où toute entreprise doit se prémunir contre le risque du drone avec des assurances et des options qu’elle doit contracter», déplore-t-il en précisant que «les contraintes relatives à la réglementation et aux assurances n’aident pas les entreprises à se projeter et investir davantage». Pour Reda El Arbaoui, ce manque de présence des compagnies d’assurances s’explique par le fait qu’il n’y a pas assez de data collectée pour pouvoir calculer le risque réel des vols par drone en plus du manque de réglementation qui oblige ou qui encadre l’utilisation des drones pour que l’on commence à créer des produits d’assurances pour cette activité. Contacté par Economie Entreprises, Ali Boughaleb, membre du comité directeur de la Fédération Nationale des Agents et Courtiers d’Assurance au Maroc (Fnacam), nous rappelle que l’actualité montre constamment que cette utilisation se fait quelquefois de manière dangereuse et négligente, avec de nombreux incidents relevés. Boughaleb fait savoir que «c’est le fait d’assurer la responsabilité de l’utilisateur du drone qui pose problème» Et de poursuivre: «Les drones peuvent causer tellement de dégâts qu’un assureur ne peut prendre de risque pour le couvrir. Et il faut reconnaître que tous les risques ne sont pas assurables». De quoi conforter l’avis du patron de DR Stone pour qui «cette atmosphère n’est pas assez flexible et encourageante pour des entreprises voulant s’investir dans ce secteur».