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Accompagnement TPME, le must

Entreprises avril 2021

Accompagnement TPME, le must

Malgré l’existence d’une panoplie de dispositifs de financement, le flou persiste. Il a fallu du temps avant de se rendre à l’évidence que l’accompagnement reste le maître mot pour la pérennité d’un projet d’entreprise. Les CRI s’y mettent déjà. Eclairage.

C’est un nouveau défi que le Maroc s’engage à relever. Celui de la création d’une nouvelle dynamique basée sur le renforcement de l’esprit entrepreneurial. Une donne qui ne figurait pas dans les stratégies gouvernementales, mais qu’il faut davantage appuyer pour résorber un taux de chômage des jeunes en perpétuelle hausse. Et il a bien fallu que la plus haute instance du pays intervienne pour que certains dispositifs, tels que le programme intégré d’appui et de financement de l’entrepreneuriat ou encore Génération Green pour la promotion des activités agricoles, voient le jour. Des programmes qui viennent s’ajouter à la panoplie de produits proposés, rendant pour le coup illisibles ces mécanismes.
Les instruments d’appui
Pour une brève mise en contexte, ces instruments d’appui peuvent être sous forme de garanties, de subventions, de prêts ou de prise de participation. Les programmes de subventions, qui sont au nombre de 27, comptent parmi eux le produit «Innov Idea», destiné au porteur de projet innovant ou start-up innovante. L’appui est plafonné à 100.000 dirhams y compris les dépenses éligibles qui couvrent les différents frais liés au projet tels que les frais de déplacement, la souscription à une assurance, frais de communication ou encore d’abonnement à des bases de données. L’on dénombre également le programme de soutien à la dynamique des clusters dont l’appui est sous forme de prime à hauteur de 2 millions de dirhams par an pour la prise en charge des frais de fonctionnement du cluster et de son plan d’actions. Et récemment, un autre produit s’est rajouté à la liste. Il s’agit du programme d’appui aux startups industrielles «Tatwir startup». Lancé le 15 février dernier par le ministère de l’Industrie, ce programme s’inscrit dans le cadre du déploiement du plan de relance industrielle 2021-2023. Et c’est l’agence Maroc PME qui pilote le dispositif à travers une offre intégrée d’accompagnement de bout en bout des projets, allant de l’idée jusqu’à l’industrialisation, en passant par les différentes phases d’incubation. L’objectif étant d’accompagner 5.000 porteurs de projets sur une période de 3 ans en phase de pré-incubation. La phase d’incubation consiste à appuyer 300 porteurs de projets jusqu’au démarrage effectif sur une période de 3 ans. Pour la concrétisation, les projets sélectionnés bénéficieront d’une prise en charge de 30% du programme d’investissement matériel et immatériel. Les instruments d’appui sous forme de prêts représentent 10 produits, à titre d’exemple, Innov Start qui est proposé sous forme de prêt d’honneur plafonné à 250.000 dirhams par porteur de projet et 500.000 dirhams pour les projets portés par plusieurs candidats, destiné à financer la preuve de concept/business model. Les dépenses y afférentes couvrent le prototypage et tests, la location et la mise à disposition de facilités techniques, l’étude de marché et sondage ainsi que l’élaboration du business model et le BFR (besoin en fonds de roulement). Même le dispositif Grenn Innov en fait partie. Quant aux offres garanties, elles sont de l’ordre de 15 dont le programme phare Intelaka, destiné à encourager l’entrepreneuriat aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural et ce, en faveur des porteurs de projets, des jeunes diplômés, des autoentrepreneurs ainsi que des PME exportatrices vers l’Afrique. Outre ces offres, la Caisse Centrale de Garantie (CCG), qui dispose d’un arsenal de mécanismes adaptés afin de faciliter l’accès des TPME au financement, s’est engagée depuis octobre 2017 dans le financement de l’equity, des startups et des porteurs de projets innovants à travers le Fonds Innov Invest. Suite aux mesures décidées par le Comité de Veille Economique lors de la crise sanitaire de la Covid-19, des instruments exceptionnels de garantie tels que «Damane Oxygène», «Damane Relance» et «Relance TPE». Pour la CCG, il s’agissait d’une réelle bouée de sauvetage, qui a permis à des milliers de TPME impactées par la pandémie de couvrir leurs besoins en fonds de roulement et d’aspirer ainsi à une reprise d’activité post-Covid.
L’embargo des banques
Toutefois, longtemps décrié par les associations et les différentes parties prenantes, le manque de lisibilité des différents dispositifs mis en place pour la promotion de l’entrepreneuriat commence à s’estomper. En décembre dernier, le ministère de l’Economie et des Finances a élaboré un site baptisé «AlMoukawala» qui recense tous les dispositifs étatiques d’appui et de financement aux différentes catégories d’entrepreneurs. «Il s’agit d’un guichet unique qui regroupe l’ensemble des instruments d’appui mis en place. N’importe quel porteur de projet ou investisseur peut se référer à ce site pour s’informer en fonction de son besoin. Toute l’information est consolidée sur le site», explique une source du ministère de tutelle. Le site englobe également les avantages fiscaux ainsi que les procédures douanières. Mieux encore, une application téléchargeable a été développée et qui permet de consulter les offres instantanées. Une avancée louable que le département de tutelle ambitionne de développer davantage. «Certes, il s’agit d’une approche sectorielle pour le moment, mais l’ambition est de dépasser cette dimension informative et rendre ce site transactionnel», dévoile la même source.
Mais, est-ce suffisant pour stimuler l’entrepreneuriat? Malgré l’existence d’une myriade d’instruments de financements et de subventions, l’accompagnement reste une phase cruciale pour l’aboutissement d’un projet et pour l’heure, c’est ce qui fait encore défaut. Une mesure scandée par les associations d’aide aux petites entreprises qui s’accordent à dire que l’accompagnement des jeunes entrepreneurs devrait s’opérer en amont. «Les processus d’appui aux financements sont certes des initiatives louables, mais pour être sélectionné, c’est la croix et la bannière. Les dossiers traités par les banques sont triés sur le volet. Qu’adviendra-t-il alors des entreprises non retenues? Malheureusement, la même erreur de Moukawalati est en train de se produire. Il y a un ensemble de processus et de démarches qui devrait s’effectuer en amont», précise Ahmed Bouzidi, président du Mouvement des entrepreneurs du Maroc (Modem). Et d’ajouter: «Les banques ne peuvent pas orienter ou catégoriser les projets. De plus, au lancement, un entrepreneur ne connaît pas forcément le terrain. Il est ainsi essentiel de maîtriser le produit et le service avant de prétendre à un financement». Dans cette optique, Modem travaille sur un projet dénommé «Baadir». Une approche inspirée des expériences menées à l’échelle internationale. Elle consiste à inciter les jeunes entrepreneurs à prendre l’initiative et démarrer avec les moyens du bord. Des discussions sont également menées pour mettre en place une institution au niveau des centres régionaux et dont le recours se place à l’amont des banques. Dans le même esprit, Abdellah El Fergui, président de la confédération marocaine de TP-PME, dénonce le taux de pénétration aux programmes de financements qui demeure faible. «Pour le programme Intelaka, par exemple, les retours que nous avons pu recueillir sont décevants. La lenteur dans le traitement n’est pas justifiable. Des dossiers traînent depuis des mois alors que la durée de traitement ne devrait pas dépasser 3 semaines. Pire encore, nous recevons des plaintes de la part d’entrepreneurs qui ont signé avec la banque, mais sont toujours dans l’attentisme pour débloquer l’argent alors qu’ils se sont engagés dans des charges qu’ils n’arrivent pas à honorer», déplore-t-il. Mais, le président de la confédération ne compte pas plier l’échine, et envisage de relever l’information auprès des institutions concernées, à savoir le ministère de l’Economie et des Finances et la CCG. Il faut signaler qu’en matière d’octroi, la CCG indique que l’aval de la garantie est entièrement délégué aux banques qui ont la latitude d’examen des dossiers. «Concernant les crédits octroyés par la banque dans le cadre de ce programme, et à l’image des autres crédits bancaires, le processus interne d’agrément et de déblocage demeure propre à chaque banque. Ce processus dépend en outre des spécificités propres à chaque entreprise bénéficiaire, notamment du profil du porteur de projet, de la nature de son projet et de son état d’avancement, ainsi que de la présentation des éléments justificatifs complets nécessaires pour le déblocage des fonds. Autant d’éléments qui peuvent avoir une influence sur les délais de mise en place du crédit par la banque», précise-t-on auprès de la CCG. Même son de cloche auprès du ministère de tutelle qui confirme que le projet est quelquefois mal paramétré ou mal conçu, ainsi le temps de traitement est justifié. Et pourtant le bilan affiche une toute autre tendance. Selon la CCG, le bilan d’une première année de lancement est plutôt satisfaisant. En effet, le programme intégré d’appui et de financement des entreprises, lancé en février 2020, a permis d’octroyer 15.085 crédits garantis à près de 12.500 entreprises, à fin décembre 2020. Dans la même perspective, le programme «Intelaka» pour le financement et l’accompagnement des petites entreprises et des porteurs de projets, garanti par la CCG, a pu totaliser un volume de crédits de près de 2,8 milliards de dirhams pour l’ensemble des produits y afférents, à savoir «Damane Intelak», «Intelak Al Moustatmir Al Qaraoui» et «Start-up TPE». A noter que le monde rural a capté 20% des projets financés. Un bon cru qui se traduit par la création d’entreprise. Or, malgré une conjoncture relativement rude, le baromètre des créations d’entreprises de l’Ompic (Office marocain de la propriété industrielle et commerciale) affiche une baisse de 11,7% en comparaison avec 2019, soit un total de 83.806 entreprises créées. La situation aurait pu être plus dramatique en comptant une période creuse de près de 3 mois, mais un dynamisme s’est avéré vers la fin de l’année et a ainsi permis de rattraper le retard accusé. Et les statistiques corroborent ce constat. Lors du dernier trimestre 36.685 entreprises ont été créées contre 32.468 sur la même période un an auparavant, soit une hausse de 13%.
Mieux vaut tard que jamais
Et pour poursuivre cette tendance et surtout assurer la survie des entreprises, l’accompagnement reste le maître mot. Un rôle convoité par l’Anapec qui aspire à remplir cette mission et devenir une institution dédiée. Même les banques se soucient du suivi prodigué aux néo-entrepreneurs et veulent se positionner sur ce créneau. C’est ainsi que la Banque populaire a organisé récemment une caravane qui sillonne la région du nord. Cette opération de proximité a pour but de présenter le programme Intelaka et met à la disposition des futurs entrepreneurs un dispositif de conseil et d’accompagnement personnalisé. Attijariwafa bank s’est également mobilisée pour renforcer son dispositif d’accompagnement à travers son réseau Dar Al-Moukawil. Pour sa part, le Groupe Crédit Agricole du Maroc s’est engagé à accompagner la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030 à travers le lancement des packs d’accompagnement financier et non financier destinés aux jeunes entrepreneurs agricoles. Sauf que la réforme des CRI renforce davantage le processus d’accompagnement. D’ailleurs, depuis l’entrée en vigueur de la loi 47-18 qui leur assigne d’autres prérogatives dont ce volet, les CRI se bousculent au portillon pour se doter des dispositifs appropriés afin de proposer une offre complète. A cet effet, le Centre régional d’investissement Casablanca-Settat est en cours d’élaboration de son pôle intégré d’accompagnement dédié aux TPME. Un dispositif qui pourrait remédier au triste constat de l’enquête élaborée conjointement avec la Banque mondiale sur le devenir des entreprises créées via ce guichet entre 2003 et 2015. Il en ressort qu’une entreprise sur 3 ne dépasse pas 5 ans d’existence et 25% des sociétés étant considérées comme «mort-nées». L’accès au marché représente également une difficulté qui entrave le développement de l’activité des petites entreprises. Ainsi, la réflexion a été menée pour faciliter le networking. En dehors d’une application mobile et d’une plateforme digitale dédiées à la TPME, cette frange de structures aura la possibilité de se mettre en réseau via des événements de networking et profite d’une mise en relation avec les clients et les investisseurs. Le Centre régional de Marrakech-Safi n’est pas moins actif. Un programme est en cours d’élaboration en partenariat avec la Banque mondiale axé sur l’insertion économique des jeunes. «Nous avons mis en place des centres physiques dédiés à l’accompagnement pour la création d’entreprise étalé sur 3 ans et dont l’activité sera lancée incessamment», partage Yassine Mseffer, directeur général du CRI Marrakech-Safi. Et ce n’est pas tout. Un autre dispositif est en cours d’élaboration avec l’UM6P. Il s’agit d’un projet pour accompagner l’entrepreneuriat rural «web réalité». «Une vingtaine d’entrepreneurs ont été sélectionnés afin de concrétiser leur projet dans le monde rural. Le village vient de démarrer et l’expérience connaît un franc succès puisque l’accompagnement est filmé 24 heures/24 et 7 jours/7 et diffusé sur les réseaux sociaux», se réjouit Yassine Mseffer. Et d’ajouter: «C’est un dispositif qui incite et inspire les entrepreneurs à s’orienter vers le monde rural. En dehors des produits du terroir, les projets en question sont basés sur la technologie et le service. J’ajouterais qu’un travail d’impulsion économique de la région est mené et qui va de la veille économique, l’intelligence territoriale à la planification stratégique pour développer une offre territoriale intégrée susceptible de rendre la région plus attractive». Dans le même sillage, la région de Fès-Meknès s’adapte aux nouvelles prérogatives et renforce son action en matière d’accompagnement. A cet effet, une convention de partenariat a été conclue entre le CRI, l’Anapec, la Fondation Création d’Entreprises (FCE) du groupe Banque centrale populaire et la Banque populaire de la région. Cette convention a pour objet de mutualiser les efforts régionaux dans le cadre du programme intégré d’appui et de financement des entreprises à travers la mise en place du programme «AFWAJ», premier programme intégré pour l’accompagnement de bout en bout des porteurs de projets au niveau de la Région Fès-Meknès. La déclinaison opérationnelle de ce partenariat s’articule autour de trois objectifs, à savoir l’accompagnement de 500 entrepreneurs à l’horizon 2021 répartis en 4 promotions ainsi que le financement de 70% des porteurs de projets accompagnés.
Autant de mécanismes qui laissent entrevoir une lueur d’espoir auprès des jeunes entrepreneurs lesquels ne disposent pas nécessairement des outils adaptés pour concevoir un projet et peinent à trouver un financement. Car malgré l’existence d’une multitude de produits, des statistiques à l’appui manquent. Et c’est d’ailleurs une des raisons du lancement du site AlMoukawala. Pour le ministère de l’Economie et des Finances, le regroupement de l’ensemble des dispositifs permet d’avoir une visibilité sur les différentes offres consultées. Mais la réflexion est menée pour renforcer la composante accompagnement. Selon une source proche du dossier, un travail est fourni pour structurer ce volet et le rendre plus performant. On perd beaucoup à attendre.