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Faut-il être optimiste ou réaliste ?

Édito mars 2021

Faut-il être optimiste ou réaliste ?

Voilà douze mois que nous vivons au rythme des restrictions et couvre-feux, que nous portons tous ce masque qui a déformé notre personnalité, que notre cerveau est littéralement sous-oxygéné et que la grisaille semble être devenue la couleur de notre quotidien. Même si on accepte tout cela au nom de la santé publique et celle de nos proches, on ne peut pas nier que la déprime plombe notre vie. Dans cette ambiance il est important de prêter attention à la communication publique, et bien distinguer le réalisme de l’optimisme béat afin de mieux jauger le moral des patrons.

Faisons d’abord un constat réaliste de la situation. Sur un plan économique, le tableau est noir. Les entreprises qui commencent à publier leur chiffre d’affaires 2020 affichent des baisses qui donnent le vertige. Le patronat annonçait lors d’une conférence-débat tenue il y a quelques semaines que les entreprises affiliées à la CGEM avaient connu une baisse de 50% de leur chiffre d’affaires en 2020. A côté de cela le mercure du baromètre de l’emploi continue de bouillonner, et notre pays devrait avoisiner le million d’emplois perdus à fin décembre. Les impayés atteignent aussi des pics qui inquiètent la banque centrale et qui ont fait fondre la rentabilité des banques commerciales de près de 50%.
Dans ce qui s’apparente au pire des scénarios économiques jamais imaginés, le gouvernement joue au sapeur-pompier pour sauver le tissu économique et préserver l’emploi.

Regardons maintenant les choses avec optimisme. Il est vrai que depuis le début de l’année, nous accumulons les bonnes nouvelles et donc de l’espoir. La pandémie est relativement bien gérée au Maroc malgré la fragilité de notre système sanitaire. Pour la campagne de vaccination, l’Etat fait aussi mieux que ce qu’ont pu faire de grandes nations européennes avec tous leurs moyens et leur puissance.
Sur un autre volet, la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les Etats-Unis et l’officialisation de la relation avec Israël ont, il faut le dire, insufflé un vent d’optimisme au moral des Marocains. Mais de là à ce que ces effets d’annonce soient exploités par certains membres du gouvernement et media comme des indicateurs de relance, on risque la déception!
Ces dernières semaines notre confrère L’Economiste a enchaîné les appels à l’optimisme comme pour vouloir renverser la vapeur. «Reprise économique, y croire», titrait-il à la une de son édition du 19 février. Ce quotidien très respecté dans les milieux des affaires pour ses positions historiques qui prônaient la neutralité aurait depuis quelques mois adopté un nouveau ton. En 2020, sa cession à un groupe d’investisseurs privés proches du richissime ministre de l’Industrie lui a semble-t-il conféré un nouveau rôle.
Loin des élans nationalistes, une question se pose à tous les dirigeants d’entreprises et faiseurs d’opinion: peut-on être optimiste en cette période sombre? Comment un patron d’entreprise qui vit ce cauchemar peut-il se prononcer et dire que les fondamentaux sont bons et que son entreprise est bien prête pour prendre le train de la relance?

Dans cet océan d’angoisse et de peur du lendemain, l’optimisme est une force, certes, mais il doit être connecté à la réalité, et surtout surgir à un moment où il sera audible (…) Lancer des campagnes d’optimisme dans ce contexte c’est manquer de réalisme et cela peut s’avérer contreproductif.

N’oubliez pas que «la seule différence entre un optimiste et un pessimiste, c’est que le premier est un imbécile heureux et que le second est un imbécile triste». Je me demande alors si les intelligents ne sont pas les réalistes! Où sont-ils donc?