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Cash contre cashless pourquoi le retard ?

Débat février 2021

Cash contre cashless pourquoi le retard ?

Pour EE, Hakima El Alami et Mohieddine El Amari ont passé au crible le paiement «sans monnaie». Les deux responsables ont mis le doigt sur certaines causes qui freinent toute avancée en la matière. Avec des chiffres et des lettres, chacun a su avec brio défendre sa position… Paroles d’experts.

A cause de la Covid, les Marocains ont tendance à délaisser le cash en favorisant des paiements mobiles ou sur sites électroniques ou autres. Pouvez-vous nous dresser un état des lieux ?
Hakima El Alami : Tout d’abord, je tiens à souligner des faits historiques. Je rappelle ainsi que la promotion des moyens de paiement électronique est une orientation qui date du premier plan stratégique de BAM initié en 2003. Et pour soutenir le développement de ces moyens de paiement électronique, il fallait donc en amont qu’on s’attaque à la modernisation des infrastructures du marché et des systèmes de paiement pour justement pouvoir supporter cet échange électronique. C’est ainsi que BAM a, en premier lieu, piloté la mise en place du GSIMT (Groupement pour un système interbancaire marocain de télécompensation). Aussi, l’on a mis en place le switch monétique. C’est le CMI qui a joué ce rôle pendant très longtemps avant que HPSS ne prenne le relais parce qu’il fallait séparer le rôle d’acquéreur joué par le CMI, du rôle du switch qui est plus une fonction on va dire d’intérêt général. On a également procédé à la mise en place du système baptisé SRBM (Système des règlements bruts du Maroc), appelé ailleurs RTGS (Real time gross settlement) qui a permis cette modernisation et cette sécurisation des échanges notamment interbancaires.

Tout est donc bien mis en place maintenant ? Depuis quand au juste?
H.E.A : Ce sont des projets qui nécessitent justement du temps… D’ailleurs, je tiens à signaler, et même si on n’en parle pas beaucoup, qu’il s’agit là de gros chantiers qui ont bouleversé le paysage des paiements. Tout a commencé à prendre forme depuis 2004, mais la dématérialisation de l’ensemble des échanges a été conclue et finalisée avec la fermeture des chambres de compensation manuelles en 2010. Certes, le GSIMT a été opérationnel mais de manière graduelle car on a commencé par les virements, puis les chèques et l’intégration des avis de prélèvement. La phase finale était la fermeture de l’ensemble des chambres de compensation y compris celle de Casablanca en 2010. Tout ceci pour dématérialiser les échanges. Et le paiement mobile est lui la dernière brique.
Le paiement électronique a quand même mis du temps à arriver au Maroc. Qu’en pensez-vous et y a-t-il des pays africains qui se distinguent en la matière?
Mohieddine El Amari : Le Kenya se démarque dans le domaine. En 2006, il avait 25% de sa population qui avait accès à un type quelconque des services financiers formels tandis que 32% s’appuyaient sur des services informels et 40% étaient entièrement exclus du système financier. 10 ans plus tard, soit en 2016, 75% de la population a un accès à un service financier formel, il n’y a plus que 7% dans l’informel et plus que 17% d’exclus grâce à l’utilisation du paiement mobile. Avec leur système qui s’appelle le M-Pesa, ils ont fait un bond énorme, une évolution stratosphérique par rapport à ce qu’a fait le Maroc.
H.E.A : Il faut savoir que le Kenya n’avait pas de système bancaire et il était à moins de 4% de taux de bancarisation…
M.E.A : Il est peut-être là le paradoxe. Car un système bancaire trop présent peut devenir un frein à l’inclusion financière accélérée. Et je crois que le cas du Maroc illustre cette situation. On a un système bancaire qui est très développé pour le Maroc utile et qui finalement n’arrive pas à inclure le Maroc soi-disant «inutile», car finalement trop sophistiqué pour un certain type de population! D’où, à mon avis, la nécessité d’encourager des acteurs nouveaux qui sont capables d’aller faire de l’inclusion plus facilement car plus agiles, alors que nous restons bloqués par un secteur bancaire qui ne souhaite pas l’intégration de ce nouveau type d’acteurs! Il y a manifestement une volonté de garder la main sur le marché de l’intermédiation financière. C’est évident et compréhensible, mais peut-être que c’est au régulateur à la fin de favoriser l’arrivée de nouveaux acteurs pour justement encourager la concurrence et l’innovation.
H.E.A : Je ne suis pas d’accord avec ce qui est qualifié de retard du pays. D’ailleurs, voici un exemple concret: en 2008, on était à 5 millions de cartes bancaires contre 17 millions à fin septembre 2020. Alors que sur les paiements tous canaux confondus, TPE, Internet, GAB on était en 2008 à 10,1 millions de transactions pour un montant de 4 milliards de dirhams contre 74 millions de transactions pour un montant de 28 milliards en septembre dernier…
Donc, selon vous, il y a quand même une évolution en plus d’une décennie ?
H.E.A : C’est en effet une évolution importante. Évolution qui a été possible grâce notamment à tout ce qui a été fait sous l’égide de BAM pour améliorer l’acceptation et pour améliorer le taux de paiement. A ce titre, je fais remarquer que le ratio de paiement, – qui est le nombre de transactions de paiement par rapport au total des transactions réalisées par cartes-, était de 9,25% en 2008 et y a stagné pendant des années avant d’arriver en 2013 à 11,3%, 12,5% en 2015 et 19,4% à fin 2019. En clair, sur l’ensemble de l’activité monétique, l’utilisation d’une carte bancaire tourne autour du retrait plutôt que du paiement. L’évolution des paiements, pour moi, en une décennie reste une véritable avancée.
Mais pourquoi l’acceptation n’est-elle pas au rendez-vous finalement et comment agir pour changer la donne ?
H.E.A : Malgré les efforts qui ont été faits pour diminuer la commission d’interchange qui impacte fortement la commission appliquée au commerçant in fine, il fallait dynamiser le marché des paiements avec de nouveaux acteurs, notamment de nouveaux acquéreurs. Pour mettre en place un écosystème digitalisé, il fallait qu’on travaille à la fois le côté porteur d’une part et l’acceptation chez le commerçant d’autre part. Je réitère que la réforme qui a permis l’introduction des établissements de paiement était un des gros chantiers, une sorte de pièce qui est venue se rajouter au puzzle des réformes pour promouvoir les paiements électroniques et faciliter également l’inclusion financière des populations exclues du système. Mais n’oublions pas également que des fois ça coince à cause de la résistance aux changements…

Une résistance de la part de qui?
H.E.A : La résistance aux changements émane parfois même de l’usager. La mise en place du paiement mobile représente un usage nouveau dont le développement et la popularisation représentent un réel challenge. En effet, et à l’instar de tout nouveau produit, l’adoption et la vulgarisation d’un usage nouveau lié à des habitudes de paiement peuvent appeler à la mise en place d’un certain nombre de mesures dont l’objectif est de lever les craintes ou réticences des utilisateurs, voire encourager ces derniers à privilégier ce mode de paiement. D’ailleurs, on va bientôt lancer la communication institutionnelle pour le paiement mobile autour de la marque Maroc Pay, qui donnera l’assurance aux nouveaux usagers d’aller utiliser le paiement mobile.
Il faut savoir que le propre d’une réforme structurelle demande un peu de temps pour qu’elle soit mise en place. Mais l’important c’est que le système bancaire est là et il faut rendre à César ce qui est à César. L’opération «Tadamoun» de l’année dernière a pu être réalisée grâce à la capillarité du réseau. En effet, si on a distribué du cash, de l’argent liquide c’est grâce à la capillarité, à la fois du réseau bancaire, du réseau des établissements de paiement et de la résilience du système d’information…
Il faut dire que la présence de l’ensemble des acteurs, y compris ceux des associations de microcrédit, a favorisé la distribution d’autant d’argent à autant de bénéficiaires (5,5 millions de bénéficiaires, de ménages) et en un temps très court! Et parmi les bénéficiaires, il y a les populations exclues habitant les montagnes qui ont tout de même reçu du cash… Le système bancaire a joué et il joue un rôle très important et qui est complété actuellement par l’offre des établissements de paiement et par l’ensemble de nos actions pour à la fois faciliter l’accès, l’ouverture des comptes de paiement mais également l’usage… BAM travaille également dans ce cadre à la dématérialisation des flux gouvernementaux. Et un des flux qu’on est en train d’adresser c’est le flux Tayssir, qui consiste en des aides sociales aux bénéficiaires pour éviter la déperdition scolaire. La dématérialisation va commencer au niveau de 4 sites pilotes: Fès, Meknès, Azilal et Benguerir à travers des ouvertures de comptes de paiement et sur lesquels ils vont recevoir ces aides.
Oui, mais le mobile banking a été introduit dans la loi bancaire il y a plus de 5 ans déjà. Pourquoi cette lenteur ?
H.E.A : La réforme de la loi bancaire en 2015 a permis justement l’entrée de nouveaux acteurs non bancaires qui sont autorisés de par la loi à offrir des services de paiement adossés à des comptes de paiement. Ce sont les établissements de paiement agréés par BAM. On en compte 15 en 2019…

Le mobile comme autre mode de paiement, pourquoi ?
H.E.A : Car le taux de pénétration du mobile est très élevé. Tout le monde pratiquement a un portable, deux ou même trois chacun. Donc pourquoi ne pas utiliser le smartphone également pour le paiement? C’est ainsi qu’on avait fait un benchmark et on avait regardé du côté des petits commerçants qui ne sont pas approchés, et qui ne sont d’ailleurs même pas dans la stratégie d’acquisition des acquéreurs classiques. Et les résultats de ce benchmark étaient probants et montraient clairement qu’il fallait s’attaquer à ce segment et qu’il y a un marché qui peut être très rentable et intéressant.
Et pourtant ça n’a pas réellement marché sachant que la majorité des commerçants n’a pas suivi…
H.E.A : Il ne faut pas aller dans des conclusions aussi tranchées car l’appétit est là. La construction de l’écosystème va prendre du temps. Il faut que les établissements de paiement soient là aussi. Il faut qu’ils soient agréés pour faire de l’acquisition et pouvoir par la suite mettre les moyens afin d’aller acquérir ces commerçants. Et c’est là tout le challenge! Car d’aucuns connaissent les problématiques des petits commerçants qu’il faut rassurer. Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’avec l’aide de la DGI, on a, pour inciter ces gens-là, réussi à avoir les 25% d’abattement dans la loi de Finances 2019 sur le chiffre d’affaires réalisé par le paiement mobile, et on est arrivé avec la loi de 2020 à une exonération totale.

C’est la seule raison qui bloque les commerçants ?
H.E.A : Non il y avait également la question de la marge jugée par les commerçants comme très limitée et petite. Et c’est pour ça que sur la décision réglementaire qu’on a promulguée en 2019, on a capé la commission d’interchange à 0,5%. Et j’estime que c’est une prouesse pour que demain la commission commerçante ne soit pas un frein à l’enrôlement du commerçant. Également, il y a le souci de l’enrôlement des commerçants, -et là on parle des commerçants de proximité qui généralement n’ont pas les registres du commerce, alors que pour enrôler un commerçant, les acquéreurs demandaient justement ce RC avec un certain nombre de documents. En décodé, une grande réforme a ainsi été introduite par la banque centrale en autorisant l’enrôlement des petits commerçants sur la base juste du numéro de la patente et de la CIN. Ça c’est une grande avancée à mettre à l’actif de BAM qui va permettre de faciliter davantage l’enrôlement des commerçants et l’acceptation du paiement mobile.
M.E.A : Pour ma part, le blocage est ailleurs. D’ailleurs, un des points qui m’ont interpellé dans toutes les réformes qui ont eu lieu au Maroc, c’est que dans d’autres pays, ces évolutions ont donné lieu à l’émergence de nouveaux acteurs dans le secteur bancaire. C’est-à-dire qu’on a vu l’apparition de ce qui est communément appelé les néo-banques, des acteurs qui sont principalement appuyés sur de la Fintech, qui sont beaucoup plus agiles et qui n’ont pas des «legacy» systèmes trop lourds à gérer… Personnellement, je vous avoue que je m’attendais à ce qu’au Maroc, on puisse permettre l’émergence de ce type d’acteurs. Je pense en effet que la lenteur ou la non inclusion financière d’une bonne partie de la population au Maroc vient aussi du fait que nous avons un système bancaire très cloisonné et très réglementé avec des barrières à l’entrée rédhibitoires qui ne permet pas l’émergence de nouveaux concepts dans le domaine financier en général.
Et donc finalement aujourd’hui, même ceux qu’on appelle les établissements de paiement, à qui il est désormais permis de proposer des alternatives au système bancaire classique (moyens de paiement), sont obligatoirement adossés au système bancaire car il leur faut avoir des comptes dans les banques, etc.
H.E.A : Je voudrais replacer les choses dans leur contexte. Il est vrai que c’est cette peur d’aller vers le système bancaire qui a précipité la réforme de 2015 concernant l’introduction de ces nouveaux acteurs non bancaires. Mais vous avez dit qu’ils sont obligés d’être adossés au système bancaire, mais pas du tout! Car ce sont des établissements qui ont l’agrément de la banque centrale bien sûr, mais sur la base d’un certain nombre d’exigences. N’oublions pas que oui, la banque centrale veut faire de l’inclusion financière mais surtout sur des bases saines et solides. Les établissements de paiement que l’on a agréés ont un certain nombre d’exigences réglementaires en matière de capital et d’adéquation des moyens humains organisationnels techniques pour offrir plusieurs services de paiement. Mais à aucun moment l’on ne dit qu’ils doivent être adossés au système bancaire! D’ailleurs au niveau des établissements agréés, l’on a un mix de tout.

Mais encore ?
H.E.A : On a des établissements de paiement qui sont des filiales de banques, mais on a aussi des pure-players, une Fintech, des ex-sociétés de transfert de fonds (qui ont demandé l’extension de l’agrément pour ouvrir des comptes de paiement et offrir des services de paiement et ils l’ont obtenu). Et enfin nous avons les trois opérateurs télécoms qui ont créé leurs filiales. Et en comptant tous ces opérateurs, il est évident que si on introduit des réformes, il faut donner le temps au temps. C’est un écosystème qui est en train d’être mis en place et d’ailleurs voici des chiffres qui mettent du baume au cœur et qui ne sont pas mentionnés dans le dernier rapport de BAM. On est quand même à 4 millions d’ouvertures de comptes de paiement en 2020, dont 2,2 millions de comptes de type 1 capé à 200 dirhams, 1,1 million pour le type 2 capé à 5.000 dirhams et le reste pour le compte de paiement de type 3 capé à 20.000 dirhams. Dans la foulée, les acquéreurs ont pu enrôler près de 7.400 nouveaux marchands jusqu’à fin novembre 2020. Sur les niveaux de transactions faites réalisées en intra-établissement, on est à fin novembre 2020 sur 551.372 transactions dont 58% en paiements de facture, 27% pour le cash out GAB, 7% pour le transfert Peer to Peer (personne à personne) et 8% pour le paiement commerçant. Ce sont, à mon humble avis, tout de même des chiffres qui sont intéressants pour un système qui se met en place…
M.E.A : Je crois savoir qu’il y a eu un lobbying assez fort de la part des opérateurs télécoms qui ont voulu devenir des acteurs bancaires comme cela s’est fait ailleurs dans le monde. Manifestement, des discussions longues et compliquées, voire musclées, n’ont abouti à rien. Ils font certes du mobile paiement aujourd’hui mais ils ne sont pas devenus ce qu’ils voulaient, à savoir de vrais acteurs bancaires! Pour ma part, je suis d’avis que c’est finalement une bonne chose parce que je ne crois pas que le secteur financier doive être ouvert à des entités qui représentent déjà des géants économiques dans leur propre secteur d’activité. Je suis plutôt pour de petites startups capables de faire de la disruption et d’insuffler le dynamisme qui nous manque, sachant qu’en plus nous avons des ambitions continentales dans le secteur de la banque/finance…

Pouvez-vous nous faire la distinction entre mobile banking et mobile paiement ?
H.E.A : En fait le mobile banking est le plus ancien. C’est le fait d’avoir une application bancaire sur son portable comme une sorte de banque en ligne. Quant au paiement mobile, c’est un moyen de paiement. Il peut être adossé soit à un compte bancaire, soit un compte de paiement. C’est donc une grande différence entre l’espace e-banking qu’on connaît tous et le moyen de paiement mobile communément appelé le m-wallet.
Quel est le nombre de ces portefeuilles électroniques et combien de commerçants recensés sont équipés en ce genre de terminaux ?
H.E.A : Le nombre de porte-monnaie électroniques ou wallets a dépassé 1,5 million au 28 décembre 2020. Et contrairement à la carte, l’acceptation du paiement mobile peut se faire sans le TPE. On peut avoir juste un MPOS ou un QR code. C’est pour cette raison que je voudrais plus parler du nombre de transactions que de marchands. Par contre concernant les opérations qui passent par le switch, le chiffre est timide avec près de 20.000. En gros, les opérations en intra commencent à prendre et les opérations qui passent en interopérable ne sont pas encore au rendez-vous. Tout ça est lié également au fait qu’il faudra que l’enrôlement des commerçants soit là. Pour cet enrôlement on a dit que les établissements agréés travaillent dessus. Et bien sûr la communication institutionnelle qu’on va lancer bientôt va permettre de rassurer davantage l’ensemble des usagers qu’ils soient porteurs ou commerçants.
En 25 ans de libéralisation du système bancaire, les banques n’ont réussi qu’à bancariser dans les 68% de Marocains. Pourquoi feront-ils confiance aujourd’hui à un opérateur télécoms ?
H.E.A : Je ne suis pas d’accord. Malgré tout le Maroc n’est pas à la traîne. On est en train de construire un écosystème qui se met en place doucement mais sûrement. Vous avez parlé du taux de bancarisation et aussi de confiance. A cet égard, il faut savoir qu’en faisant le diagnostic de l’inclusion financière, l’on a su que si les gens ne s’adressent pas aux banques c’est que généralement, ils n’ont pas assez de revenus. Les gens n’avaient pas également les documents requis au niveau du système bancaire pour l’ouverture de compte. Raison pour laquelle d’ailleurs on a initié ce chantier de comptes de paiement. En fait, pour moi, la possibilité de l’ouverture de compte de niveau 1 qui ne peut contenir que 200 dirhams dans des établissements de paiement avec juste un numéro de téléphone, c’est un produit d’appel. De même pour le niveau 2 où seulement une pièce d’identité en plus du numéro de mobile sont requis pour verser jusqu’à 5.000 dirhams. Ou encore le compte de niveau 3 qui peut avoir jusqu’à 20.000 dirhams et pour lequel il faudrait, en plus du numéro de téléphone et de la CIN, justifier le domicile et fournir des renseignements sur sa personne et son activité. Ce sont vraiment des facilités et on peut même le faire à domicile avec la CIN scannée pour le compte de paiement niveau 2! Donc on a dépassé ce préjugé de la banque qui fait peur ou qui est trop sophistiquée. Et là je peux vous dire que l’établissement de paiement est plus proche de cette population in fine. Preuve en est l’ouverture de 4 millions de comptes de paiement.
M.E.A : De mon côté, je voudrais par contre qu’on se focalise sur l’avenir technologique avec tout ce qui se passe à l’échelle planétaire comme avancées en la matière. Je citerais l’exemple de la Chine qui a lancé récemment le yuan numérique (monnaie numérique souveraine chinoise). Et même si cela ne concerne que quelques régions de Chine, ce sont quand même des millions d’utilisateurs. Il y a également dans beaucoup de pays le développement de la monnaie numérique de banque centrale, ce qu’on appelle la CBDC (Central Bank Digital Currency). On a l’impression que le monde est en train de se diriger vers un système technologique où les banques centrales vont pouvoir complètement bypasser le système bancaire, c’est-à-dire qu’elles vont pouvoir quasiment interagir directement avec le citoyen, lui envoyer directement de l’argent sur son portable et lui permettre d’utiliser cet argent! Et là une question se pose quant à l’avenir de la monnaie fiduciaire classique, qui risque de connaître des lendemains difficiles. Mais quid du Maroc? En tant que responsable à BAM, j’aimerais d’ailleurs savoir si la CBDC est quelque chose sur lequel la banque centrale réfléchit?
Pour rebondir sur les propos d’El Amari, est-ce que finalement cette espèce de révolution numérique ne risque-t-elle pas de rendre un peu obsolète tout ce qu’on a fait jusqu’à aujourd’hui et surtout est-ce que vous y croyez ?
H.E.A : Vous savez, dans le cadre de nos missions, on fait de la veille de ce qui se fait à l’international. On est membre de beaucoup de groupes de travail et aussi de la banque de règlements internationaux. On suit donc de très près tout ça. Mais l’on prend également en considération les répercussions à venir. Vous l’avez dit, bypasser est-ce que c’est réaliste? N’oublions pas que quand on fait des dépôts c’est ça qui va permettre l’intermédiation bancaire. Si on bypasse les banques, quelles répercussions sur l’intermédiation? Donc ce sont de vraies questions qu’il faudra se poser et qu’on examine notamment avec nos pairs et l’ensemble des banques centrales… On ne peut pas faire des choses qui, in fine, vont porter atteinte plus tard à la résiliation des banques ou à remettre en cause le rôle d’intermédiation bancaire. Ce sont beaucoup d’enjeux. Par ailleurs, à BAM, on a, dans le cadre de la direction que je chapeaute, mis en place un service dédié à l’accompagnement des Fintechs et le développement des paiements. C’est pour dire que BAM est à l’écoute des attentes du marché.