fbpx

MAP ou la fuite en avant !

Édito février 2021

MAP ou la fuite en avant !

Depuis quelques semaines le directeur général de la MAP a multiplié les sorties médiatiques pour détailler les réalisations de son Agence, et les grandes lignes de sa stratégie de transformation qui a pour objectif premier de créer «un pôle public d’information».
Ces sorties médiatiques devraient interpeller à plus d’un titre tous les Marocains mais aussi l’industrie des médias sur le vrai rôle d’une Agence d’information nationale et sa vocation première.
Dans une de ses sorties chez notre confrère Médias24, Khalil Hachimi Idrissi a vanté la nouvelle organisation de l’Agence qui, il faut l’admettre, a été transformée cette dernière décennie. Jadis grossiste d’information, la MAP est devenue un groupe multimédia omniprésent qui fait aussi dans le détail. Ses supports sont dorénavant accessibles en ligne aux Marocains et à travers les kiosques de journaux. La nouvelle MAP c’est un véritable empire médiatique qui publie deux quotidiens d’information, plusieurs mensuels, une vingtaine de sites d’information spécialisés, tous avec le même dénominateur commun, celui de «consolider la souveraineté nationale en matière d’information».
Dans la foulée, il y a quelques semaines, la MAP annonçait le lancement de sa radio d’information sur Internet, RIM Radio, en plus d’une chaîne de télé M24. Une télévision d’information en continu qui ambitionne de présenter «un produit en arabe inédit» qui selon la MAP a pour objectif de «rapatrier l’audience marocaine» qui a migré vers des médias à l’étranger.
On le sait, depuis plus d’une décennie, les Marocains ont lâché les chaînes d’information nationales pour se réfugier dans les réseaux sociaux et les chaînes d’information étrangères, jugées plus pertinentes dans leur traitement de l’information.
Et c’est bien là où ça se passe. Les Marocains ont perdu confiance dans la qualité de l’information des médias officiels. Le directeur général de la MAP lui-même citait d’ailleurs une étude indépendante qui concluait que «les Marocains écoutent 45 minutes d’informations par jour, dont 20 minutes sur les médias nationaux et 25 minutes sur des supports étrangers».
A quoi sert alors la diversification tentaculaire de la MAP, si à la base les Marocains font de moins en moins confiance à l’information officielle? De là nous revenons à la vocation d’une Agence nationale d’information.
Depuis leur naissance au début du 19e siècle, les agences publiques d’information ont été créées à l’image de grossistes, qui revendaient l’information aux journaux et médias.
Aujourd’hui avec la globalisation et la révolution digitale, les citoyens et les médias ont accès à l’information sans limite de frontières et dans un pluralisme idéologique qui satisfait toutes les tendances.
La montée en flèche du populisme cette dernière décennie un peu partout dans le monde a enflammé les réseaux sociaux, devenus de véritables vecteurs d’information. Sous la dictature de l’instantané, les fake new ont même pris le dessus sur l’information officielle. Dans cette tiraillerie, l’Etat a visiblement perdu la bataille, car les sites d’informations qui pullulent partout, surtout en région, sont malheureusement aujourd’hui beaucoup plus écoutés que l’Agence MAP avec ses 700 journalistes et le pôle public qu’est la SNRT.
C’est le rôle de l’Etat de veiller à la fiabilité et la qualité de l’information qui circule en réglementant les champs de la communication publique, mais surtout en donnant l’exemple. Dans cet espace, la mission de l’Agence de presse nationale devrait être de produire de l’information crédible, basée sur des faits, avec l’indépendance requise, loin de toute propagande.
La vocation de la MAP ne devrait pas d’être un holding multimédia, et son ambition pas de développer son chiffre d’affaires de 45 millions à 100 millions de dirhams non plus, ni d’ailleurs de concurrencer les médias indépendants! Sa mission est bien plus noble que tout cela: réconcilier les Marocains avec l’information officielle, pas en le noyant d’informations.