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20 ans plus tard, un nouveau tournant

Point de vue mai 2015

20 ans plus tard, un nouveau tournant

La 20ème édition de l’OMC, organisée à Marrakech, a éveillé en moi bien des souvenirs. Tout d’abord, parce que la signature des accords du GATT en 1994, dans la ville ocre, coïncidait avec mon retour au bercail, après une décennie passée aux Etats-Unis. Mais je n’étais pas le seul. C’est toute un pan de la génération X qui avait cru à un projet d’ouverture et de libéralisme que feu Hassan II avait initié en 1989, et qui a décidé de rentrer à son pays natal et mettre la main à la pâte.
Rappelez-vous, il y a 20 ans, le Maroc signait à Marrakech son entrée dans l’économie mondiale adhérant ainsi officiellement à la globalisation et annonçant son ouverture sur le monde. Cet acte faisait suite au vent d’ouverture politique que le défunt Souverain avait enclenchée quelques années auparavant, avec le retour au Maroc des anciens gauchistes en exil, dont Abderrahman Youssoufi, qui deviendra Premier ministre 10 ans plus tard.
S’en est suivi l’ouverture et la libéralisation de plusieurs secteurs stratégiques, dont la banque et l’assurance, l’énergie et le début de l’assainissement du portefeuille public, avec une vague de privatisations qui placera le Maroc, pour la première fois, en première page des grands quotidiens internationaux qui louaient la vision de ce pays émergent.
A l’époque, Othman Benjelloun était encore inconnu du monde de la finance, Moulay Hafid Elalamy et Alami Lazrak étaient des cadres au sein du groupe ONA et Anas Sefrioui était encore installé dans son fief à Fès.
Pour mieux embrasser ce qui se passait dans le monde, Feu Hassan II avait eu la brillante idée de nommer un groupe de réflexion indépendant qui se réunissait et travaillait avec lui directement sur des dossiers chauds de manière quasi hebdomadaire. Dénommé le G14, il était composé de 14 jeunes dirigeants brillants, comme Hassan Benabderrazik,  Mostafa Terrab, Saâd Bendidi, Mohamed Hassad et Driss Benhima. Leur particularité est qu’ils avaient tous une lecture plurielle de la mondialisation et étaient surtout réputés pour leur franc-parler. Feu Hassan II leur avait donné «carte blanche» pour bousculer les idées «momiques» du makhzen sur certains dossiers, afin que l’orientation prise par le Maroc soit en phase avec ce qui se passait dans le monde.
Ce vent de changement qui soufflait sur le Maroc, et dont le point culminant était la signature des accords du GATT (père de l’OMC) à Marrakech, a été capital pour le Maroc, afin de gagner la confiance des bailleurs de fonds internationaux, à leur tête, la Banque mondiale.Celle-ci deviendra un allié stratégique du Maroc moderne.
Avec ce recul de 20 ans, l’on peut conclure que cette hauteur de vue a donné à notre pays une longueur d’avance inestimable sur les pays de la région en termes de progrès, de libéralisme et de démocratisation des institutions.
Sauf que, vingt ans plus tard, le cadre même de l’Organisation Mondiale du Commerce ne séduit plus. Dans des conférences internationales, on la qualifie de simple chambre d’enregistrement. Ceci n’est-il pas la preuve que le monde change à une vitesse grand V?
Une question de fond se pose alors pour notre pays qui a bâti une vision il y a plus de 20 ans, celle de devenir l’usine de l’Europe. Comment peut-il continuer à adapter son économie à ce qui se passe dans le monde? Aujourd’hui, la Chine est en passe de devenir la seule grande usine du monde, avec qui très peu de pays peuvent entrer en concurrence pour toutes les raisons qu’on connaît. La réponse à cette question réside dans la nécessité de favoriser l’éclosion d’un vent de pensée économique et sociale nouveau, voire philosophique, et qui soit en phase avec notre époque.