fbpx

Halieutis, encore du chemin à faire

Dossier mars 2021

Halieutis, encore du chemin à faire

Le département de la pêche maritime s’apprête à élaborer une vision complète sur les orientations de la stratégie du secteur des pêches maritimes pour la période 2020-2030.

Le ministère de tutelle s’apprête à élaborer une nouvelle version du Plan Halieutis, en droite ligne avec les engagements du Maroc pour l’économie bleue. Cette nouvelle stratégie, qui devra courir sur la période allant de 2020 à 2030, sera déclinée en projets et actions à mettre en œuvre, avec un accompagnateur externe capable de cibler les choix stratégiques du secteur halieutique. D’après les prescriptions spéciales accompagnant l’appel d’offres du Département de la pêche maritime, Halieutis dans sa 2e version devra se baser sur une approche filière pour définir l’ensemble des axes stratégiques et les plans d’actions associés afin d’aborder de manière plus précise les problématiques spécifiques à chacune des filières. Dans ce sens et pour compléter la vision halieutique et l’inscrire dans le bon sens, «je dirais qu’il est dans l’intérêt du ministère de consulter les Chambres maritimes, prendre les avis des armateurs et même des capitaines de bateaux, pour avoir une idée très proche et plus précise sur le vécu halieutique dans ses contraintes liées à l’activité elle-même ainsi que celles administratives», préconise le secrétaire général de la Fédération des Chambres des pêches maritimes. Mais pas seulement. Pour Ali Oukacha, la relance de la stratégie halieutique devra mieux prendre en considération les défis auxquels se confrontent les opérateurs. «Aujourd’hui nous constatons que des contraintes majeures hypothèquent le secteur. La pêche maritime dépend de la biologie marine, laquelle dépend d’autres facteurs comme les courants marins, la salinité et la température de l’eau, etc. En plus de ces facteurs biologiques liés aux changements climatiques, notre secteur reste à la merci des circulaires et des décisions administratives», témoigne Oukacha pour donner une idée sur les difficultés rencontrées par les opérateurs de la mer. «Notre secteur pâtit des méthodes traditionnelles de pêche, de valorisation, de commercialisation et de promotion. Savez-vous que 85% des marins marocains ne savent pas nager, que le Maroc ne dispose même pas d’une ambulance de mer comme l’Esperanza del Mar en Espagne, un navire-hôpital ayant pour tâche de porter secours à des naufragés, des blessés ou des malades», cite-t-il pour l’exemple. Et d’ajouter: «Je ne dis pas que la stratégie de développement et de compétitivité du secteur halieutique marocain n’a pas réussi. En toute sincérité, Halieutis a réussi. Seulement il reste encore du chemin à parcourir pour insuffler une nouvelle dynamique au secteur. Il faut veiller sur la persévération des ressources, essayer de moderniser la flotte maritime, moderniser les méthodes de gestion, créer une culture d’entreprise basée sur la confiance, les valeurs… ». Sur le volet de la modernisation où les besoins sont importants, Oukacha estime que 80% de la flotte marocaine est vétuste. Encore une fois, c’est le financement qui demeure le nerf de la guerre. Or, l’industrie de la pêche ne bénéficie pour sa part d’aucune subvention et ce depuis le désengagement de la CCG (Caisse Centrale de Garantie) du secteur de la pêche. Aujourd’hui, la profession va avoir de nouvelles dépenses à sa charge si elle veut rester conforme aux règlementations climatiques et écologiques. Pourtant, le potentiel de ce secteur pourrait être multiplié au minimum par trois s’il pouvait bénéficier d’aides et d’un accompagnement. A bon entendeur.