fbpx

Gouverner la mer

Édito mars 2021

Gouverner la mer

Le secteur de la pêche n’a plus vraiment le choix. Il doit se réinventer pour transformer les défis d’ampleur en changement durable. C’est un objectif mondial qui nécessite de gérer durablement les ressources marines et de pérenniser les filières économiques et alimentaires associées. Le Maroc est donc appelé à créer les conditions propices à une croissance bleue. Cela tient compte des besoins en investissement dans les flottes de pêche, dont 80% au Maroc sont vétustes, et des usines de transformation modernes pour retrouver les poissons, pêchés au large du Maroc, transformés sur les étalages de nos supermarchés, et pourquoi pas des usines pour valoriser les déchets. On peut espérer voir la création d’unités de conservation du poisson frais dans les villes et même les campagnes à l’arrière-pays. On peut s’imaginer investir dans l’innovation, la technologie et l’emploi de l’économie bleue, des métiers d’avenir qui peinent pourtant à recruter.
Gouverner la mer au Maroc nécessite surtout d’adopter une approche transversale pour fédérer l’ensemble des acteurs, faire confiance aux connaissances des pêcheurs pour mieux appréhender les problématiques des filières. Mais aussi pour orienter la perception des pêcheurs à l’égard de l’exploitation. Dans la foulée, il faudra sortir de la spirale négative qui concerne le triste cliché qui montre le secteur halieutique comme une ruche de rentiers. La quasi majorité des opérateurs du secteur sont des industriels et investisseurs nationaux. Et pour cause, un bateau de pêche hauturière ou côtière, c’est une usine flottante générant des coûts d’acquisition, des coûts d’armement par marée et des emplois. Il faut croire que la pêche, ce n’est pas que des pêcheurs, un emploi en mer ce sont trois emplois sur terre.

Ces opérateurs, qui doivent aujourd’hui naviguer et agir dans un monde d’incertitudes permanentes, parfois contradictoires, aspirent également à un accompagnement, un mécanisme de garantie financière pour favoriser le renouvellement de la flotte de pêche marocaine. Il faudra des bateaux plus sûrs, moins coûteux, plus économes, moins polluants… Les conventions internationales en matière de sécurité maritime et la conformité aux normes environnementales l’exigent. Mais il faudra inciter les armateurs à faire construire leurs bateaux dans les chantiers navals sur le territoire national. Voilà 20 ans, le secteur de pêche maritime au maroc baignait dans l’anarchie, comme nous l’avions décrit dans un dossier dédié en 2001. Aujourd’hui, un meilleur monde halieutique est possible. Pour peu que le Maroc l’aborde dans un esprit de réinvention.