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Le médicament en Afrique, un marché à investir

Economie février 2021

Le médicament en Afrique, un marché à investir

L’industrie pharmaceutique est sollicitée en ces temps. Et l’Afrique, actuellement le maillon faible sur le marché mondial, gagnerait à fédérer ses pays afin de faire émerger une Agence africaine du médicament.

Structurer une filière industrielle performante est la mission vitale de l’Agence africaine du médicament (AMA) et du Plan de fabrication de produits pharmaceutiques pour l’Afrique (PMPA). Une mission à la hauteur des défis structurels de l’Afrique. Alors que le continent est régulièrement frappé par des pandémies et que les maladies chroniques sévissent, l’Afrique peine à produire ses propres médicaments. En 2019, le continent ne pesait que 0,7% du marché pharmaceutique mondial, contre 49% pour l’Amérique du Nord, 21,8% pour l’Europe, 21,7% pour l’Asie pacifique. Seule une dizaine de ces pays africains, dont l’Egypte, le Maroc, la Tunisie ou encore l’Afrique du Sud, concentre 70% de cette production, ce qui astreint l’Afrique à l’importation de plus de 90% de besoins en médicaments. Difficile de faire pire…
Indépendance pharmaceutique
Face à la question de l’autonomie en produits pharmaceutiques, ces deux mécanismes que sont l’AMA et le PMPA, imaginés dans les années 2000 et qui tardent à être opérationnels, deviennent une urgence exacerbée aujourd’hui par la crise sanitaire. Il fallait que 15 pays membres de l’Union africaine signent le traité de l’AMA censée être la réponse collective, une sorte de panacée aux maux de l’Afrique. Cet objectif est dépassé aujourd’hui. Désormais, il devra permettre de développer le commerce du médicament en Afrique, d’harmoniser les procédures, les réglementations et les standards. Ainsi, la Covid-19 a mis encore plus en évidence cette forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
«Ce travail a été entamé et c’est une bonne nouvelle pour les 1,216 milliard d’Africains pour qui les dépenses de santé représentent parfois jusqu’à 60% des revenus et qui ont du mal à accéder à des médicaments de qualité, selon la Banque mondiale. Mais c’est également une aubaine pour les industriels du médicament qui peuvent y voir une opportunité de croissance de leurs revenus. D’autant plus que le marché mondial a engrangé un chiffre d’affaires de plus de 1.105 milliards de dollars en 2016 et qu’il devrait atteindre les 1.400 milliards en 2021…», nous explique Ali Sedrati, président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Le Maroc qui a signé le traité de cette agence spécialisée de l’Union africaine, adhère à la mise en place de cet instrument susceptible de renforcer considérablement la production africaine de médicaments. Le gouvernement a dans ce sens adopté en 2019 un projet de loi 09-20 pour encadrer cette agence tant attendue.
«Je suis optimiste et confiant quant à la mise en place de cette agence qui s’assigne entre autres objectifs de promouvoir une approche unifiée pour réglementer les produits médicaux en vue de faciliter l’harmonisation de la réglementation des médicaments et d’améliorer l’accès à des produits médicaux efficaces», affirme Sedrati, ajoutant qu’il «s’agira ainsi d’atteindre des normes internationalement acceptables, fournir un environnement réglementaire favorable à la recherche et le développement pharmaceutique, la production locale et le commerce à travers les pays africains et de renforcer la coordination entre les pays africains pour une protection de la santé publique contre les risques liés à l’utilisation des médicaments de qualité inférieure». Et l’entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2021 de la Zone africaine de libre-échange (Zlecaf) serait une nouvelle opportunité pour promouvoir le développement de chaînes de valeur africaines dans le médicament.
L’Agence africaine du médicament reste surtout l’occasion pour le Maroc pour s’imposer dans un marché porteur. Pour Ali Sedrati, «l’essentiel de la fabrication de médicaments au continent se fait au Maroc et en Afrique du Sud. Pour notre part, nous avons réalisé en 2019 un chiffre d’affaires aux alentours de 16 milliards de dirhams pour un volume en termes d’unités de plus de 400 millions. En gros, nous exportons entre 11 et 12% de notre production locale et l’on pourrait faire mieux si les mesures d’accompagnement sont finalement instaurées». Et d’ajouter: «Maintenant avec l’entrée en vigueur de la Zlecaf, le Maroc doit s’activer. D’autant plus que l’on parle d’un secteur qui est à la pointe et qui est aligné aux normes internationales et certifié officiellement et régulièrement par l’Organisation mondiale de la santé ainsi que l’Association européenne de la qualité». Concernant la Zlecaf comme accélérateur potentiel de la production pharmaceutique en Afrique, Sedrati confirme le potentiel de cette opportunité mais exprime ses réserves quant à la diligence de ce chantier. «En attendant, je peux dire que le Maroc peut apporter énormément à l’Afrique en matière de transfert de technologies dans le secteur du médicament. N’oublions pas justement que le Maroc a pu profiter de l’expertise des multinationales installées localement. Ce qui dote le pays d’un fort potentiel en termes de technologie de pointe et dont beaucoup de pays rêvent», dit-il avant de rappeler: «Le Maroc aussi offre une plateforme industrielle qui peut être exploitée aux normes internationales garanties. Une plateforme aujourd’hui de 40-45% de capacité disponible, qui ne pourra qu’aider le pays pendant cette pandémie. Et mis à part l’Afrique, le Maroc peut aussi être un atout en étant une zone de relocalisation de pays de l’Europe à travers son hub».
En outre, Sedrati indique que le Maroc est fier de profiter de la présence des multinationales en matière de médicament d’innovation, car ce dernier apporte le progrès médical, assurant toutefois que le générique est nécessaire pour la généralisation de l’accès aux médicaments. «Aujourd’hui, le générique représente 40% de la consommation nationale. Ce pourcentage génère un minimum de 2 milliards de dirhams d’économies par an pour le citoyen marocain et les systèmes d’assurance par rapport aux produits originaux!», signale-t-il, donnant l’exemple des États-Unis, qui malgré leurs innovations constantes dans le domaine, près de 80% de leur consommation nationale est en médicament générique ou encore de l’Allemagne avec près de 70%! Ceci pour dire que le générique aide non seulement les pays à élargir l’accès mais aussi à la maîtrise de dépenses… D’autant plus que selon les estimations de 2019, la consommation annuelle par habitant est de 500 euros en Europe, de 70 dollars en Tunisie, de 80 dollars en Algérie et d’à peine 450 dirhams pour le Maroc!
L’écart est «huge» pour le royaume qui se doit impérativement d’être de la partie et ne pas passer à côté des 1.400 milliards de dollars prévus pour cette année… A bon entendeur.