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Panacée zéro émission

Economie février 2021

Panacée zéro émission

Power-2-X. C’est le nom de code donné à la vision «hydrogène» du Maroc pour développer une nouvelle filière durable et d’avenir. Eclairages autour des enjeux de ce vecteur de décarbonation appelé à porter l’avenir énergétique du pays.

Gris, bleu, vert, jaune…. l’hydrogène se décline en une palette de couleurs en fonction de l’énergie à partir de laquelle il est fabriqué. Lorsqu’il est produit par électrolyse de l’eau, il sera vert si c’est réalisé à partir d’électricité renouvelable, notamment éolienne, solaire ou hydraulique. Et c’est ce tournant que le Maroc prépare pour accélérer la transformation de son système énergétique du modèle actuel, reposant à 90% sur les énergies fossiles, à un système plus vert et plus efficace. En 2020, le Maroc a posé les jalons de cette nouvelle industrie énergétique, communément appelée Power-to-X, et ce en signant un mémorandum d’entente avec l’Allemagne pour promouvoir les technologies relatives à cette filière. Et partant construire au Maroc la première unité de production d’hydrogène vert en Afrique. Ce partenariat vient confirmer les ambitions du Maroc de décarboner son économie à l’horizon 2050 et de se positionner en pays exportateur de l’hydrogène. Beaucoup de facteurs confortent la pertinence de ces choix. La stratégie nationale de transition énergétique et la proximité avec l’Europe font du pays une destination appropriée pour développer une industrie autour de ce vecteur au potentiel d’économie climatique. Une étude élaborée en 2018 le place parmi les 6 pays aptes à exporter l’hydrogène. Un objectif qui pourrait être atteint dans 10 voire 15 ans du lancement effectif de cette production. Les experts en la matière confirment que le Maroc pourrait capter de 4 à 8% du marché global de l’hydrogène, ce qui représente un gisement allant de 150 à 400 milliards d’euros. Autre apport significatif de l’hydrogène, l’amélioration de la qualité de l’air pour remédier aux pertes entraînées par la dégradation de l’atmosphère.
Adil Gaoui, président de l’Association Marocaine pour l’Hydrogène et le Développement Durable (AMHYD), répond à notre petit tour de questions qui se posent sur le vecteur hydrogène.
1- Le Maroc se positionne pour saisir les opportunités offertes par l’hydrogène renouvelable. Avec quel potentiel ?
Le vecteur hydrogène est un candidat crédible dans le mix énergétique national, car les énergies renouvelables installées au Maroc, qu’elles soient éoliennes ou solaires, offrent le potentiel effectif de produire de l’hydrogène vert avec des coûts plus optimisés. Aussi, le positionnement géographique du Maroc lui donne des atouts inédits comme plateforme stratégique pour la production, le stockage, l’usage local et l’export vers l’Afrique ou l’Europe. Par ailleurs, le marché de la mobilité hydrogène n’étant pas encore au Maroc mais plutôt en Europe, l’hydrogène offre la solution de mettre le soleil et le vent marocains dans des bouteilles et l’exporter à l’étranger.
2- Pourquoi l’hydrogène est-il l’ami des énergies renouvelables ?
L’hydrogène peut être stocké en grandes quantités. L’enjeu est même fort pour l’essor des énergies renouvelables. Etant par nature intermittentes et non pilotables, elles devront pouvoir utiliser leur surplus pour électrolyser l’eau recyclée et la transformer, par électrolyse, en hydrogène stockable et utilisable au besoin. L’Agence internationale de l’énergie considère d’ailleurs l’hydrogène prometteur pour devenir l’option de stockage de l’électricité à bas coûts pendant des jours, des semaines ou même des mois.
3- Comment la Maroc peut-il produire de l’hydrogène et à quel coût ?
La production de l’hydrogène est possible moyennant plusieurs procédés industriels. Le procédé le plus répandu pour produire de l’hydrogène vert est l’électrolyse de l’eau.
Produire de l’hydrogène par électrolyse nécessite l’installation d’électrolyseurs permettant de transformer de l’eau en hydrogène avec comme seule émission de la vapeur d’eau et de la chaleur. Aucun gaz à effet de serre n’est alors émis. Il y a un grand potentiel à dégager à partir du dessalement de l’eau de mer, notamment le dessalement solaire, avec un coût de dessalement qui reste très marginal (1%). Le Maroc possède des installations de niveau mondial et de capacités suffisantes pour pouvoir produire, stocker et exporter de l’hydrogène vert vers les marchés de la mobilité verte. Dans ce sens, dans un premier temps, l’éolien jouera un rôle beaucoup plus important que le solaire comme source d’énergie propre compte tenu des facteurs de charge qui peuvent atteindre jusqu’à 70%.
4- Où est le marché et qui sont ses acteurs ?
Les industriels marocains produisent déjà de l’hydrogène pour des usages industriels ou agroalimentaires locaux. L’hydrogène pourrait trouver d’autres applications comme celles de décarboner certains secteurs industriels, d’assurer le stockage de l’électricité comme je l’ai mentionné ou d’alimenter le secteur des transports. Les quantités produites sont pour le moment faibles et aucun usage n’a été encore enregistré sur la mobilité. Les marchés leaders de l’hydrogène sont l’Union européenne, les États-Unis, le Japon, l’Australie et bien évidemment l’incontournable Chine. Par sa proximité géographique, le premier marché potentiel pour le Maroc reste inévitablement l’UE. D’ailleurs, des accords ont déjà été signés entre le Maroc et l’Allemagne dans le domaine de la recherche, l’investissement et la production de l’hydrogène vert au Maroc.
L’Association Marocaine pour l’Hydrogène et le Développement Durable (AMHYD) a pu faire intégrer le Maroc comme premier membre non européen à «Hydrogen Europe», une association regroupant près de 250 acteurs européens du secteur de l’hydrogène. Cette association est basée à Bruxelles, en Belgique, et travaille de concert avec la Commission européenne via le «Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking» (FCH JU) qui est un partenariat public-privé unique soutenant les activités de recherche, de développement technologique et de démonstration pour la filière hydrogène. Son objectif est d’accélérer l’introduction sur le marché de ces technologies, en réalisant leur potentiel en tant qu’instrument pour parvenir à un système énergétique zéro carbone.
Concernant les acteurs de la filière, la supply chain hydrogène est très étendue. Cela commence en effet par les producteurs, en passant par les stockeurs et les transporteurs distributeurs, pour arriver aux usagers finaux. Les acteurs actuels du secteur énergétique pourraient tous intégrer la filière y compris les pétroliers qui auront l’opportunité de distribuer de l’hydrogène pour la mobilité sur l’ensemble du réseau des stations-service. Certains parmi eux proposent déjà de l’hydrogène sous différentes pressions aux côtés des bornes essence et gasoil.
5- Est-ce que les standards réglementaires sont définis et la formation assurée ?
Une task force Réglementation travaille depuis plusieurs années sur le sujet au sein d’Hydrogen Europe. L’AMHYD fait également partie de ce groupe de travail.
La question n’est pas encore entièrement arrêtée car certains pays répertorient l’hydrogène comme gaz alors que d’autres le classent avec les minerais.
Au Maroc, une Commission nationale hydrogène pilotée par le ministère de l’Energie a été créée en 2019.
Des séminaires sont organisés et animés par l’AMHYD via les membres universitaires. Des institutions prestigieuses, comme l’Ecole Centrale de Casablanca, ont programmé des cours sur la filière hydrogène dans le programme de formation du cycle ingénieurs. L’Ecole Hassania des Travaux Publics (EHTP) ou encore l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir (UM6P) planchent aussi sur des sujets de recherche relatifs à l’hydrogène.
Il est en revanche crucial de préparer dès maintenant des ressources humaines qualifiées parmi les cols bleus (type OFPPT) et les cols blancs (type Universités) afin de doter le Maroc de main-d’œuvre qualifiée pouvant répondre aux attentes des marchés et aux applications diverses et variées dans le transport terrestre, les applications stationnaires industrielles, les applications marines, ferroviaires ou encore spatiales et aéronautiques.