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Vers un repositionnement stratégique

Dossier janvier 2021

Vers un repositionnement stratégique

Face aux menaces qui guettent les métiers mondiaux, le Maroc semble bénéficier d’opportunités qui pourraient davantage conforter sa position. Est-il sur la bonne voie?

Les métiers mondiaux, fer de lance de l’économie marocaine. Une baisse de l’activité industrielle y afférente et l’impact est irréversible sur la balance commerciale. La disruption causée par la pandémie sur les chaînes de valeur mondiales s’est par ricochet répercutée sur la production marocaine qui a connu une période creuse. Ce n’est qu’à partir du troisième trimestre qu’elle a commencé à prendre des couleurs avec l’industrie automobile en tête du peloton. Le constat est également positif concernant le textile et habillement, l’offshoring, l’électricité, l’électronique, la chimie et la parachimie. En réponse à une question portant sur la stratégie envisagée pour atténuer les affres de la crise sur les métiers mondiaux, lors d’une séance à la Chambre des représentants, le ministre de tutelle, Moulay Hafid Elalamy, a précisé que seul le secteur aéronautique a du mal à reprendre du poil de la bête puisque le recul de l’activité à l’échelle internationale est estimé à 75%. Sans donner plus de détail, le ministre a annoncé qu’une nouvelle stratégie a été adoptée pour accompagner le Plan d’accélération industrielle ainsi qu’un nouveau plan sectoriel pour l’agroalimentaire. Contacté par EE, le ministère de l’Industrie déclare que cette nouvelle stratégie industrielle est axée sur la décarbonation. «Nous sommes, désormais, résolument engagés dans la transition verte de l’économie nationale. Il s’agit d’un levier de compétitivité et d’un critère pour accéder aux marchés étrangers», précise-t-on.
Par ailleurs, l’élan de croissance se poursuit pour le secteur automobile qui a connu la signature de nouveaux accords d’investissement. En effet, l’équipementier américain Adient vient de renforcer ses activités au Maroc à travers un programme d’investissement. Dans le même sillage, le groupe Abdelmoumen a conclu avec CDG Invest un contrat d’investissement. L’opération est portée par le fonds «Métiers mondiaux». Un fonds d’investissement d’une enveloppe de 1,5 milliard de dirhams créé par la CDG peu de temps avant le déclenchement de la crise sanitaire. Mieux encore, la Direction générale des impôts et la Fédération de l’automobile ont signé une convention pour la régularisation de la situation fiscale du secteur. Par rapport à l’aéronautique, des mesures ont été entreprises par le département de MHE pour appuyer les opérateurs du secteur, notamment en matière de versement des subventions. D’autres portent sur la poursuite du déploiement de nouveaux écosystèmes d’industriels locomotives comme Boeing et en accueillant de nouveaux projets d’investissement stratégiques. Sur la liste des mesures figurent également une convention pour la création d’un centre d’impression 3D ainsi que le premier centre marocain de maintenance militaire lourde. Selon le ministère, une niche relative au stockage et démantèlement d’avions est à explorer.

Prêt pour l’empreinte carbone?


Stabilité, proximité aux marchés européens, compétitivité, autant d’atouts qui favorisent l’attractivité des IDE (investissements directs à l’étranger). Mais, la fragilité des chaînes d’approvisionnement dévoilée par la Covid-19 a changé les mœurs. Ainsi, la restructuration potentielle des chaînes de valeur est devenue un mantra dans les milieux commerciaux. Un repositionnement stratégique n’est-il pas nécessaire pour capter ces opportunités surtout que la menace d’une tendance de relocalisation guette toujours? En effet, les succès réalisés permettront au Maroc de capitaliser sur cette expérience pour se positionner au mieux dans les chaînes de valeur. Le dernier rapport sur le développement de la Banque mondiale estime qu’une augmentation de 1% de la participation des pays dans les chaînes de valeur mondiales augmente le revenu par habitant de plus de 1%, tout en améliorant la qualité des emplois. Ces résultats illustrent les impacts que pourrait avoir le renforcement de la position du Maroc comme destination pour le nearshoring que les multinationales européennes sont en train d´explorer.
Cependant, une analyse des échanges commerciaux du pays révèle une stagnation de la participation du Maroc dans les chaînes mondiales de valeur au cours des dernières années. Ainsi, pour conforter davantage sa position, le Maroc doit monter d’un cran. A ce sujet, les experts internationaux s’accordent à dire que la nouvelle étape s’avère cruciale. Pour la Banque mondiale, il faudrait identifier, dans cette nouvelle étape, des leviers et des mesures pour permettre au pays de reprendre son élan dans ce domaine. Certes, les politiques publiques ont eu des résultats probants pour renforcer le positionnement du Maroc, mais le déficit persistant en matière de développement du capital humain, d’innovation et de recherche doit être relevé pour permettre au royaume de s’inscrire de façon plus dynamique dans les chaînes de valeur montantes et prendre de l’avance sur les pays concurrents. Pour sa part, Mihoub Mezouaghi, directeur de l’AFD Maroc, insiste sur le changement de process d’industrialisation qui ne seront plus les mêmes que ceux qui ont prévalu il y a 20 ans, favorisant ainsi une industrie connectée à d’autres sources d’énergie, tendanciellement les énergies fossiles sont déjà inscrites dans une trajectoire de décroissance et seront progressivement substituées par des énergies plus sobres en carbone. Pour lui, le repositionnement doit être très agile vu que trois choix stratégiques s’offrent au pays. Celui de la sélectivité des nouveaux équipementiers qui souhaitent investir au Maroc. Celui d’élever le taux d’intégration pour ancrer localement la valeur ajoutée et densifier le capital productif domestique ou encore celui d’accompagner les entreprises installées vers ce nouveau paradigme de l’industrie décarbonée. Et le choix semble fait. Les nouveaux projets avec l’AFD s’inscrivent dans cette perspective. En dehors de la création de trois instituts dédiés aux métiers de l’énergie renouvelable et de l’efficacité énergétique, des lignes de crédit en partenariat avec des banques publiques et privées visent à soutenir les investissements pro-climat des entreprises. Ou encore, des financements en cours d’instruction portent sur des programmes d’efficacité énergétique qui contribueront à faire émerger un marché domestique d’énergie sobre en carbone.

Economie de la voix, même pas peur

Si la décarbonation représente le défi majeur pour les industries lourdes, le spectre de l’économie vocale, qui prend de l’ampleur, pourrait appréhender l’outsourcing. A en croire Youssef Chraibi, président du Groupe Outsourcia et de la Fédération marocaine de l’externalisation de services, il n’y a pas de crainte à avoir, vu que le secteur a su s’adapter aux exigences, notamment technologiques des clients. Et d’ajouter: «Nous avons nous-mêmes investi dans les nouvelles solutions liées à l’intelligence artificielle afin de proposer des offres mixtes alliant expertise humaine, encore indispensable dans de nombreux métiers comme la vente, et innovation technologique permettant à nos ressources de se concentrer sur des missions à plus forte valeur tout en optimisant leur productivité. De plus, il n’y a pas d’opposition entre la technologie et l’humain, mais une parfaite complémentarité qui donne une place de choix pour accompagner nos clients dans leurs évolutions majeures».
Toutefois, le secteur a pu rebondir dès le troisième trimestre, à l’instar des autres métiers mondiaux, et a même pu résorber les pertes subies, à telle enseigne que les prévisions à l’export de 2020 devraient avoisiner les 13 milliards de dirhams, soit un niveau légèrement inférieur à celui de 2019, selon la même source.
Tout porte à croire que les métiers mondiaux du Maroc avancent bon train et restent à l’affût de nouvelles opportunités et tendances mondiales. Pourvu que cette deuxième étape s’inscrive dans la lignée de sa précédente, car le revers de la médaille pourrait coûter cher à l’économie marocaine.