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«Notre Buy Moroccan Act devient urgent»

Entreprises janvier 2021

«Notre Buy Moroccan Act devient urgent»

Adil Lamnini, le président de l’APMM, nous livre dans cette interview une analyse assez exhaustive sur l’importance d’un Manifeste du made in Morocco et la nécessité du code barre marocain.

Le made in Morocco est revenu sur le devant de la scène. C’est circonstanciel ou c’est parti pour rester ?

Le sujet du made in Morocco a été remis sur le tapis à cause de la crise sanitaire et c’est une réelle opportunité pour en débattre de façon constructive et effective. Le Maroc s’est dit qu’il fallait aussi, à l’instar de ce qui se déroule dans d’autres pays, mettre en place un système de préférence nationale pour les biens qu’on peut produire ou transformer localement. Maintenant, il est sûr que l’on est loin de ce que font les Américains ou Européens car ils ont, eux, des lois et ils sont très à cheval sur les règles. Par exemple, aux USA, ils ont la Food and Drug Administration, une agence qui contrôle automatiquement tous les produits en prévenance de l’étranger pour leur faire une batterie de tests avant d’octroyer un visa d’entrée sur leur territoire et croyez-moi, il faut montrer patte blanche! Et en France, ils ont toute une administration dédiée exclusivement au made in France et qui informe et gère tout ce qui est normes d’origine, les process de labellisation et tout ce qui est charte d’étiquetage et de communication. D’ailleurs, il serait judicieux, à mon avis, de benchmarker objectivement et de s’inspirer des expériences réussies pour implémenter un modèle marocain efficient et conforme aux standards internationaux et cela en capitalisant sur leur effet d’expérience pour connaître par exemple le degré d’intégration dans une chaîne de production ainsi que le degré d’importance d’un process de la chaîne de valeur dans le produit fini. Et pour répondre à votre question, le sujet made in Morocco ne doit pas être évoqué que de façon occasionnelle. Bien au contraire, il faut qu’il soit placé au niveau d’une priorité nationale!

Comment faire alors ?

Tout d’abord, et pour entrer dans le vif du sujet, il devient urgent de mettre en place notre Buy Moroccan Act! Comme cela a été proposé par notre association il y a de cela presque 7 ans, il faut légiférer et de façon claire. Pourquoi ne pas avoir aussi une loi régissant cette priorité nationale comme ce qui se fait à l’international. Il y va de notre crédibilité sur un marché international de plus en plus compétitif et c’est une excellente manière de rassurer et d’attirer des investisseurs de plus en plus exigeants. Nous estimons aussi que ce Buy Moroccan Act ne peut pas être effectif sans la ratification par l’ensemble des forces vives de notre pays par un acte fort et consensuel qui est celui de la proclamation d’un Manifeste du made in Morocco.

En quoi ce manifeste peut-il être utile pour le pays ?

Au Maroc, le Manifeste de l’indépendance du 11 janvier 1944 était un acte grandement symbolique et qui a marqué l’histoire moderne de notre pays par sa puissance quant à la formalisation de la notion de patriotisme comme pilier de la consolidation de notre royaume. Nous pensons aujourd’hui, au vu de la conjoncture mondiale et des évolutions géopolitiques que nous vivons, qu’il est temps de nous mobiliser autour d’un Manifeste du made in Morocco qui sera le manifeste de la consolidation, de la valorisation et de l’expansion de notre tissu économique et industriel marocain.

Pour vous, elle est où la solution ?

On voit dans des pays du monde des embargos économiques et des croissances à deux chiffres, pourquoi? Parce que ces pays ont d’abord travaillé leur artisanat, leur terroir, leur marque locale, leur PME-TPE locale pour ensuite développer leur pouvoir d’achat local à travers un élément important tel que le «nation branding» mais aussi et surtout le développement du savoir d’achat auprès de leurs consommateurs nationaux et internationaux. En fait, tout le monde est concentré sur le pouvoir d’achat car il est primordial. Aujourd’hui, il n’existe aucune pub sur les chaînes étrangères où l’on ne martèle pas au consommateur l’origine des intrants et de ressources humaines ayant contribué au design, à la production et même des fois à l’inspiration! En clair, nous recommandons que la notion du made in Morocco soit assimilée à la RSE. Non seulement dans l’entreprise mais elle doit s’étendre aussi aux partis politiques qui aujourd’hui ont le pouvoir législatif et doivent se renouveler autour de thématiques plus concrètes et avec un impact direct. Et c’est là notre mission en tant que société civile et Marocains patriotes en tirant cette sonnette d’alarme et en disant qu’il est temps de saisir cette opportunité et cet engouement national. On a suffisamment perdu de temps comme ça!

N’avez-vous pas l’impression que c’est justement à quoi s’attelle le ministère de tutelle ces derniers temps ?

J’espère sincèrement que c’est le cas… Parce qu’il faut absolument profiter de cette opportunité pour pouvoir justement légiférer et structurer une fois pour toutes ce capital immatériel que sont nos marques marocaines à travers un label Made in Morocco fort et mobilisateur. Je vous rappelle, juste pour mémoire, qu’il n’y a pas de discours royal durant ces 21 années de règne où l’allusion ne s’est pas faite de manière directe ou indirecte sur la promotion du tissu économique, la mise en valeur, l’ouverture des chances de la PME-TPE dans les appels d’offres publics et aussi le renforcement des marques marocaines…Toutefois toute cette répétition du message royal prouve que le travail n’a pas encore été fait!

Justement qu’est-ce qui doit être fait selon vous ?

Une des propositions de notre association est de créer, sans délais, une agence made in Morocco indépendante de tout lobbying économique et parti politique parce qu’une stratégie de Nation Branding est une stratégie qui se construit à long terme sur une durée de 20 à 30 ans. On ne peut pas se permettre d’adosser une stratégie au bon vouloir d’un courant politique X ou d’un ministre Y.

Concrètement, quels sont les impairs enregistrés ?

Primo, je me demande comment le ministère de tutelle n’a jamais communiqué sur le code barre du Maroc et qu’il veut en même temps que le consommateur reconnaisse et achète marocain! Alors qu’au niveau de notre association, l’on a, depuis 2014, fait la promotion du code barre 611 (une codification internationale d’un produit marocain, ndlr). Secundo, si l’ONSSA a ce qu’on appelle des numéros d’autorisation, il n’a pas de label visible et reconnaissable! Puis, ces autorisations peuvent être facilement falsifiées car non sécurisées! C’est pour cette raison que nous avons toujours appelé au renforcement et à l’implication des associations de consommateur. A travers le monde ce genre de label n’est octroyé qu’avec la participation active des consommateurs qui sont eux aussi dans le double check entre ce qui est dit sur l’emballage et la réalité. Tertio, il y a aussi un travail qui doit être porté par l’OMPIC et c’est l’annuaire des marques marocaines. C’est hélas une info qui reste très difficile d’accès et est destinée à l’Office et à certaines administrations. Pourquoi ce registre ne serait-il pas digital et communiqué de façon générale? Pourquoi est-ce qu’il ne serait pas consultable par tous les intéressés? On a certes essayé de pousser des marques et mettre des labels comme d’autres pays avec les meilleures marques marocaines de l’année, mais ces Moroccan Awards organisés par l’OMPIC mettent en avant surtout des marques historiques ou des marques qui ont des budgets de communication solides. On exclut de façon naturelle toutes les marques émergentes…