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L’intérêt général, une «cause nationale» !

Édito janvier 2021

L’intérêt général, une «cause nationale» !

Ce mois de décembre, le think tank britannique Legatum Institute a publié son index annuel mondial de la prospérité. Celui-ci classe les nations par niveau de prospérité relativement à plusieurs critères de développement dont l’éducation, la santé, le bien-être personnel et la croissance économique. En 2020 il a classé le Maroc au 96ème rang mondial, ce qui me pousse à me poser bien des questions sur ce terme devenu un véritable instrument de mesure du développement, et qui est pourtant galvaudé par nos dirigeants politiques qui l’utilisent à tort et à travers pour crédibiliser leurs actions.
Il faut savoir que chacun de nous a sa propre appréciation et compréhension de la prospérité. Cette compréhension varie aussi d’un pays à un autre, dépendamment de la religion, du système politique, et des valeurs de la société. Au Maroc par exemple où on assiste à une fragmentation de la société entre riches et pauvres, la prospérité est un alliage complexe entre richesse matérielle et satisfecit religieux. C’est bien là une erreur d’appréciation de cet instrument pourtant devenu primordial dans la mesure du niveau de développement des pays!
L’histoire nous a appris que pour mieux mesurer la richesse des nations, le PIB n’est plus le meilleur indicateur. Celui-ci mesure certes la quantité de biens et de services produits et donc la valeur ajoutée, mais ignore la dimension qualitative qui, in fine, se traduit en prospérité. Cette remise en question de la création des richesses ne date pas d’hier. Déjà dans les années 1970 les mouvements hippies avaient questionné cette course à l’enrichissement et sa corrélation avec les principes de partage des richesses, qui est l’origine des inégalités.
Comme la nature fait bien les choses, le monde d’aujourd’hui fait face à un essoufflement de la croissance, et à en croire de nombreux économistes, les années de croissance folles sont de l’histoire ancienne. De quoi alors sera fait le monde de demain? La réponse réside dans un modèle qui favorise la prospérité mais sans une course effrénée à la croissance.
Dans cette spirale de changement, le Maroc qui avait bâti son modèle de développement sur la croissance et l’investissement étranger devra chercher la voie d’un modèle prospère. Dans un pays où les inégalités sont criantes, il existe un chantier titanesque pour rétablir les notions d’équité et d’intérêt général.
Tout comme la prospérité, la notion d’intérêt général est aussi surexploitée par nos politiques. Ce terme est instrumentalisé dans les discours pour légitimer les actions de nos dirigeants et pour renforcer le sentiment d’unité nationale. L’intérêt national est à toutes les sauces, or dans la réalité, c’est tout le contraire qui est fait. Il n’y a pas une semaine qui passe sans que les media ne se fassent l’écho de passe-droits à très haut niveau de l’Etat au détriment de l’intérêt général. Tel marché public a été remis sur un plateau d’argent à telle personnalité, ou encore tel ministre qui glisse un article dans la loi de Finances pour servir ses intérêts personnels, ou telle concession a été octroyée à telle personne à des conditions léonines. Des fois on a l’impression que le Maroc est une grande razzia.
Pour assoir sa légitimité dans l’avenir, notre pays devrait placer l’intérêt général au cœur du débat et même l’élever au rang de «cause nationale». Tout élu, tout ministre, tout cadre de l’administration publique payé pour servir l’Etat devrait transcender ses intérêts personnels et mettre en avant l’intérêt général. Cette démarche, si banale soit-elle, est le seul moyen de favoriser l’émergence d’un pays prospère.
L’année 2021 que nous embrassons est l’année de tous les périls et représente un tournant vers l’avenir. Soyons vigilants. Bonne année à tous!