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Les métiers mondiaux limitent la casse

Dossier janvier 2021

Les métiers mondiaux limitent la casse

Agilité, résilience sont les maîtres mots de cette crise qui a dévoilé une fragilité dans les milieux commerciaux, notamment les chaînes de valeur internationales. D’où l’émergence d’un discours protectionniste et d’une relocalisation. Des menaces qui guettent un Maroc détenant des écosystèmes relatifs aux métiers mondiaux qui ont fait leurs preuves. Résisteront-ils au choc de la Covid-19 et ses dérivés ?

Avec la fermeture des frontières et une demande globale en berne, c’est un repli sur soi commercial qui a pris le dessus. Face à des changements de paradigmes internationaux, les métiers mondiaux du Maroc paieront-ils le prix?

La mondialisation sonne-t-elle le glas? La crise sanitaire liée à la Covid-19 qui a chamboulé tous les paradigmes a révélé au grand jour la fragilité des chaînes de valeur mondiales ainsi que leur capacité à transmettre le choc à grande échelle. En effet, dès le déclenchement de l’urgence sanitaire et le lancement des mesures de confinement en Chine, c’est le monde entier qui en a pâti. La paralysie de la production chinoise s’est propagée à la vitesse de la lumière, laissant derrière elle une économie mondiale agonisante. Les interdépendances entre les différentes activités productives sont telles que toutes les chaînes de valeur, qui représentent les deux tiers du commerce mondial, à l’échelle internationale, se sont retrouvées à l’arrêt. Pour illustrer l’impact, l’annonce du cinquième constructeur mondial, Hyundai, de la rupture d’approvisionnement des pièces automobiles et composants en provenance de la Chine, a entraîné la suspension des activités de ses usines en Corée. Pire encore, de par le poids économique de la Chine, soit près de 20% du PIB mondial, le gel de bon nombre d’activités s’est répandu comme une traînée de poudre. Par contagion, à l’instar des constructeurs automobiles et équipementiers, d’autres industries telles que l’aéronautique ont subi le même sort. Ces perturbations des chaînes d’approvisionnement au niveau mondial se sont répercutées sur les métiers mondiaux du Maroc dont l’impact a été dévastateur.


Une reprise timide

Fleurons de l’économie marocaine, ces métiers restent depuis les années 2000 le premier pourvoyeur d’emplois. Et c’est le secteur de l’automobile qui se place en haut de la liste avec 27% des exportations et un chiffre d’affaires de plus de 8,6 milliards de dirhams, soit une hausse de 5% par rapport à 2019. Et le meilleur restait à venir. Le Maroc comptait atteindre une capacité de production annuelle de 1 million de véhicules et un chiffre d’affaires à l’export de 100 milliards de dirhams à l’horizon 2022. Un objectif compromis par cette crise puisqu’à fin juin 2020, les métiers mondiaux ont affiché une baisse à deux chiffres. Le secteur de l’automobile a essuyé une chute de 40%, suivi du textile et de l’aéronautique avec respectivement une baisse de 36% et 30%. L’impact a été moins brutal pour l’agroalimentaire (-7%). En revanche, après un ralentissement au 2ème trimestre, la demande globale en Europe a connu une progression. Ainsi, les exportations et les importations ont augmenté respectivement de 27,4% et 22,4%, ce qui se répercute positivement sur l’activité industrielle du Maroc. Rappelons que 58% des exportations marocaines sont à destination du Vieux Continent. Selon la dernière note de conjoncture de la Direction des études et des prévisions financières, une évolution de 7 points du taux d’utilisation des capacités de production (TUC) a été enregistrée au 3ème trimestre 2020. Cette bonne tenue a été confirmée par un comportement favorable des exportations, notamment en matière d’industrie automobile qui a enregistré une progression de 26,7%, suivie de l’agroalimentaire avec une augmentation de 11,1%. L’industrie du textile et du cuir a évolué de 4%. Quant à l’industrie aéronautique, le recul continue de se creuser. Ce secteur qui jadis était un fleuron de l’économie nationale a été le premier impacté. D’ailleurs, un volet qui soulève plus de détails sur cette industrie est consacré dans ce dossier.

Protectionnisme, la grande menace

Malgré une reprise globalement timide à l’échelle internationale, le doute plane. En fait, cette crise a fait prendre conscience qu’il faut couper le cordon de la dépendance envers, principalement, la production chinoise. La fermeture des frontières et les restrictions des exportations ont mis bon nombre de pays dans l’embarras, notamment au niveau de l’industrie pharmaceutique dont 80% des ingrédients actifs proviennent de la Chine et de l’Inde. Résultat des courses, un repli sur soi commercial a été constaté auprès des pays européens. L’on assiste alors à une mondialisation sérieusement ébranlée par la pandémie. Quel est donc le revers de la médaille pour ces métiers mondiaux où le Maroc a réussi à développer des acquis considérables? A en croire les experts internationaux, les changements dans l’environnement économique mondial, à savoir le protectionnisme et même la crise liée à la Covid-19, ne mettront pas fin à cette forme d’organisation des processus productifs qui s’est avérée être un modèle approprié pour non seulement réduire les coûts mais également améliorer l’efficacité productive et la compétitivité. Certains estiment que la force réside dans le multilatéralisme qui permet de constituer un système stable et prévisible. Ainsi, un retour en arrière est loin d’être bénéfique car la construction de chaînes de valeur moins fragmentées et plus résistantes engendrera des coûts de production plus élevés au détriment du consommateur final. Un avis partagé par Saâd Belghazi, économiste, qui estime que les facteurs de compétitivité interne prévalent, en tout cas à moyen et long termes. Même son de cloche auprès de Mezouaghi Mihoub, directeur de l’AFD au Maroc (Agence française de développement). «Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un mouvement général de protectionnisme. Il ne me semble pas que nous observions une remise en cause des accords de libre-échange et plus globalement une restauration de barrières tarifaires au commerce international. La Chine n’a-t-elle pas lancé ces derniers jours avec ses partenaires de l’Asean une vaste zone de libre-échange? De la même manière, l’intégration commerciale du continent africain avec la ZLECAF a franchi une nouvelle étape le 1er janvier 2021, marquant un cap stratégique de long terme», précise-t-il. En revanche, les experts ne nient pas qu’une mondialisation dérégulée et non compatible avec la soutenabilité des modèles de développement, touche à sa fin. «Une autre mondialisation est en gestation et de mon point de vue, depuis la dernière crise financière de 2008. La crise actuelle accélérera cette transition vers une mondialisation plus régionalisée, plus soucieuse de l’empreinte carbone de l’activité économique et plus protectrice des populations les plus vulnérables», suppose Mezouaghi. Et pour ce faire, il s’avère nécessaire d’ajuster les accords commerciaux existants et de redéfinir de nouvelles alliances économiques internationales pour protéger les industries naissantes ou en phase de restructuration, ainsi que de capter les nouvelles opportunités industrielles et commerciales. Le raccourcissement et l’automatisation de certaines chaînes de valeur donneront très clairement un avantage à la proximité géographique des marchés. Parallèlement, la digitalisation devrait accélérer l’internationalisation des services et concrètement un vaste mouvement de délocalisation/relocalisation devrait s’engager au cours de la prochaine décennie. D’ailleurs, les métiers mondiaux du Maroc définis au début des années 2000 sont-ils toujours pertinents? Un repositionnement stratégique n’est-il pas nécessaire pour capter ces opportunités?