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Une crise est une rupture

Édito décembre 2020

Une crise est une rupture

La crise sanitaire est un moment de dévoilement. Comme toutes les crises, elle «fait tomber les masques», dixit la politologue Hannah Arendt. Le coronavirus a brutalement mis à nu les faiblesses structurelles des modèles économiques et politiques actuels, et a généré un climat d’incertitude sans précédent. Le Maroc, à l’instar des autres pays du monde, a mis en place son plan de relance post-Covid qui s’est révélé insuffisant et a vite dépassé ses capacités de résilience. Dès le début de l’épidémie, l’Etat a pris des décisions, en partie «improvisées», à coup de réunions d’urgence chapeautées par le Comité de Veille Economique. Mais ce pilotage de crise, non systématisé, ni paramétré, faisait plus de la gestion des impatiences et a peiné à réaffecter les ressources suite à la rupture des marchés.
La crise est multi-causale. Elle est certes une crise sanitaire, mais c’est aussi une crise de la compréhension et une crise de la capacité d’anticipation. Huit mois après le premier cas positif confirmé, le gouvernement continue toujours d’apprendre tout en mettant en œuvre les mesures d’atténuation de l’impact de la crise. Toutefois, jusqu’à présent, seules des solutions conventionnelles sont considérées. Le caractère inédit de la situation appelle, cependant, à changer de logiciel économique pour faire face tant aux conséquences sanitaires de la pandémie qu’à la récession qui s’est installée. Il ne faut plus espérer éteindre la pandémie pour «relancer» l’économie et revenir au monde d’avant. Il ne le sera plus. D’où l’urgence d’un changement radical de paradigme sur la gestion de crise.

Le Maroc a besoin d’un nouvel instrument de mise en œuvre de la politique économique. Une sorte de registre économique dynamique. Un dispositif intelligent permettant la gestion de crise d’une façon plus macro, plus méso, de façon structurelle. De telle sorte que lorsqu’une crise globale survient, causant une paralysie généralisée et systémique, l’Etat et les opérateurs puissent agir pour minimiser les dégâts et empêcher un effondrement total du système. Or, aujourd’hui on remarque que cet instrument de pilotage n’existe pas.

Ce qui devrait se faire pour capitaliser sur cette crise c’est la création ou la mise en place d’un tel registre économique national, à l’instar du Registre social unifié (RSU), actuellement en préparation et qui viendra en réponse à la problématique de ciblage de la population. Dans ce registre, on devrait pouvoir savoir qui sont les entités économiques que compte le Maroc, les classer, leur attribuer un rating, les catégorifier par ordre stratégique et selon leur situation financière, avec la vocation à préparer la prise de décision des autorités pour que le système global ne s’effondre pas.
bkhalid@sp.ma