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Régions, les constats de la CSMD

Dossier décembre 2020

Régions, les constats de la CSMD

Les échecs du modèle de développement national sont plus parlants au niveau régional. Tour d’horizon

Pour les cinq membres de la Commission qui ont joué le jeu de la caravane des 500, le développement territorial régional est considéré comme un axe majeur dans la réflexion engagée depuis une dizaine de mois. Ainsi dans le cadre de l’approche participative de la CSMD on a organisé un cycle de rencontres régionales de toutes les régions. En général la CMSD a pu auditionner plus de 1.200 personnes. Plusieurs rencontres régionales ont été engagées avec des représentants des écosystèmes régionaux sur leur vision à moyen et long termes. Il s’agissait d’occasions pour identifier les leviers essentiels pour créer des pôles de croissance régionaux et les dispositifs qui permettent de les animer.
Ainsi les divers intervenants de la CSMD ont insisté sur la nécessité de l’émergence de modèles de développement régionaux afin que les régions soient des pôles de compétitivité mais aussi d’en faire des locomotives de la croissance nationale.
Pour cela il va falloir capitaliser sur les atouts spécifiques, les acquis du cadre juridique et institutionnel des lois sur la régionalisation. Les régions doivent émerger comme des cadres d’initiatives économiques mais aussi des cadres pour l’instauration de la confiance des acteurs aussi bien dans les chaînons institutionnels locaux que nationaux.
En somme réorienter l’effort d’investissement public vers les régions mais aussi impulser une dynamique propre de développement des régions. Une situation rendue urgente par ce qu’a vécu le pays comme conséquences de la crise sanitaire liée à la Covid.

L’apport de la Covid


Ainsi cette crise d’abord sanitaire a eu pour conséquence des situations de confinement, où les régions ont parfois été coupées du reste du territoire nécessitant une sorte d’autosuffisance qu’elle soit d’ordre alimentaire ou sécuritaire.
«Le contexte de la Covid a un impact systémique profond où plusieurs dimensions sont imbriquées avec des effets cumulés», estime l’économiste du développement et membre de la Commission, Noureddine El Aoufi. Pour lui, ces dimensions sont une crise sanitaire nécessitant une sécurité sanitaire, une souveraineté économique, un effort d’industrialisation de transition écologique et digitale. Ces éléments ont été mis au cœur des préoccupations du nouveau modèle de développement et pour lequel la région est un maillon important.
Cette crise a aussi montré que les régions du Maroc ont un développement inégal et polarisé: pour l’économiste, «les activités économiques sont concentrées au niveau de certaines villes. Ce qui montre des disparités régionales en termes de justice territoriale». La crise a par ailleurs montré une sous-industrialisation du pays avec un potentiel important mais inexploité, notamment dans les industries de transformation comme l’agroalimentaire et dans le secteur de la pêche. Les travaux de la Commission ont aussi montré un enclavement aussi bien interrégional qu’intrarégional. Les moyens de communication à l’intérieur de la région ou entre certaines régions parfois limitrophes sont faiblement développés. L’effort d’investissement étant ainsi orienté vers une connexion des régions les plus fortes économiquement et plus particulièrement entre les grands centres urbains sur la côte Atlantique. Cette orientation crée inéluctablement un enclavement des zones reculées, notamment les zones montagneuses, rurales, ou désertiques. Elle a aussi renforcé la centralité des zones les plus prospères du royaume reléguant au second plan les autres.
Un développement inégal qui accentue le déplacement des populations. Le sentiment d’isolement et la nécessité de la migration intra-régionale ou interrégionale ne permettent pas non plus de déployer le potentiel de développement culturel permis par des sentiments d’appartenance forte et une identité commune à même de conduire au développement de la région.
Par ailleurs dans les différentes régions du Maroc, les activités traditionnelles restent de l’ordre du vivrier, ce qui relève de problématiques de dynamisme économique et des problèmes d’emplois, de création d’entreprise, des problèmes de marginalité.

Des leviers financiers et culturels

Plusieurs présidents des Banques Populaires Régionales présents lors de la caravane des 500 ont, par ailleurs, relevé un niveau de mobilisation des dépôts plus importants que les déblocages de crédits octroyés dans la même région. Ainsi, une grande partie pouvant aller jusqu’à 56% des ressources d’une région comme Tanger-Tétouan Al Hoceima, n’est pas investie sur place mais plutôt dans d’autres régions. Il en va de même de la région Rabat-Kenitra, Marrakech-Safi, ou Fès-Meknès où le niveau de mobilisation des dépôts est significativement plus important que l’octroi de crédit au niveau de la région. Une situation qui montre, certes, une certaine solidarité interrégionale ou une complémentarité, mais elle montre aussi l’inégalité d’attraction à l’investissement des diverses régions. Les témoignages des banquiers relèvent aussi de la nature même de l’entrepreneuriat au niveau des régions visitées. En effet, la plus grande partie des TPME est de nature familiale avec une aversion aussi bien pour le risque que pour l’ouverture vers des formes plus institutionnalisées du capital. Une situation qui limite le développement de locomotives de développement régional, voire d’un capitalisme régional, si l’on exclut la forme particulière du capitalisme commercial de la région du Souss comme relevé par l’universitaire Lakbir Ouhajjou, membre de la CSMD, qui a donné un aperçu sur les travaux de la Commission au niveau de la région Souss-Massa. Ainsi l’anthropologue insiste sur le caractère particulier de ce qu’il appelle le «Capitalisme Soussi», et le présente par ailleurs comme «un terreau, où une identité régionale est très ancrée. Une manière de faire qui est exportée dans toutes les villes du Maroc où les commerçants soussis sont installés. Cette identité régionale est aussi exportée à l’international et constitue un levier de développement important». La question de la capitalisation et du développement des aspects identitaires et culturels des régions est selon les divers intervenants un des axes importants des modèles à implémenter. La composante immatérielle et culturelle du développement a ainsi été soulignée.
Il a par ailleurs montré qu’à l’instar des autres régions il y a une très grande pression sur les ressources naturelles et la non durabilité de la surexploitation des ressources. Une situation d’autant plus sensible pour les régions qui dépendent beaucoup de l’agriculture, de la pêche ou du tourisme comme c’est le cas des régions sud du royaume. Mais pas que cela. La région nord aussi souffre d’une surexploitation des ressources naturelles. Ce souci d’inscrire la trajectoire et modèles de développement dans une logique de durabilité a été remonté par la CSMD comme une des revendications particulières et conclusion essentielles de ses diagnostics régionaux. [/restrict]