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L’armée sort de son mutisme

Entreprises décembre 2020

L’armée sort de son mutisme

La révolution informationnelle impulsée par l’essor des NTIC pousse l’armée à rompre avec son image de grande muette. L’Institution a intégré la communication institutionnelle dans sa stratégie en multipliant les passerelles avec les médias. Les FAR communiquent donc, mais pourquoi ? L’armée nous explique sa stratégie de communication.

Jadis connue pour être la grande muette, l’opinion publique (et les médias) ont été surpris par la stratégie Com mise en place par les FAR. Pourquoi ce changement?

Les Armées étaient longtemps enfermées dans le mutisme. Ce n’est qu’après la fin de la guerre froide et l’essor des NTIC qu’elles se sont progressivement ouvertes au monde de la communication. Pour les Forces Armées Royales (FAR), l’année 2008 a constitué un changement majeur en matière de communication et de relations avec la presse. En effet, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef Suprême et Chef d’Etat-Major Général des FAR a décidé la création d’un organe d’information des FAR ayant pour mission de planifier et mettre en œuvre les actions de communication relatives aux questions spécifiques à l’Institution militaire en vue d’accompagner ses réalisations, et de consolider son rayonnement et son ouverture sur son environnement, national, régional et international.
Cette initiative qui s’inscrit dans l’optique de faire connaître les efforts qu’accomplissent les FAR à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, trouve son essence dans la stratégie de Sa Majesté le Roi de mettre l’Institution militaire au même niveau des armées modernes dans le monde. Par ailleurs, dans notre monde actuel, marqué par le pouvoir de l’image, le poids de l’opinion, la domination des réseaux sociaux, il est devenu primordial qu’une armée communique. Donc le défi aujourd’hui n’est pas seulement de gagner la guerre sur le terrain mais également de remporter les guerres de contenu à travers l’image, la vidéo, l’infographie et le texte. Comme toute armée, les FAR s’inscrivent dans cette logique.


L’internet et les réseaux sociaux ont-ils poussé les FAR à communiquer ?

Les réseaux sociaux ont révolutionné le monde de la communication. Faire l’impasse sur les réseaux sociaux dans une stratégie de communication de l’Institution militaire est aujourd’hui impossible. Ils deviennent dès lors une nécessité dans un monde ultra-connecté où les armées auraient tout à perdre d’y être absentes.
Certes, ils sont incontournables, toutefois, ils restent un moyen parmi d’autres de communication. Ce ne sont pas uniquement les réseaux sociaux qui ont poussé les FAR à communiquer, mais aussi la volonté de leur commandement visant à permettre à cette grande Institution de mettre en valeur ses missions, ses activités spécifiques, ses capacités et ses compétences. En effet, les FAR, en plus de leur mission principale de défense de l’intégrité territoriale et de notre devise sacrée «Dieu, La Patrie, Le Roi», sont appelées à effectuer des missions humanitaires, de maintien ou de rétablissement de la Paix. Ils contribuent aussi dans la lutte contre les catastrophes naturelles ou industrielles, et portent assistance aux populations sinistrées. Depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19, les FAR ont entrepris de grands efforts pour contribuer à l’action sanitaire nationale, en renfort aux structures publiques. Toutes les ressources humaines, matérielles, d’hébergement médical et logistique dont dispose le Service de Santé des FAR, ont été mobilisées pour participer à la lutte contre ce virus et à la limitation de sa propagation. Tous ses efforts méritent d’être médiatisés pour informer le citoyen marocain et le mettre en confiance, mais aussi pour faire face à la rumeur, la déformation, la désinformation voire à la malveillance.
Si les réseaux sociaux ont révolutionné le domaine de la communication même chez les militaires, il n’en demeure pas moins qu’ils représentent un défi particulier pour les armées, et donc pour les Forces Armées Royales. En effet, la nature du métier militaire exige des soldats la discrétion, la protection du secret militaire et des modes opératoires, et l’abstention de publication de photos ou de vidéo qui peuvent compromettre les opérations militaires, mettre en danger la vie des soldats ou porter atteinte au corps militaire. Par ailleurs, les FAR sont une institution centralisée et hiérarchisée dont le fonctionnement ne correspond pas aux principes d’usage des réseaux sociaux et aux libertés de diffusion d’informations sur leurs supports.

Dans l’affaire Guergarate, les FAR ont communiqué en temps quasi réel, quel est l’enjeu de conserver la primauté d’informer les médias ?

La communication dans les FAR est centrée sur la communication institutionnelle et la communication de crise, en situation de crise, qui participent pleinement à relater la vérité et les faits sur le terrain. Le but étant d’informer correctement l’opinion publique marocaine et d’éviter qu’elle soit manipulée ou victime de certains médias qui dépassent parfois les limites de la recherche de l’information pour le sensationnel ou l’anticipation parfois pour des intérêts mercantiles. Dans cette affaire de Guerguarate, les FAR, sur Hautes Instructions Royales, ont délivré à la presse un message unique et cohérent qui ne risque pas d’être mal interprété. Les informations données sont données au moment opportun à l’agence de presse officielle MAP qui les a diffusées immédiatement. Elles ont été reprises par tous les organes de presse y compris les réseaux sociaux et ont réalisé l’effet escompté à savoir informer fidèlement le citoyen marocain et l’opinion internationale, en précisant le sens de l’intervention, en appuyant sa légitimité et en valorisant l’image des Forces Armées Royales et leurs capacités à réaliser la mission.

Pour la relation des FAR avec les journalistes/médias, où placer le curseur entre ce qui devra être su de l’opinion publique et ce qui relève du «confidentiel défense» ?

L’essentiel dans la relation des FAR avec les journalistes/médias est la protection du secret militaire et la préservation de la sécurité des équipes de presse. Pour les activités habituelles des FAR entrant dans le cadre du recrutement, de la formation, des entraînements et des événements festifs ou de coopération avec les armées étrangères, les FAR sont ouvertes sur les organes médiatiques nationaux et étrangers sans restriction.
Par contre, dans leurs opérations, les FAR entretiennent différentes relations avec les médias selon la nature de ces opérations. Si on prend le cas des opérations d’assistance, où les combats et les questions de sécurité sont minimaux, il y a peu de risque pour le secret militaire. C’est la raison pour laquelle les FAR autorisent un accès conséquent pour la presse à ces opérations.
Comme vous le savez, dernièrement le Maroc a déployé sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi, Chef Suprême et Chef d’Etat-Major Général des FAR un hôpital militaire chirurgical de campagne à Beyrouth, au Liban, après l’explosion qui a touché le port de la capitale faisant plusieurs victimes. En plus de l’assistance aux victimes, cet hôpital militaire a communiqué avec un grand nombre de médias (nationaux, internationaux et régionaux) sur ses activités.
Dans les opérations humanitaires, à l’étranger, qui consistent aussi à aider des populations en détresse, les contraintes de sécurité sont importantes et des activités de combat pourraient être entreprises. Ces opérations comportent des aspects secrets et sont donc plus complexes à gérer sur le plan de la communication que les opérations d’assistance.
Au début des années 90, les FAR ont participé à l’Opération des Nations unies en Somalie dans le but de faciliter et de sécuriser l’apport de l’aide humanitaire, ainsi que de surveiller la mise en œuvre du cessez-le-feu de la guerre civile somalienne. Le contingent des FAR avait pour mission de répondre aux besoins des personnes affectées par les conflits, incluant la santé, l’hygiène et la distribution d’eau. Mais le problème de la sécurité posait des soucis majeurs à cause du rejet par les factions rivales des forces armées étrangères. La situation était donc périlleuse surtout pour les médias et il était difficile de les inviter à couvrir les activités de notre contingent.
Dans les opérations de paix, centrées la plupart du temps sur des situations conflictuelles d’origine ethnique, communautaire ou religieuse, la mission des militaires est l’application de la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU. Leurs interventions reposent sur le principe de la neutralité. Ainsi, l’invitation des médias pour la couverture des actions des contingents des FAR dans ces opérations doit être limitée et entièrement axée sur le contingent marocain pour préserver ce principe.
Dans le contexte des crises ou de conflit armé, toutes les activités sont classées secret défense. Aucune violation des règles de sécurité n’est tolérée. Dans ce cas précis, il n’est pas permis aux médias de couvrir ces activités. Si des exceptions sont tolérées, les journalistes doivent se conformer aux règles strictes de sécurité et obéir aux directives militaires. La crise d’El Guerguarate est un exemple réel. Le danger et les risques auxquels les journalistes sont exposés ne permettent pas de les inviter à couvrir ce qui se passe sur le terrain militaire en temps réel. [/restrict]