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Covid c’est aussi un éveil populaire !

Édito décembre 2020

Covid c’est aussi un éveil populaire !

La pandémie que nous vivons n’a pas uniquement mis la lumière sur les faiblesses de notre pays comme la santé, la vulnérabilité des populations, la fragilité financière de l’Etat et la gouvernance publique. Elle a aussi mis à nu notre élite politique. Il faut dire qu’en dix mois de pandémie on n’a pas entendu un chef de parti politique se distinguer par un discours fédérateur, ou prendre des positions allant dans le sens de rassurer les citoyens. Bien au contraire les partis se sont repliés sur eux-mêmes, encore plus qu’avant, démontrant leur frilosité et leur incapacité à faire face à des situations sensibles.

Le chef du gouvernement pour sa part s’est mis dans l’habit d’un simple messager entre les différentes institutions du pays, sans aucune valeur ajoutée. De là je me demande où est passé le PJD, ce parti réputé jadis par son discours réformateur et ses idées qui ont fait sa popularité nationale en 2010. Pourquoi ce parti qui a la main sur le gouvernement ne s’est même pas distingué par une seule idée novatrice en cette période de crise? Certes, la personnalité de Abdelilah Benkirane était à créditer pour la popularité du parti, mais si ce dernier a disparu des radars, où est donc passée l’idéologie réformatrice et l’ADN que porte le parti? Et pourquoi n’entendons-nous plus aucun ministre du PJD s’exprimer sur quoi que ce soit?

Il faut dire que le parti des islamistes n’a pas su surfer sur l’opportunité qui lui a été offerte. Tout d’abord les sept années passées au pouvoir nous ont démontré que le seul membre du parti qui est resté fidèle a ses principes, c’est bien Abdelilah Benkirane. Les autres têtes du parti ont trop pris goût au pouvoir au point d’oublier les valeurs qui les ont portés à ces hautes fonctions.


A côté de cet opportunisme et embourgeoisement manifeste, il y a les scandales émanant de ces ministres censés être des modèles en termes de valeurs et de principes. Là nos «Services» n’ont pas eu beaucoup de peine à décrédibiliser les têtes pensantes du parti l’une après l’autre, qui pour la plupart travaillent depuis quelques années la peur au ventre et avec une épée de Damoclès sur la tête.

Et comme si le pouvoir qui s’est invité dans les instances du PJD a apporté son lot de malédictions (…) le parti est aujourd’hui miné par des batailles internes, avec des ministres qui se voient bien calife à la place du calife en 2021!

Ces ministres PJD, et le chef du gouvernement à leur tête, qui pensent bien faire en se montrant dociles sont en réalité en train d’enterrer leur carrière politique et l’avenir de leur parti. Ils n’ont pas compris que ce côté caméléon leur vaut le mépris du makhzen qui, quoi que l’on pense, respecte les gens qui ont des principes et restent droits dans leurs bottes (…)

Mais au-delà de cette lecture locale, il ne faut pas oublier qu’une mouvance mondiale est en phase de transformer le rapport entre les gouvernements et les citoyens, et le Maroc n’y échappera pas. Doucement mais sûrement, nous passons d’un peuple surveillé et encadré par les élites politiques censées les représenter, vers un peuple souverain, qui clame son autonomie, et où la notion de gouvernement représentatif du peuple est de plus en plus remise en question.

Si la crise mondiale de 2020 est sur le point de transformer notre manière de vivre, elle est aussi en train de créer un éveil populaire qui va changer la relation de l’Etat avec les citoyens et le rôle des intermédiaires que sont les partis. Cette crise sanitaire va insuffler plus du pragmatisme dans les attentes des populations, et c’est là un message aux partis et à la Monarchie qui pourra y voir un champ fertile.
halaoui@sp.ma