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«Tous nos efforts vont être concentrés sur le produit Made in Morocco»

Actualité #212 novembre 2020

«Tous nos efforts vont être concentrés sur le produit Made in Morocco»

Vidéorama va fêter, ce lundi 19 octobre, ses 35 ans ! Elle est, à ce titre, le pionnier de la production moderne et la toute première société de post-production au Maroc. Cette longévité ne doit rien au hasard. En plus de trois décennies, l’entreprise a eu plusieurs vies et a pu, (et a du !) chaque fois, s’adapter aux mutations technologiques, économiques et sociales en cours dans notre pays. L’entreprise se définit aujourd’hui comme un studio, un groupe de communication global audiovisuel, un créateur de contenu, pour les entreprises marocaines. Moulay Ahmed Belghiti, Président Directeur Général de Vidéorama répond à nos questions.

Veuillez vous présenter et présenter votre stratégie en quelques mots
Nous travaillons de manière agile avec les entreprises, les agences, les influenceurs, et les télévisions. Nous produisons pour la télévision, pour le cinéma et pour Internet. Nous challengeons constamment nos manières de faire et de concevoir des contenus pour être toujours à l’avant-garde. Ce n’est pas un exercice facile, mais il est nécessaire. Il faut savoir sortir de sa zone de confort pour explorer de nouveaux horizons, pour apprendre et pour être un acteur de son époque. A.Tofler dit : «les illettrés du 21éme siècle, ne seront pas ceux qui ne savent pas lire et écrire, mais ceux qui sont incapables d’appendre, de désapprendre, et de réapprendre à nouveau».

L’exercice de me présenter, à titre personnel, est plus délicat. Un apprenant professionnel… Un lecteur (compulsif), un musicien, un mari et papa de trois enfants.
Comment s’est portée l’activité lors de la période de confinement ?

Le cataclysme a été général à mon avis. Les premiers jours du confinement ont bouleversé le quotidien de la planète entière. Plus que l’obligation de rester chez soi, nous avons vécu des jours voire des semaines avec une peur et une angoisse paralysante. L’activité a bien sûr baissé puisque les tournages ont été interdits pendant près de trois mois. La crise a poussé plusieurs annonceurs à couper dans leurs budgets de communication et de marketing. La télévision, dont les audiences n’ont jamais été aussi bonnes, a paradoxalement vu ses recettes publicitaires fondre comme neige au soleil. La crise et l’impact sont donc réels, palpables. Mais la vie est plus forte que tout. Même confinés, nous avons essayé de maintenir l’activité, de travailler, de créer. Même à distance, nous avons servi nos clients. Nous nous sommes adaptés. L’une de nos séries « Waklin & Charbin », produite à distance pendant le confinement, a totalisé près de 18 millions vues sur Internet. C’est énorme ! Nous avons aussi produit un petit clip en hommage aux forces vives de notre nation qui luttent contre la pandémie.


Je tiens aussi à rendre hommage à l’OCP, avec qui nous avons produit pendant le confinement plus de 1000 heures de cours, diffusés sur la première chaîne. Notre manière de travailler a donc une fois encore évolué pour s’adapter à cette nouvelle conjoncture qui s’installe durablement. Transformer la crise en opportunité.

Comment a été la reprise ? Qu’avez-vous fait pour adapter votre offre à la demande en baisse ?
Le secteur de la création audiovisuelle a beaucoup changé durant les dernières années. Le besoin d’agilité, de souplesse, de légèreté et de réactivité se faisait sentir bien avant la crise. Cette dernière n’a donc été qu’un accélérateur de cette tendance. Nous ne produisons plus comme avant. Nous ne créons plus et nous ne diffusons plus comme avant. Nos équipes ont appris à être plus légères et plus autonomes. A être moins gourmandes en logistique de production aussi. Les maître-mots aujourd’hui sont : efficacité, qualité, sécurité. Des tournages sont désormais pilotés à distance, plusieurs validations se font en ligne. Le travail collaboratif et le Cloud Computing sont aujourd’hui une réalité à Vidéorama. Aujourd’hui, nous sommes capables d’offrir aux PME et TPE marocaines un accès à l’audience de masse que représente la télévision, en plus du digital, à des prix accessibles, avec diffusion à la télévision comprise. Du jamais vu jusqu’à présent !

Au lendemain de la crise sanitaire, quel type de produit fonctionne le mieux ?
Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est que les grosses productions attendront encore un peu. Heureusement, la télévision a maintenu ses commandes. Nous avons par exemple déjà entamé le tournage de la deuxième saison de la série à succès Al Madi La Yamout avec Rachid El Ouali, Amin Naji qui a été un énorme succès l’année dernière. Nous sommes également sollicités par les annonceurs et les agences pour des films de sensibilisation, des promotions, des lancements. C’est bon signe ! Cela veut dire que la relance est en marche.
Mais cette crise a permis de nous renforcer dans une conviction principale : nous devons être une force de proposition pour nos clients, agences ou annonceurs, pour la consommation du produit marocain. Du fait de nos contacts avec des réalisateurs, créatifs dans le monde entier et de notre ouverture sur les productions internationales, nous tournons et proposons en continu de nouveaux formats de « Brand Content » ou de « Fiction de marque » qui remportent l’adhésion du marché. Il faut absolument mettre en avant la marque
« Made in Morroco ».

Hors Covid, quelle est votre part de marché ? Quel est votre chiffre d’affaires en 2019 ?
Les derniers chiffres publiés par le CCM nous placent en première place, quasi ex-aequo avec l’un de nos confrères sur la place en terme de chiffre d’affaires. Après, c’est difficile à comparer parce que chaque boîte de production est aujourd’hui spécialisée dans des filières différentes et difficilement comparables. Nous sommes par exemple très présents à la télévision avec des programmes de grand divertissement comme Fort Boyard Maroc et Afrique, des séries comme Al Madi La Yamout ou des programmes de flux comme « Wash Hna Houma Hna ». En tout cas, nous flirtons avec les 96 millions de dirhams hors-taxes.

Parlons d’un autre sujet, vous proposez sur votre site un ‘’shoot in Morocco’’, quel est votre apport ou soutien à la mise en valeur du Maroc ?
Nous sommes des ardents défenseurs de la destination Maroc depuis toujours. Notre pays est un décor de rêve pour les plus grandes productions internationales. Il offre des possibilités infinies en terme de paysages, de contrastes et d’espaces naturels ou urbains. L’ensoleillement est un atout formidable aussi puisqu’à partir d’octobre, il pleut sans cesse en Europe. Au fil des années, notre pays a également renforcé ses capacités de production en termes de matériel, de logistique et de moyens humains.
Le potentiel pour attirer des productions internationales que ce soit en termes de fiction ou de publicité est énorme.
Après un ralentissement dû aux répercussions du printemps arabe dans la région, nous enregistrons un regain d’intérêt et de confiance pour le tournage au Maroc de séries comme Homeland, Le Bureau des légendes, 4L (un film que nous avons coproduit pour Netflix) et bien d’autres. C’est tant mieux ! L’enfant du Sahara est en ce moment sur Amazon.

-Avez-vous des clients étrangers ? Quelle est votre présence dans le reste du monde ?
-Aujourd’hui, notre stratégie à l’international concerne deux pôles importants : l’Afrique et le Moyen-Orient. En Afrique, nous avons déjà commencé à travers la production de Fort Boyard Afrique, sur CANAL PLUS Afrique avec la participation d’une cinquantaine de stars issues de plus de 14 pays. Le succès a été colossal « historique », selon l’étude du groupe canal… (diffusion 2019). Nous nous installons bientôt à Abidjan pour mieux servir la région, grâce à nos très cordiales relations avec la RTI. Nous envisageons de construire nos studios ensemble en 2021. Plusieurs projets pourraient également bientôt voir le jour avec les télévisions de la région du Golfe que ce soit aux Emirats ou en Arabie Saoudite par exemple.
Bien entendu, après la pandémie, nous espérons continuer à accueillir les tournages qui nous viennent du monde entier, grâce à la sublime beauté de notre pays, le niveau de la technique, et sécurité (entre autres) qui placent le Maroc au premier plan de ce métier.

Quels sont vos projets pour 2021 ? Comment voyez-vous votre secteur d’ici une année ?
Nous nous adapterons ! Aujourd’hui, tous nos efforts vont être concentrés sur le produit «Made in Morocco ». Les gens ne veulent plus de bla-bla, ils veulent savoir ce que leur argent devient une fois qu’ils ont acheté un produit.
Qu’est-ce que c’est cette marque pour moi, qu’est-ce qu’elle fait pour moi : des conseils ? Des astuces ? Des infos ? Des moments de détente, de rire, ? Est-ce qu’elle s’occupe de moi quelque part ?
Aujourd’hui les marques ne parlent plus qu’à des consommateurs, elles parlent à des audiences, elles parlent à des communautés. Lorsque Madame « T, » achète un paquet de pâtes italiennes, elle ne sait pas le mal qu’elle fait, aux entreprises nationales qui fabriquent la même chose. N’oublions pas le boycott que nous avons vécu dans notre pays, alors que nous ne prenions pas en compte que des familles entières dépendaient de ces emplois. Aujourd’hui il faut encourager la consommation nationale.
J’ai vécu la première guerre du Golfe lorsque tous les budgets de communication se sont arrêtés. Non seulement cela n’avait aucun sens, ni aucun lien avec la situation internationale, mais les stocks de nos entreprises débordaient à un tel point, qu’il fallait vendre à perte, à vil prix. En temps de crise, la première réaction est de couper toutes dépenses non vitales comme celles de la communication, je trouve au contraire que c’est le moment de proposer un maximum d’offres, pour provoquer, ou en tout cas d’encourager la demande.