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Un contexte ingouvernable par le seul Etat

Édito novembre 2020

Un contexte ingouvernable par le seul Etat

Aujourd’hui, la crise sanitaire et économique que traverse le monde nous apprend que l’investissement dans l’infrastructure sociale a longtemps été négligé. La pauvreté et la cohésion sociale, la formation de capital social et humain, la croissance économique distributive durable et les taux d’emplois s’entrecroisent. Les pays devront désormais prendre ces facteurs en considération. Les élites politiques et technocratiques actuelles, aussi compétentes et volontaires soient-elles, ne pourront pas faire face à ces problématiques complexes parce que pluridimensionnelles. C’est pour cet ensemble de raisons que notre société est devenue multidimensionnelle dans ses modes de fonctionnement et… ingouvernable par le seul Etat.
Au Maroc, cette prise de conscience devra aboutir à la création de nouvelles opportunités de développement, qu’elles soient d’ordre privé ou public, à l’échelle nationale mais aussi et surtout à l’échelle locale. Il faut désormais penser en termes de partenariat et de responsabilité partagée des différents niveaux pour la conduite d’une politique. Les régions et les territoires sont dès lors appelées à jouer un rôle central dans le développement socio-économique du Maroc. Elles représentent l’avenir du pays en termes de croissance, de richesse et d’emploi. Le renouvellement des relations Etat-régions est même une pièce maîtresse dans le nouveau modèle de développement attendu et une occasion de «copiloter» le plan de relance.
Pour la 19e édition de notre classement annuel des 500 plus grandes entreprises marocaines, nous avons accordé une attention particulière aux régions et à l’évaluation de la performance des entreprises par région. Cette édition souligne la concentration de la dynamique économique et de la création de richesses sur un nombre très limité de régions. Les six pôles que sont Casablanca, Rabat, Agadir, Fès-Meknès, et Tanger-Tétouan totalisent à eux seuls 98,5% du chiffre d’affaires cumulé des 500. Un constat qui reflète les disparités économiques des régions. Pas seulement. Les disparités sociales, mais aussi sectorielles, sont très flagrantes au Maroc. Pour l’exemple, 55% des entrepreneurs se situent dans les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Kenitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, et 58% de la richesse du Royaume s’y trouve également. Le Maroc reste le pays le plus inégalitaire du nord de l’Afrique et dans la moitié la plus inégalitaire des pays de la planète, et c’est Oxfam qui le dit. Dans son rapport annuel de 2019, il a montré qu’il faudrait 154 ans à une personne salariée au Smig pour gagner ce que reçoit en 12 mois l’un des milliardaires du Maroc. C’est dire que l’équilibre régional reste la priorité des priorités, et que la seule issue de mettre fin à ces disparités sociales et sectorielles est une régionalisation avancée et orientée vers l’inclusivité des territoires.
bkhalid@sp.ma