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«L’innovation et la digitalisation un rôle majeur dans l’avenir de nos économies»

Dossier novembre 2020

«L’innovation et la digitalisation un rôle majeur dans l’avenir de nos économies»

La digitalisation demeure aujourd’hui un véritable défi pour le secteur bancaire. Xavier Reille, directeur de la Société financière internationale (IFC) pour la région Maghreb, apporte son regard sur le sujet.

Le secteur bancaire fait face aux défis de la digitalisation pour accélérer sa croissance… Comment appréciez-vous l’évolution de la digitalisation dans ce secteur au Maroc, comparé à d’autres pays ?

La pandémie de Covid-19 offre au Maroc l’occasion d’accélérer la digitalisation et d’améliorer ses services bancaires ainsi que l’écosystème du paiement numérique. Le secteur bancaire marocain est bien développé par rapport aux autres pays de la région, mais l’utilisation des services bancaires mobiles et Internet est naissante. Au Maroc, moins de 4% de la population bancarisée accède aux services bancaires mobiles ou par Internet, contre plus de 23% en Afrique subsaharienne et plus de 20% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il y a donc beaucoup de choses à faire dans ce domaine. L’écosystème du paiement numérique est aussi en train d’émerger. Si on prend par exemple un indicateur révélateur, comme la proportion de la population adulte qui a reçu ou effectué des paiements numériques au cours de l’année écoulée, le Maroc est à 16% seulement contre 92% en France, par exemple. Même en comparaison avec d’autres pays d’Afrique, comme le Kenya où 79% de la population adulte a reçu ou effectué des paiements numériques en 2017, le Maroc est en retard dans ce domaine. La bonne nouvelle, c’est que la pandémie a créé une vraie dynamique et des opportunités intéressantes pour combler ce fossé numérique et accélérer la digitalisation des services financiers au Maroc.


Que fait IFC pour accompagner cette dynamique de digitalisation des banques au Maroc ?

Stimuler l’économie numérique et améliorer l’inclusion financière sont deux objectifs au centre de la stratégie de la Société financière internationale pour soutenir la croissance du secteur privé au Maroc. En collaboration avec la Banque mondiale, l’IFC aide les autorités marocaines à mettre en place les catalyseurs et les fondements de cette numérisation. Le Registre électronique national des sûretés mobilières a ainsi été lancé avec succès en mars dernier. Nous fournissons aussi des conseils stratégiques pour favoriser l’adoption de la nouvelle solution nationale de paiement mobile qui vise à améliorer l’utilisation des services financiers numériques. En collaboration avec les autorités et les acteurs du secteur financier marocain, IFC explore la possibilité de lancer un programme de financement des chaînes de valeur au Maroc. Ce programme est destiné à relever des défis importants auxquels sont confrontées les institutions financières, via de nouvelles offres et solutions technologiques de pointe. IFC a également mené une étude sur l’écosystème des services financiers numériques. Celle-ci devrait être finalisée au début de l’année prochaine et permettra d’identifier les lacunes concrètes des services financiers numériques au Maroc. Enfin, IFC travaille directement avec les banques et les institutions de microfinance pour les accompagner dans leur transformation numérique afin d’améliorer l’expérience de leurs clients et renforcer leur efficacité et leur portée.

Comment imaginez-vous la banque de demain ?

La banque de demain existe déjà aujourd’hui, et nous voyons des banques comme DBS (Singapour) ou BBVA (Espagne) émerger dans toutes les régions. Ce que ces banques ont en commun, c’est leur capacité à tirer parti du Big data et des équipes multidisciplinaires pour offrir une expérience numérique supérieure, personnalisée et en temps réel à leurs clients. Les banques de demain, ce seront des banques innovantes qui considèreront leur rôle comme des facilitateurs d’un large éventail d’objectifs de leurs clients, plutôt que des fournisseurs d’une gamme étroite de produits. Ces banques s’intègrent également de manière transparente dans les écosystèmes et les chaînes de valeur pour fournir des services aux clients, soit directement, soit en partenariat avec de grandes entreprises ou avec des entreprises technologiques innovantes. Nous pensons que ces évolutions vont aussi arriver au Maroc rapidement. L’innovation est devenue aujourd’hui une nécessité pour la quasi-totalité des secteurs de l’économie marocaine.

Justement, que fait l’IFC pour soutenir l’innovation au Maroc ?

Dans le contexte actuel, une réalité fait consensus: l’innovation et la digitalisation auront un rôle majeur dans l’avenir de nos économies. Depuis longtemps, IFC soutient et aide le Maroc dans cette dynamique d’innovation dans plusieurs domaines et secteurs comme les PPP, la finance verte, l’entrepreneuriat ou l’inclusion financière. Récemment, nous avons apporté un financement à la région Casablanca-Settat via un prêt commercial sans garantie de l’État. Une première pour une collectivité territoriale au Maroc, qui ouvre la voie au financement privé pour les régions, qui permettra de financer des infrastructures essentielles et réduire les disparités territoriales. Il s’agit, en outre, d’un des premiers financements de ce genre dans toute la région MENA. Au niveau du secteur financier, nous avons un programme de conseil et d’assistance technique très important qui va permettre de soutenir la digitalisation et l’innovation dans le secteur bancaire, y compris à travers les paiements digitaux. J’aimerais également rappeler que nous apportons enfin notre soutien aux startups et à l’entrepreneuriat. Les avancées que nous observons de cet écosystème au Maroc montrent le potentiel des jeunes entrepreneurs en dépit des nombreux défis auxquels le pays est confronté. Pendant la crise Covid, nous avons participé à l’initiative Solidari-tech de la CGEM pour les start-up marocaines et nous soutenons des initiatives comme le réseau «Maghreb Startup Network», lancé en 2019 par des acteurs du secteur privé et de la société civile.