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La bourgeoisie est appelée à retirer son masque !

Édito novembre 2020

La bourgeoisie est appelée à retirer son masque !

Depuis un peu plus d’une décennie on sent que le Maroc est engagé dans un véritable mouvement, un élan qui fait bouger le pays à l’image d’un voilier, mais sans pour autant savoir la direction qu’il prend. Ce mouvement c’est un vent qui mobilise la société civile, les partis politiques, et la jeunesse à travers les réseaux sociaux, tout le monde s’y est mis, et chacun donne son avis.
Seul absent de ce mouvement, cette bourgeoisie qui a pris ses distances par rapport aux débats ambiants qui agitent notre société. La bourgeoisie, cette secte capitaliste qui a sucé le mamelon de l’Etat jusqu’à le saigner est appelée aujourd’hui plus que jamais à retirer son masque et assumer son idéologie, ses positions et ses valeurs profondes.
Nous tous savons par exemple comment la bourgeoisie européenne a imprégné l’histoire du Vieux Continent et comment elle a été un acteur et très souvent instigateur de la plupart des grandes transitions socio-économiques. Aujourd’hui grâce à cet engagement assumé, elle a su trouver sa place dans la société européenne sans que personne ne la lui conteste.
Au Maroc une bourgeoisie engagée avait certes émergé dans la période post-Independence, mais celle-ci s’est rapidement éteinte. Elle a compris que pour grandir et durer auprès du Makhzen il fallait prendre ses distances par rapport aux grands sujets qui remuent le Royaume, et notamment ceux politiques et sociaux.
Sous le règne de Mohammed VI, elle s’est à nouveau muée, devenant plus égoïste, renfermée sur elle-même et surtout négligeant l’environnement qui l’entoure.
Souvenez-vous quand était la dernière fois que vous avez entendu un homme d’affaires donner son avis sur une crise sociale, un projet de loi de Finances, ou sur un programme politique? Jamais! La bourgeoisie vit dans sa bulle et fait tout pour ne pas remuer de vagues par craintes de châtiment ! Les grands patrons à la CGEM en savent quelque chose, et c’est ainsi que l’on peut expliquer le discours javelisé des Présidents de la CGEM qui se sont succédés.
Depuis quelques semaines vous avez sans doute eu écho des difficultés rencontrées par plusieurs grandes entreprises face à la sévère crise économique et sociale que traverse le Maroc. Certains sont allés jusqu’à annoncer la fermeture d’hôtels, d’usines, et de leurs commerces. Comment de grandes entreprises qui ont 20, 30 ou 40 ans d’existence peuvent-elles succomber si rapidement à une crise en moins de six mois ? Ces entreprises n’ont-elles pas des fonds propres qu’elles ont thésaurisés après tant d’années d’existence et qui leur permettraient de tenir le coup quelques mois? C’est là un sujet de gouvernance qui en dit long sur ces industriels (…)
Alors que notre pays s’apprête à accoucher d’un nouveau modèle de développement, je me demande quel rôle la bourgeoisie est appelée à jouer dans ce nouveau dessein et comment l’aider dans sa conversion.
La bourgeoisie est une des classes sociales de notre pays, et devrait être une des forces centripètes du mouvement que connaît le Maroc, et non pas un observateur externe. Sans son implication et son engagement militant, il n’y aura point d’avancées réelles et durables, car c’est elle qui détient le capital qui fait tourner la roue de l’économie.
Comment alors accroître son appartenance et l’engager dans le devenir du pays? Pour ce faire il faut la libérer des chaînons de la peur qui l’inhibe et qui hante son quotidien et qui l’a transformé en une caste capitaliste et opportuniste qui ne cherche que ses intérêts sans trop s’attarder sur les valeurs de la nation.
Il faut dire que si cette bourgeoisie de nos jours a su profiter de tous les torts et les vices du système que l’on connaît pour accroître son assise patrimoniale, plus que jamais son avenir et celui de ses descendants dépend de son degré d’adhésion au projet national.