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GIPAM, un retour en force

Economie novembre 2020

GIPAM, un retour en force

Malgré un impact considérable, les importateurs de la pièce de rechange arrivent à sortir la tête de l’eau. Le groupement interprofessionnel y afférent revient plus fort et plus uni pour assainir le secteur.

A en croire les importateurs/distributeurs des pièces de rechange, la rupture de stock qui a touché le secteur n’est pas chaotique. Pour un opérateur du secteur qui a blanchi sous le harnais, depuis les années 30, une pénurie pas très significative a concerné certaines pièces durant la période du confinement suite à l’arrêt de production des équipementiers, notamment au niveau de la Chine, mais sans dégâts apparents. Même son de cloche après du Groupement interprofessionnel automobile marocain, Gipam, qui a certifié que la situation n’était pas alarmante et que la machine a continué de tourner malgré les restrictions, à des exceptions près. «Dès l’annonce du confinement, certains importateurs ont exprimé le souhait de suspendre les importations faisant le choix de stocker chez le fournisseur en attendant d’avoir plus de visibilité. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’au niveau des entités structurées, les commandes sont négociées sur l’année pour éviter une quelconque rupture. De plus, les importations ainsi que les services de douane n’ont pas subi d’arrêt même durant le confinement», précise Jamal Mikou, gérant de Somadeco et vice-président du Gipam. Ceci dit, aucune incidence sur les prix de vente n’a été constatée. En revanche, le constat est flagrant au niveau des impayés. Selon Driss Guennoun, General manager de Getcomar et président du Gipam, une chute drastique atteignant les 80% a été enregistrée. Mais au grand bonheur des professionnels du secteur, après la reprise, la situation a commencé à se redresser. «Depuis le mois de juillet nous enregistrons moins d’impayés qu’en temps normal, c’est-à-dire bien avant la Covid. Mais il faut dire que cette crise nous a ouvert les yeux sur les agissements et les intentions malsains de certains clients», confie Driss Guennoun. En effet, malgré les dégâts causés par cette période creuse, elle a permis aux importateurs distributeurs de se serrer les coudes pour contrer les clients insolvables. Pour ce faire, le groupement a veillé à l’instauration d’une communication entre les différents membres qui sont au nombre de 48 actuellement dont des industriels. En fait, depuis sa création en 2017, le groupement a la ferme intention de rassembler les différents opérateurs du secteur, à savoir les fabricants, les importateurs distributeurs, en passant par les revendeurs et les services y afférents, afin de créer une cohésion. Par ailleurs, il est important de signaler qu’il s’agit d’un secteur qui draine entre 15 et 17 milliards de dirhams annuellement et le volet pièce de rechange d’usage commun (PDR), à lui seul, génère plus de 5 milliards de dirhams. «Il s’agit d’un secteur stratégique qui pèse lourd et peut représenter jusqu’à 1,5 point du PIB. Et ce sont les segments des lubrifiants et PDR qui se taillent la part du lion», confirme le président du groupement. En outre, ce secteur de pièces de rechange est suivi de très près par Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, qui ne manque pas une occasion pour tenir des propos sidérants et limite «cyniques» pour montrer son désarroi face à la contrefaçon dont l’impact économique est estimé à plus de 700 millions de dirhams. C’était d’ailleurs le cas lors de la présentation du label «Salamatouna», fruit d’un partenariat public-privé, en novembre 2017 et durant laquelle le ministre de tutelle a appelé les professionnels du secteur à être une force de délation pour combattre ce fléau. En effet, c’est pour séparer le bon grain de l’ivraie que cette certification annuelle a pu voir le jour et qui reste un gage de conformité aux normes de sécurité. Une initiative à laquelle le groupement interprofessionnel a complétement adhéré. Seul reproche, une communication à grande échelle pour sensibiliser l’utilisateur final n’est toujours pas percutante. A ce jour, seule une vingtaine d’importateurs est labélisée.

Dans le sillage de la banque de projets
Toutefois, même si la concurrence déloyale exercée par le marché de la casse et de la contrefaçon sévit, les professionnels refusent de courber l’échine et tentent d’unir leurs forces pour structurer au mieux cette activité. A cet effet, le nouveau bureau du groupement a mis en place un plan d’actions pour remédier aux maux dont pâtit le secteur. Parmi les mesures à entreprendre, accentuer la communication autour de la certification «Salamatouna» auprès des revendeurs et les inciter à en bénéficier. Conformément aux orientations du département de tutelle qui vient de lancer la banque de projets pour substituer les importations, le Gipam fait également de la promotion pour l’industrie locale son cheval de bataille, même si le recours aux produits locaux demeure insignifiant vu la taille du marché. «Ce qui nous dissuade, c’est le fait de ne pas disposer de toute la gamme de produits. Si l’industrie locale propose un produit avec une gamme, une qualité à même de satisfaire le client final, tout le monde sera preneur, ce qui est tout bénef en termes de réduction de frais d’importation et de stockage», témoigne Chakib Hafyane, General manager de Kaufman. Dans le même sillage, Jamal Mikou pense qu’il faut d’abord disposer d’une banque de données pour répertorier les opérateurs du secteur et surtout estimer la consommation de chaque segment avant de parler de banque de projets. Et d’ajouter: «Les chiffres et les études relatifs au marché donneraient éventuellement plus de visibilité sur ce que le Maroc peut substituer. Il est également plus judicieux d’encourager, dans un premier temps, des industries faciles». Pour en savoir davantage sur les données dont disposent le ministère et les manufactures envisagées, EE a tenté à plusieurs reprises de contacter le département de MHE, en vain.
Toujours dans la même perspective de la promotion de l’industrie locale, le groupement envisage d’organiser des visites guidées d’unités de production au profit des importateurs dans le but d’élargir leur gamme par des produits fabriqués localement. Il s’agit également d’inciter des importateurs qui disposent d’une taille critique de se lancer dans l’aventure et devenir fabricants. Une initiative qui risque de ne pas faire l’unanimité, comme dévoilé par Chakib Hafyane. «Même si un importateur dispose de l’expérience nécessaire dans le domaine, ce n’est pas une mince affaire. Le volet production reste très technique. De plus, l’investissement est de taille». Conscient de la complexité de la reconversion, le président du Gipam reste optimiste et ne compte pas se laisser décourager. «Certes, c’est un travail de longue haleine, mais l’intérêt est de relater les expériences entamées, aussi minimes soient-elles, dans le but de développer le tissu industriel marocain», insiste-t-il. Dans le même esprit, l’autre chantier consiste à inciter les équipementiers étrangers d’aftermarket et de première monte à implanter des unités de production afin de couvrir non seulement le marché marocain, mais également africain. D’ailleurs, le groupement ambitionne de positionner le Maroc en tant que hub africain ou encore une plateforme logistique de pièces de rechange pour le continent. Parmi les actions à mener figure également la tenue de la deuxième édition du salon de la pièce de rechange qui était prévue pour décembre. A cause de la crise sanitaire, l’événement a été reporté à une date ultérieure. A noter que la première édition a connu un franc succès.
In fine, tous les indicateurs montrent que la rupture de stock ébruitée dernièrement sur le secteur, et qu’on a diffusée dans les colonnes de l’édition précédente de EE, était une période passagère, en relation avec la suspension de l’activité pour quelque temps au niveau des industriels à l’échelle internationale et notamment la Chine, premier fournisseur de matière première.


Une croissance dans le pipe
Certes, le secteur est conditionné par l’évolution du marché chinois qui depuis le déclenchement de la pandémie a sombré dans la morosité faisant ainsi tache auprès des équipementiers du reste du monde. Mais, la situation semble se redresser après un taux d’activité industrielle qui est tombé à 15% mi-avril. Depuis le mois de mai, l’activité a repris à plein régime et même une croissance du secteur est attendue. En effet, les prémices d’un retour à la normale commencent à se faire sentir. A titre d’exemple, les exportations des pièces et des composants automobiles de la France vers le Maroc ont enregistré une hausse qui avoisine les 8,6% entre janvier et juillet de l’année en cours, en comparaison avec la même période, un an auparavant, selon la Fédération française des industries des équipements pour véhicules (FIEV). Tandis que les importations en provenance du Maroc ont connu une chute drastique de près de 42%. Ce qui signifie qu’au niveau de la première monte, destinée uniquement aux concessionnaires, aucune rupture de stock n’a été constatée même à l’échelle internationale. Une tendance également confirmée par les concessionnaires marocains.

Rien à signaler !
Selon Adil Bennani, président de l’Association des importateurs automobiles (AIVAM), le marché a repris après le confinement de façon habituelle, mais sans pour autant enregistrer une rupture de stock au niveau des pièces de rechange (première monte). «Certes, au moment de la reprise, il y a eu un peu de cafouillage durant les premiers jours, mais au bout de deux ou trois semaines, les choses sont revenues à la normale. Il n’y a absolument rien à signaler. L’activité a repris comme auparavant», précise-t-il. Même constatation au niveau des livraisons qui requièrent le même temps d’attente qu’avant. D’autres ouï-dire laissent entendre que les modalités de change entre fournisseurs et constructeurs automobiles ont changé. Désormais, c’est un paiement avant livraison que les fournisseurs privilégient en ces temps de crise. Une allégation réfutée par l’association professionnelle qui affirme que les clauses négociées n’ont subi aucun changement. «Tout est redevenu comme avant et nous continuons d’opérer de la même manière. Ces rumeurs n’ont pas de sens», insiste Bennani. Toutefois, dans cette industrie qui fonctionne à flux tendus, les constructeurs prennent de nouvelles commandes avant de relancer la production à plein régime afin d’éviter de constituer des stocks.

Stock épuisé
Et d’ailleurs, le président de l’Aivam ne manque pas de signaler qu’actuellement les flux sont plutôt tendus sur le marché pour certains modèles. «Nous avons réduit la voilure et proposé des promotions pour liquider le stock. Je ne pense pas qu’aujourd’hui il y ait un opérateur débordé en stock», fait savoir Adil Bennani. En effet, il semblerait qu’au lendemain du confinement, le stock constitué était énorme et qu’un représentant de plusieurs marques de la place détenait, à lui seul, un stock de 6.000 véhicules et qui peut s’estimer à un minimum de 1,8 milliard de dirhams si l’on compte une moyenne de 300.000 dirhams par véhicule. Pour Wahid El Kadiri, directeur général de Scandinavian Auto Maroc, importateur de Volvo, ce stock peut s’expliquer par le surstock suite à la préparation du salon de l’automobile qui devait se tenir en mai dernier. Une situation qui a pu être partiellement résorbée après la reprise de l’activité. A cet égard, les ventes automobiles ont pu reprendre des couleurs dès lors. «Il est clair qu’on ne peut rattraper le retard occasionné par le confinement, mais la reprise est moins désastreuse que prévu», indique El Kadiri. Au niveau des concessionnaires, le marché tourne autour de 2 mois de stock.