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Quel avenir pour Alsa?

Entreprises octobre 2020

Quel avenir pour Alsa?

Confronté à des difficultés financières aggravées par la situation de crise induite par la pandémie, le géant du transport urbain inquiète.

(-) 31%, c’est l’impact à la baisse sur le chiffre d’affaires de Grupo Alsa, la filiale espagnole du géant
du transport britannique National Express. Au premier semestre 2020, le chiffre d’affaire d’Alsa s’est ainsi monté à 267 millions de livres sterling, soit plus de 3 milliards de dirhams. Présente essentiellement en Europe, notamment en Espagne, en France, en Allemagne, en Belgique, etc., ses activités long-courrier ont été particulièrement touchées. Cellesci ont affiché une baisse de 90% durant la période de confinement. Pourtant l’année avait bien commencé avec une augmentation significative des résultats du transporteur qui ont affiché une embellie de près de 23% les deux premiers mois de l’année. Selon les données disponibles et communiquées aux analystes financiers, cette performance est due «à une croissance sous-jacente de 6%, stimulée par de nouveaux contrats à Rabat et Casablanca». ... Retrouve l'intégralité de l'article dans le Numéro #En_kiosque

Activité déficitaire
Ainsi, son activité liée à la concession de transport urbain n’a baissé que de 16%. Cette activité s’est vue protégée au vu du mode de facturation des services qui sont payés au kilomètre plutôt qu’exclusivement par le ticketing. Un mode de facturation assez commun dans le cadre de la gestion déléguée, notamment au Maroc, où le délégataire se fait payer soit intégralement, soit partiellement ses services directement par l’autorité délégante. Parfois une partie du paiement se fait à travers la vente de tickets, parfois il réalise uniquement la collecte des recettes pour l’autorité délégante. Ainsi, rien que sur le Maroc, les revenus de la compagnie délégataire ont bondi de 58% grâce aux contrats récemment signés avec les villes de Rabat et de Casablanca (probablement suite à l’effet des subventions débloquées en 2019). Au final, la perte sur les contrats marocains de la compagnie s’est inscrite à près de 84 millions de dirhams en ce 1er semestre 2020. Au Maroc, le groupe Alsa avait réalisé en 2019 un chiffre d’affaires consolidé de près de 770 millions de dirhams. Une année difficile qui s’annonce donc pour l’opérateur qui comptait bien sur ses activités à Casablanca et Rabat pour redresser sa situation financière inquiétante. En effet, selon les sources d’Economie Entreprises, certains des contrats de la compagnie seraient déficitaires. Le résultat net du groupe Alsa ressort ainsi déficitaire de près de 18 millions de dirhams à fin 2019 avec des variations selon les contrats de délégation par ville. Installé à Agadir, Marrakech, Khouribga, Rabat et Casablanca, le groupe semble éprouver des difficultés sur Rabat
et Tanger qui selon nos sources affichent des résultats négatifs de près de 33 millions de dirhams.
A la veille du déploiement des nouveaux bus à Casablanca, qui doit se faire avant janvier 2021, Alsa est-elle en capacité d’honorer ses engagements contractuels? En effet, le délégataire de la gestion des bus casablancais devra lever plus de 850 millions de dirhams, pour être dans les clous avec l’autorité délégante et payer les bus qu’il s’est déjà engagé à acheter. Selon nos sources, le montage financier de l’opération se fait par la banque espagnole coopérative, La Caixa, qui avance près du tiers du financement. Un road show a d’ailleurs été organisé pour closer la levée de fonds. Toutefois au vu du contexte Covid et de la dépendance structurelle du groupe Alsa à la subvention publique pour ses contrats, les choses semblent traîner en longueur et les banques restent méfiantes vis-à-vis de ce financement. D’autant plus que les finances publiques ne sont pas au top de leur forme, et les perspectives récessives de l’année 2020 inquiètent les opérateurs, notamment concernant le prolongement des délais de paiement publics avec un déficit public qui devrait avoisiner les 8% en 2020. D’ailleurs, un des budgets dans lequel est allé puiser le ministère des Finances pour boucler la Loi de Finances rectificative est celui des collectivités territoriales qui ont vu leur budget amputé du quart.


Banques frileuses
Selon une source proche du dossier, la ville, bien qu’elle ait déjà accordé près de 100 millions de dirhams de subvention à fin 2019, ne semble pas inspirer confiance aux banques qui restent dans l’expectative. «Avec la crise actuelle, les banques sont réticentes à accorder des financements adossés à la ville et plus particulièrement l’Etablissement de Coopération Intercommunale «Casa Al Baida». D’autant plus que la mairie traîne un procès contre l’ancien délégataire qui semble perdu d’avance», affirme notre source. Ainsi, comme relevé par une enquête publiée par EE en novembre 2019, la ville risque au bas mot 2 milliards de dirhams dans sa procédure contre M’dina bus. En effet, en conflit avec l’ancien délégataire, M’dina bus, la ville de Casablanca avait lancé un audit sur l’exécution du contrat de délégation du transport de la ville blanche en 2016. L’étude confiée à KPMG a estimé le manque à gagner de M’dina bus entre 2004 et 2014 à près de 4,7 milliards de dirhams. Un audit dont la ville finira par refuser les livrables et qui va ouvrir le champ à une poursuite judiciaire enclenchée par l’ancien délégataire à l’encontre de son autorité délégante. Par la suite, d’autres études plus en faveur de la ville vont être lancées par le tribunal administratif qui croule sous une dizaine de plaintes et de contres-plaintes dans ce qui promet d’être un feuilleton judiciaire, dont l’issue, selon tous les pronostics, incriminerait la ville de Casablanca. La ville devrait ainsi payer, selon les diverses sources, plusieurs milliards de dirhams à l’ancien délégataire. Bien que compliqué et avec de nombreux rebondissements, ce dossier échauderait les prétendants au financement.
Des garanties supplémentaires, notamment de la maison mère, National Express, auraient même été sollicitées pour renforcer le montage du dossier. En effet, bien que Grupo Alsa existe depuis près de 100 ans, il fait depuis 2005 partie du conglomérat National Express. Propriété
de la Famille Cosmen, originaire des Asturies, Alsa était essentiellement spécialisée dans le transport interurbain. Elle sera revendue au géant britannique National Express Group contre 13,5% des actions de cet ancien fleuron public du transport anglais. Grupo Alsa devient ainsi partie prenante d’un groupe britannique fournissant des services aussi bien dans le transport entre les villes que dans les villes, le transport touristique, le transport scolaire (aux USA et au Canada) et qui a même géré des aéroports. Un groupe multi-métiers, coté à la Bourse de Londres, présent en Europe et en Amérique. National Express a réalisé près de 3 milliards de dollars de revenus annuels en transportant près de 300 millions de personnes en 2019.
Dans le contexte du Brexit et
de l’accord bilatéral de partenariat économique entre le Maroc et la Grande-Bretagne, les appétits de National Express n’ont fait que s’aiguiser pour le pays et pour l’Afrique. De grandes ambitions qui s’accompagnent de grands défis. En effet, la plupart des contrats marocains d’Alsa sont presque échus (en dehors de ceux de Casablanca et de Rabat qui courent de 2019 à 2034). Le contrat historique du groupe à Marrakech arrive en effet à terme en 2021 après 22 ans de services et deux extensions, celui de Khouribga conclu pour une période de 5 ans doit échoir en 2020, Tanger en 2024 (10 ans) et Agadir en 2025 (15 ans). Le groupe vise donc à reprendre ces marchés mais aussi à en prendre de nouveaux. Il lorgne plus particulièrement les contrats de gestion déléguée de Kenitra et Benguerir qui doivent arriver à terme en 2020, mais aussi ceux de Fès, Meknès et Tétouan qui seront à pourvoir à partir de 2022.

Interurbain en suspens
Selon la communication du Groupe, National Express vise aussi le lucratif marché de transport interurbain. Lucratif mais aussi opaque, puisqu’il est encore basé sur le système des agréments bien que la tentative de réforme de 2015 ait proposé de mettre en place des cahiers des charges à soumettre aux autorités compétentes (Transport et Intérieur). L’ambition de National Express et d’Alsa semble ainsi contrariée par les réalités du secteur. Elle ne peut donc que passer par le rachat d’une compagnie nationale établie, disposant déjà des fameux sésames.
Mais les occasions se font rares, et la concurrence a déjà pris les devants. Selon une source du secteur des transports, la récente proposition de la Compagnie de Transport au Maroc (CTM) pour le rachat de la Satcoma-Satas en janvier 2020 viendrait pour verrouiller le secteur. La filiale du groupe FinanceCom dispose en 2020 d’un parc de 250 autocars de transport de passagers et 240 véhicules de transport de marchandise. Elle desservait, en 2019, 90 destinations à l’intérieur du territoire national et 60 destinations à l’étranger (essentiellement France et Espagne). Elle aura transporté cette année près de 4 millions de passagers. Avec la Satas dans son giron, elle cumulera à terme 360 véhicules, pour 5 millions de passagers par an, soit près de 15% du marché de transport interurbain par bus.
Ce positionnement concurrentiel n’est pas le seul défi que confronte aujourd’hui Alsa pour son déploiement et sa diversification. Outre les conditions du marché et la situation financière délicate d’Alsa au Maroc, l’approche des élections locales en 2021 complique le contexte. D’autant plus que présente dans beaucoup de villes gérées par le PJD, la compagnie espagnole traîne derrière elle une réputation de proximité avec les maires issus de ce parti. Elle traîne aussi des casseroles relevées en 2016 et 2017 par la presse espagnole et qui font état de tentatives de corruption pour l’octroi de contrat, notamment au Maroc. Le scandale impliquant des personnalités publiques dont un ancien ambassadeur a même donné lieu à une enquête publique. Contacté par nos soins, aussi bien Alsa au Maroc que National Express tardent à répondre à