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Il faut distinguer le conseil juridique de la pratique judiciaire

Actualité #212 octobre 2020

Il faut distinguer le conseil juridique de la pratique judiciaire

Youssef Fassi Fihri est avocat au bar- reau de Casablanca et spécialiste dans le droit des affaires et le droit social. Dans cet échange avec Economie Entreprises, il fait une lecture pointue des limites du champ d’intervention des cabinets internationaux.

Quel est l’apport des cabinets de conseil juridique pour une entreprise?
L’apport des cabinets juridiques notamment étrangers n’est pas négligeable en ce sens qu’ils accompagnent en amont les investisseurs à s’implanter au Maroc ou dans certains pays d’Afrique. Ils profitent de leur implantation à l’international pour attirer les multinationales et leurs filiales, et c’est à cet effet que leur présence est un gage de confiance pour les investisseurs étrangers. Les juristes locaux embauchés par ces ca- binets contribuent à apporter conseils et consultations pour des émoluments très compétitifs par rapport à leur collègues en Europe.

Le fait que ces cabinets n’ont pas d’expérience dans la pratique judiciaire au Maroc, cela peut-il représenter un handicap pour eux ?
Absolument, la pratique judiciaire nécessite une maîtrise des procédures au delà de l’handicap lié à la langue arabe langue officielle des plaidoiries enquêtes et autres requêtes ou plaintes pénales. D’ailleurs, les cabinets juridiques n’ont pas qualité à représenter leurs clients devant les différents tribunaux du Royaume et doivent s’adosser à un cabinet d’avocats pour engager des procédures judiciaires, ce dernier met au service de ces cabinets sa pratique mais aussi son expérience professionnelle pour tenter d’obtenir gain de cause. Cette relation de sous-traitance permet ainsi au cabinet de conseil juridique d’accompagner ses clients de bout en bout de la chaîne judiciaire.


Mais s’ils font de la pratique judiciaire à Paris où à Londres, cela ne peut-il pas compenser ce vide?
Cette pratique judiciaire étrangère n’est pas suffisante car hormis la langue arabe, les pro- cédures notamment civiles et pénales sont différentes à celles pratiquées dans les pays anglo-saxons. Le suivi des différentes étapes d’un procès pénal – à titre d’exemple – du dépôt de plainte à la sentence finale en passant par l’enquête préliminaire, la présentation devant le parquet, l’instruction, et enfin la phase de jugement nécessite à la fois un suivi rigoureux mais aussi une maîtrise judiciaire à tous les niveaux.