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Quand Benslimane se réveillera…

Dossier juillet 2020

Quand Benslimane se réveillera…

La province est avant tout une terre fertile de grandes cultures et de productions agricoles. Benslimane détient aussi une manne issue de productions industrielles avec des zones en pleine expansion, du grand massif forestier, de la chasse, du tourisme balnéaire et de montagne,…Autant d’atouts naturels et économiques qui favoriseraient certainement le développement touristique. Encore faut-il actionner ce potentiel, sans plus tarder. Reportage.

Le secteur de l’agriculture occupe une place de choix à Benslimane et son potentiel reste important en termes de marché de proximité et de logistique pour être une véritable locomotive de l’économie locale. Pour peu que certaines contraintes soient surmontées.

Vraisemblablement tous les chemins mènent à Benslimane. A la jonction des routes Rabat-Casablanca, cette province de 15 communes commence déjà à poindre dès qu’on prend la route dans un sens comme dans l’autre, et ce quel que soit l’itinéraire: par la route principale, nationale, côtière ou encore l’autoroute. «Benslimane doit son nom au saint éponyme, dont le sanctuaire se trouve à 1 km au sud-ouest de la ville», commence par nous dire Bouchaïb, un acteur associatif natif de la région. Se remémorant également des histoires passionnantes, M’hamed, un artisan local, nous relate que «d’abord le premier tissu urbain de la ville moderne remonte à 1907, quand l’armée française y fonde le camp militaire (voir encadré) et ensuite dès que la province fut créée par Décret Royal n°2.77.605 du 19 juillet 1977, l’implantation des casernes a été directement suivie par le développement d’un quartier résidentiel des militaires, occupé au départ uniquement par les Français constituant le noyau de la ville. Et la province s’est développée le long de la voie menant à Bouznika, parallèlement à la forêt au nord». A ce propos, ce septuagénaire se souvient que son père lui avait parlé de ces terrains énormissimes à Bouznika qui ont été légués par les Français avant leur départ du Royaume aux Marocains travaillant chez eux, notant que ces employés ainsi que leur progéniture se sont retrouvés du jour au lendemain riches comme Crésus puisqu’ils ont, suite au développement de la région, soit revendu ces hectares à des prix faramineux, soit construit de grands projets immobiliers, de restauration ou de stations de carburants! «Maintenant si le développement de la région a été des plus bénéfiques pour certains locaux ayant fait partie de l’entourage des colons français, il n’a pas profité suffisamment à plusieurs!», renchérit Brahim qui explique que la province accuse un grand écart de pauvreté entre une minorité aisée et une majorité bien plus démunie!
Se basant sur les statistiques du dernier recensement de 2014, un simple petit calcul permet, en effet, de constater que toute la province de Benslimane, composée de ses 15 communes, compte un total de 233.123 habitants dont 118.931 ruraux (51%). Cette population totale est répartie sur 49.108 ménages dont 46% existent en milieu rural contre tout le reste qui est concentré dans les trois municipalités de Benslimane (57.101 habitants), de Bouznika (37.238 habitants) et de Mansouria (19.853 habitants). Et sachant que la province s’étend sur une superficie d’environ 2.400 km2, dont plus de la moitié est constituée de terres agricoles, il devient donc perceptible que la grande majorité des habitants qui sont de petits agriculteurs vit dans la précarité, surtout avec la période de la sécheresse et des vaches maigres.
Le chassé-croisé urbain-rural


En effet, nombre de fellahs, qui possèdent des lopins de terre dans la province, broient du noir car ils sont désemparés et ne savent plus où donner de la tête. Tel est le cas de Saïd, qui n’a pas encore fini de payer ses traites et se noie dans l’alcool quotidiennement pour oublier qu’il a encore des années devant lui à racler ses fonds de tiroir. Agé de 35 ans, il a hérité d’un petit terrain à Bouznika où il voulait construire une petite ferme pour y planter des arbres, cultiver fruits et légumes, avoir des vaches laitières et des génisses, faire l’élevage de poules pondeuses… Il s’adresse donc à une banque et obtient, presque facilement, une première partie du financement. Cependant, ayant connu un peu plus tard une période désastreuse à cause de la sécheresse, il a été obligé de vendre son bétail et de délaisser sa ferme. Et la banque, qui a refusé de lui céder le reste de son emprunt, a manifesté son désir d’être payée dans les temps», dit-il avec une pointe d’amertume. Se demandant toutefois où est le rôle patriotique que devrait assumer le système bancaire au Maroc, il se souvient avec nostalgie de l’époque où Feu Hassan II, vu son affinité particulière avec la région de Benslimane, offrait des faveurs aux agriculteurs…
La culture dans tous ses états

«L’agriculture est l’activité la plus dominante dans l’économie de la province. La surface agricole utile (S.A.U) représente 55,8% de la superficie de la province, soit environ 133.920 hectares, dont 3.767 ha irrigués, répartie sur 14.033 exploitations agricoles», nous confie Zouhair Mohamed, chef de la Division des affaires rurales au niveau de la province de Benslimane, expliquant que la vocation agricole de la province est basée sur bien d’opportunités agricoles, telles que le sol très fertile, la pluviométrie importante généralement, le réseau routier assez dense, la proximité des grandes agglomérations, la production céréalière importante, les ressources en eau superficielles importantes avec deux oueds qui longent la province mobilisant quelque 110 millions de m3 par an, l’organisation professionnelle mise en place ainsi qu’un degré de mécanisation relativement important.
Toujours selon ce responsable, la province de Benslimane est découpée en quatre principales zones, à savoir la zone littorale (maraîchage, viticulture et élevage bovin), la zone centrale (céréaliculture et élevage ovin et bovin), la zone du centre sud-ouest (céréaliculture et élevage semi-intensif et extensif) et la zone Est (cultures fourragères, élevage extensif), précisant que les types de sol dominants peuvent être répartis en quatre grandes classes, à savoir le Tirs, le Harch, le Rmel, et le Mekzaz qui représentent respectivement 48, 10, 32 et 4% de la superficie totale.
Et d’indiquer, dans la foulée, que la taille d’exploitation agricole dans la province ressort généralement de 1 à 3 ha, faisant savoir, d’après l’analyse des données relatives au statut juridique de la S.A.U, que cette surface est dominée par la propriété privée (91%) avec 108.559 ha et le domaine de l’Etat (17%) avec 22.626 ha.
«La céréaliculture représente la principale activité de l’agriculture pluviale dans la province occupant ainsi 61% (81.850 ha) de la SAU. Les légumineuses (10.500 ha), les fourrages (8.605 ha) et les cultures industrielles (700 ha) représentent respectivement 7,8%, 6,4% et 0,5%», assure le chef de la DAR, soulignant, de fil en aiguille, des productions annuelles estimées, des viandes blanches à 24.000 tonnes, des viandes rouges à 7.642 tonnes, de la laine à 300 tonnes, du miel à 57,3 tonnes et des œufs à 500.000 unités.
Et de mettre en exergue que la viticulture et le maraîchage occupent aussi une place importante dans l’économie agricole de la province, précisant que pour la filière laitière, le mouvement coopératif (coopératives et d’associations professionnelles) s’élève à 120 coopératives agricole et 27 coopératives de collecte de lait avec une production moyenne entre 130 et 140 tonnes par jour.
Mi-figue, mi-raisin

«La superficie de la vigne de la province est de l’ordre de 3.720 ha, soit 73% de la superficie des plantations fruitières», a-t-il renseigné, insistant sur le fait que la filière viticole revêt une importance socio-économique notoire dans la province de Benslimane. Principale source de revenus pour 5.000 familles de producteurs, la filière crée 6 millions de journées de travail/an au niveau de l’entretien des plantations et des activités liées à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation de la production. «Elle représente également une source non négligeable de devises avec plus de 200 millions de dirhams générés tous les ans», d’après les données fournies lors de la 12ème édition du festival du raisin de la commune de Cherrat, qui a eu lieu en fin août 2019.
D’ailleurs, en parlant de ce fameux moussem annuel du raisin, c’est lors d’éditions précédentes que des décisions majeures sont prises. Comme pour la 7ème édition de 2012 où le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Aziz Akhannouch, avait déclaré que, dans le cadre du Plan Maroc vert (PMV), plus de 150 millions de DH devaient être injectés à Benslimane pour le développement de la viticulture. Néanmoins, plusieurs exploitants agricoles soutiennent mordicus que la province fait partie des exclus du plan !
Dans la province de Benslimane, l’aviculture et l’apiculture ne sont pas en reste. A ce sujet, Zouhair Mohamed nous informe que l’aviculture constitue une activité importante vu le nombre d’unités d’élevage existant et la proximité de la province des grands centres urbains pour le développement et la commercialisation des productions. Il cite, dans ce sens, un nombre de 110 unités d’élevage de poulet de chair, de poules pondeuses et de la dinde identifiées et qui ont une capacité d’élevage respective de 1.256.500 poussins, 527.880 pondeuses et 40.000 dindonneaux, ajoutant que le taux de remplissage de ces unités reste cependant étroitement lié à la conjoncture (la demande, le climat, le prix, la situation sanitaire, …)».
Côté apiculture, il a relevé que les données naturelles de la province, telles que l’importance de la superficie de la forêt et des plantes pollinifères, offrent de grandes potentialités à l’élevage apicole, regrettant néanmoins que ce secteur reste dominé par l’élevage traditionnel connu par sa faible productivité.
Concernant les ressources en eau souterraines (puits), la même source note qu’elles sont mobilisées pour l’irrigation dans la zone littorale où la nappe phréatique est peu profonde, signalant que l’irrigation par le système goutte-à-goutte a connu un développement considérable au niveau des exploitations modernes de la province pour l’irrigation de la vigne, du maïs fourrager, de l’olivier, etc.
Toujours est-il que, si ces indicateurs semblent positifs, ils ne sont pas tous au vert! C’est ce que s’accordent à dire certains acteurs du tissu associatif qui montent au créneau pour révéler certaines contraintes majeures de développement agricole dans la zone d’action de la direction provinciale de l’agriculture de Benslimane relatives principalement aux ressources en eau souterraines qui s’avèrent faibles, voire nulles dans une grande partie de la province, à la faible utilisation des facteurs de production entraînant des rendements faibles comparativement au potentiel de production de la zone, au ratio d’encadrement faible, au morcellement des exploitations agricoles, aux unités agroindustrielles limitées ainsi qu’à la faible mobilisation des eaux superficielles…