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Il faut comprendre l’attitude des Etats-Unis

Enquête juillet 2020

Il faut comprendre l’attitude des Etats-Unis

La crise au sommet de la BAD défraie la chronique. Aujourd’hui, son président Adesina est au cœur d’un véritable vortex qui risque de l’emporter. L’économiste togolais, Samuel Mathey, apporte son regard sur le sujet.

Les lanceurs d’alerte ont déclenché une enquête indépendante qui pointe du doigt le président Adesina… quel commentaire faites-vous ?

En effet, le 19 janvier dernier, des employés ont déposé sous le couvert de l’anonymat un document de 11 pages représentant 16 points de défaut de gouvernance reprochés au président de la banque, le Nigérian Akinwumi Adesina, et ce en matière de management, de recrutements inadéquats, de népotisme, de favoritisme, de corruption… Vous devez savoir que c’est la procédure standard de la banque et de toute institution financière de ce calibre, de par leur système de gouvernance. Quand des employés en interne ont des griefs en termes d’éthique et de gouvernance, ils peuvent alors déposer une plainte de manière anonyme auprès d’un comité d’éthique chargé de faire alors des enquêtes et suggérer les sanctions appropriées. Ce que les gouvernements africains doivent imiter en termes de gouvernance… C’est ce que la FAFEDE (Fondation pour l’Entrepreneuriat en Afrique) a mis en place avec sa plateforme «gouvbarometre.org».


On remarque une implication assez hostile des Etats-Unis, qui ne semble pas être en accord avec l’actuel président de la BAD. Pensez-vous que ce bras de fer créera des tensions au sein de l’institution panafricaine?

Il faut comprendre l’attitude des Etats-Unis. À la suite de la plainte, le comité d’éthique a diligenté une enquête, conduite par le Japonais Takuji Yano et a déposé un rapport de 8 pages qui exonère le président Adesina des 16 points de mal gouvernance… mais en même temps reconnaît que son enquête a des insuffisances car les lanceurs d’alerte ont refusé de venir témoigner par peur de perdre leur emploi… Au vu de cette insuffisance, les Etats-Unis ont alors demandé une enquête d’un cabinet indépendant pouvant garantir l’impartialité, la confidentialité et confirmer les résultats de l’enquête interne. Le président Adesina s’oppose à cette enquête indépendante, clamant son non-respect des règles des procédures de la banque. Entre-temps, chaque partie a commencé à aligner des soutiens: une demi-dizaine de pays européens s’est rangée derrière les Etats-Unis alors que des pays africains ont commencé à montrer leur soutien à Adesina. Nous nous retrouvons avec deux camps s’affrontant au sein de la Banque africaine de développement. La Côte d’Ivoire, en sa qualité de président des gouverneurs, a négocié comme solution intermédiaire de designer un consultant international qui allait conduire, non pas une nouvelle enquête indépendante, mais une évaluation de l’impartialité du rapport produit par Takuji. Les conclusions des travaux de cet expert indépendant, attendues très prochainement, permettront de déterminer la prochaine étape.

Selon vous, quelle sera l’issue de la situation et l’avenir d’Adesina?

On ne peut qu’émettre des hypothèses… car tout dépendra des conclusions de l’expert indépendant. S’il confirme l’impartialité des conclusions du rapport de Takuji, Adesina a de fortes chances d’être probablement reconduit pour un autre mandat de 5 ans en août, étant le seul candidat pour le moment… Si l’expert recommande la conduite d’une enquête complète… cela mettra la banque dans une situation où on commencera à parler de président par intérim, de possible appel à candidatures pour le poste de président.