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Entre carrière de pierre et carrière dans l’industrie

Dossier juillet 2020

Entre carrière de pierre et carrière dans l’industrie

Avec une bonne infrastructure d’accueil et sa proximité des deux grandes agglomérations du pays, la province de Benslimane dépeint une image à part du reste des régions. Son secteur industriel reste embryonnaire mais tout de même pourvoyeur d’emploi après l’agriculture.

Le secteur de l’industrie peut sembler discutable avec un taux de valorisation moyen des zones industrielles à Bouznika et Benslimane et d’une superficie qui se défend. Quoique, partant d’un constat de visu, la province peut mieux faire. Encore faut-il, toutefois, qu’elle règle d’abord deux problèmes majeurs qui sortent du lot: le premier concerne les carrières qui sont au nombre de 41 et le second a trait aux spéculateurs au sein des ZI. Mais pas de panique, le gouverneur de la province de Benslimane et sa team sont sur le coup. En effet, les autorités locales se sont sérieusement engagées à tout mettre en œuvre pour rectifier le tir auprès des habitants. En fait, une bonne partie d’entre ces derniers, dont des acteurs associatifs, pointe du doigt les exploitations de carrières de sable et de concassage de gravats qui menaceraient la forêt de Benslimane et toute la population locale. D’où les multiples contestations de part et d’autre. C’est ainsi que le gouverneur Samir Lyazidi, qui a été chargé de mission dans divers départements avant d’être gouverneur de Tiznit, promet pour remédier à la situation de déployer moult efforts afin de mobiliser le foncier nécessaire dans le cadre de la réalisation d’un projet prometteur. «Suggéré conjointement par le gouverneur de Benslimane et le ministre de l’Equipement et du Transport, ce pôle industriel intégré positionné sur les matériaux de construction et bâtiment pourra permettre notamment la restructuration complète de l’amont de la transformation des matériaux de construction, devant entraîner une amélioration des normes, procédés et technologies à utiliser au niveau des carrières», partage avec EE Abderrahim El Hamdaoui, chef du service économique à la préfecture de Benslimane, regrettant que ce projet de créer un parc industriel dans la commune d’Ain Tizgha soit toujours en phase d’apurement du foncier (155 ha) parce qu’il fait l’objet actuellement de litige avec des exploitants. Pour ce qui est du second bémol, ce responsable fait savoir qu’ils sont en conflit judiciaire avec certains spéculateurs au niveau des ZI de Bouznika et de Benslimane, soulignant qu’avec le projet porté par MCC (voir entretien) de la revitalisation et l’extension (à Cherrat) de la zone industrielle de Bouznika, la donne changera. «Elle changera également avec la volonté et la vision stratégique de l’actuel gouverneur qui a réussi à rameuter les troupes autour de projets innovateurs et porteurs», nous confie Mehdi Iraqi, DG de Multisac, spécialiste des emballages tissés. Il confie que la province de Benslimane a un petit hub industriel qui aura tendance à s’agrandir avec la venue du MCA, observant, au passage, qu’au niveau de son usine dans la ZI de Bouznika, la transition de l’agriculture vers l’industrie des employés est réussie. Ainsi, il veut bien avouer qu’au début il était sceptique par rapport au fait d’utiliser une mentalité agricole dans le milieu industriel.
«Il s’est avéré que ce sont des gens qui sont très honnêtes, très sérieux qui veulent se développer et qui en ont marre d’être pris en tenaille entre la saisonnalité agricole et la saisonnalité estivale alors que l’industrie est plus stable et sur le long terme. On emploie aujourd’hui une bonne partie d’anciens petits agriculteurs, de leur famille, de jeunes diplômés. Il y a un grand essor et nous avons également mis en place notre propre école de formation continue avec l’OFPPT, l’avantage c’est de sortir des classes pilotes avec des stagiaires de 12 mois avec 80% de leur temps en pratique et 20% de théorique sur une certaine culture d’entreprise», ajoute-t-il.
Par ailleurs, selon les données communiquées par Inforisk qui recense 600.000 sociétés à travers le royaume, Benslimane compte un maigre tissu économique composé d’à peine 2.312 sociétés actives en 2018. Ce chiffre comprend également les petits commerces patentés.
Pour sa part, Salmane Belayachi, DG du Centre régional d’investissement de Casablanca-Settat, nous confirme: «Le secteur industriel se caractérise par les industries chimiques et parachimiques, les industries électriques et électroniques, les industries mécaniques ainsi que l’industrie du cuir, implantées dans plusieurs zones d’activités, dont la principale va bénéficier d’un programme de développement et de réhabilitation dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé en début 2020 par le Millennium Challenge». Et de décrypter pour EE que la Province a bénéficié, au titre de l’année 2019, d’un flux d’investissements privés de l’ordre de 3,5 milliards de dirhams, à travers des projets approuvés par la commission régionale d’investissements, qui devraient générer 5.250 emplois directs, faisant état de la répartition sectorielle des projets d’investissement approuvés en 2019: Services divers (55%), Tourisme (20%), Industrie (12%), Bâtiment et travaux publics (7%) et Commerce (6%). Somme toute, la population locale savoure: «Une aube nouvelle se lève sur la province de Benslimane qui regorge déjà de potentialités économiques innombrables de par sa position géographique ainsi que la diversité des secteurs d’activités qui la caractérisent. Le message du gouverneur et de son équipe a trouvé écho auprès de nous et voici qu’est venu le temps pour Benslimane de se défaire de ses boulets pour enfin décoller». Wait and see alors…
Nonobstant, plusieurs visiteurs se demandent pourquoi il n’y a pas de grandes surfaces dans toute la province, hormis un moyen market à El Mansouria ? Ils s’interrogent également sur un autre rendez-vous manqué de Benslimane, qui devait héberger une technopole à l’image de Sofia Antipolis de Nice ! A la place, c’est la région de Rabat-Salé-Kénitra qui a hérité d’un Technopolis.