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Éducation la voie facilitatrice de la conscience

Entreprises juillet 2020

Éducation la voie facilitatrice de la conscience

La Fondation Tamkeen vient de prouver, témoignages à l’appui, que des transformations métamorphiques de systèmes sociétaux sur la base du potentiel humain peuvent s’opérer. Il suffit juste d’un peu de volonté, d’un brin de confiance et d’une bonne pincée de confiance en soi.

Vivement une nouvelle et réelle réforme dans le système éducatif au Maroc. C’est le message qui revient tel un leitmotiv sur bien des lèvres depuis déjà des décennies. Deux courants antagonistes véhiculent ce refrain. D’un côté, il y a ceux aux discours pessimistes qui ne cessent de voir le verre à moitié vide en claironnant: «Ne nous leurrons pas. Le système éducatif marocain est hélas toujours à la traîne par rapport à des pays plus avancés. Pis, il figure également derrière d’autres pays en développement dans le monde. Le royaume enregistre également un retard patent s’agissant de l’enseignement des sens des valeurs et du civisme aux enfants à l’école». Ces «défaitistes» n’hésitent pas non plus à évoquer: «La déperdition scolaire fait toujours parler d’elle au Maroc. Selon le rapport du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, environ 432.000 élèves ont quitté l’école en 2018. De la pauvreté des familles aux problèmes d’accès aux établissements scolaires dans le milieu rural, en passant par les impairs de l’école publique, ce sont moult raisons qui ont provoqué ce fléau qui continue de gangréner notre société».
Et de l’autre, l’on tend l’oreille aux plus optimistes avec leur vision d’un verre à moitié plein et qui plébiscite, a contrario, cette révolution, d’ores et déjà enclenchée par le Souverain. Ces professionnels avertis veulent bien croire qu’une nouvelle réforme aura le mérite de répondre aux desiderata des élèves et étudiants et de l’autre, de favoriser l’amélioration de la qualité des formations dispensées pour la hisser au niveau des attentes du tissu économique marocain, en quête de ressources qualifiées et de formations adaptées. Ils sont donc plus dans la logique de la seconde chance que celle qu’il n’y a pas d’issue à l’échec, décrochage et abandon scolaires.
Conscients que ce fléau ne pourra certes pas être éradiqué en un claquement de doigts, ils croient toutefois que ce serait possible de l’atténuer avec les initiatives idoines. Et justement, Tamkeen Fondation Communautaire pour le Développement Humain, platforme d’innovation sociale sise à Tanger, semble apporter des éléments encourageants et concrets à travers son approche innovante et originale. Pour mieux expliciter l’approche Tamkeen, Karima Kadaoui, cofondatrice et présidente exécutive de la Fondation, nous confie: «Il s’agit d’une approche qui permet de mettre à la lumière le potentiel humain, des communautés et des systèmes sociétaux et donc de créer les conditions de transformations métamorphiques sociétales», précisant que «Tamkeen facilite la mise en relation de leur processus d’auto-développement en créant des ponts de collaboration entre leurs communautés, assurant ainsi la durabilité des processus d’empowerment ayant émergé».
Pour cette responsable, il s’agit en fait d’un modèle d’auto-développement à part entière: «L’histoire de Tamkeen n’est pas juste celle d’une ONG d’empowerment communautaire, mais c’est surtout l’histoire de tous ceux et celles qui ont fait l’expérience de leur processus d’auto-développement, ayant changé leurs perceptions d’eux-mêmes, des autres et du champ des possibles au Maroc à travers l’approche Tamkeen». Dans ce sens, révèle-t-elle, la découverte de cette approche s’est faite avec le partage des expériences des cofondateurs de la Fondation qui sont aussi des membres de communautés diverses (quartiers, établissements scolaires et universitaires, communauté artistique, réseaux d’éducateurs, professeurs, secteur recherche, entreprises, Académie régionale).
D’ailleurs des témoignages poignants viennent confirmer que cette nouvelle démarche fonctionne. «Vous avez réveillé l’enfant qui était mort en nous. Nous vous promettons que, où que l’on soit, on ne laissera pas l’enfant qui est en nos élèves mourir», ont déclaré des étudiants futurs enseignants, à l’Ecole Normale Supérieure de Tétouan en 2015. De son côté, le directeur de lycée de 3.000 élèves dans la périphérie de Tanger a indiqué en 2016: «Avec Tamkeen nous avons trouvé la formule chimique à quelque chose de magique. Nous avons humanisé notre école».
En décodé, se familiariser avec l’approche Tamkeen, c’est prendre réellement conscience que l’apprentissage ne se fait pas seulement à l’école. Mais l’on constatera également et avec émerveillement le potentiel d’impact systémique des processus d’auto-développement de chacun.
Karima Kadaoui s’explique: «L’expérimentation du système éducatif ne peut se dissocier de celle des quartiers. Celles-ci ont, par ailleurs, pratiquement démarré en même temps (en 2011). De même, et en cohérence avec la nature de l’approche, nous facilitons le processus d’auto-facilitation par le système éducatif pour l’émergence d’écosystèmes d’apprentissage où écoles et quartiers apprennent à tisser des relations symbiotiques pour co-créer les conditions de l’épanouissement de leurs enfants/élèves». Elle fait aussi ressortir que l’approche Tamkeen est méta-créative et évolue dans une démarche de co-création avec ses partenaires en particulier le système éducatif marocain. Pour la présidente, «le système éducatif est le système sociétal à plus grand impact générationnel sur notre transformation sociétale. L’école est à l’image de notre société. Le regard porté par la société sur l’école et l’école sur elle-même a un effet Pygmalion».
Il faut savoir aussi, ajoute-t-elle, que dans le cadre de l’expérimentation, il a été question de l’émergence de niches métamorphiques et d’écosystèmes d’apprentissage. Et ce n’est pas tout. «En janvier dernier, lors d’une conférence internationale à Marrakech, l’Académie régionale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima a présenté notre approche Tamkeen dans le système éducatif régional, ce qui a inspiré beaucoup de pays présents, et nous avons donc été sollicités pour pouvoir partager notre approche avec des ministères de l’éducation d’autres pays», se réjouit-elle, notant que «suite à cette conférence, Saïd Amzazi, ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a demandé aux différents directeurs des Académies : comment allez-vous diffuser l’approche Tamkeen dans tout le pays?». Et c’est comme ça, fait-elle observer, que nous avons pu jouer un rôle de facilitateur des processus d’auto-facilitation de réflexion, de co-création pour que le système change de lui-même.
Et d’estimer: «L’on n’est plus dans cette logique d’experts qui arrivent et qui essayent d’importer des modèles d’autres pays, cela ne marche jamais de par le monde. Mais l’on est plutôt dans la valorisation de l’humain, du potentiel humain pour aller vers l’harmonie sociétale».
La présidente de Tamkeen Fondation Communautaire pour le Développement Humain va encore plus loin: «Ce qu’a révélé la Covid-19 sur le sentiment de soi collectif de notre société et la résilience de nos systèmes sociétaux, en particulier le système éducatif, nous a aidés à nous rendre compte qu’un changement de paradigme de développement s’impose».
Dans cet esprit, elle se projette dans l’avenir: «Le regard porté sur l’expérience vécue et le langage de son explicitation trouvent difficilement des référentiels de causalité et/ou d’association dans l’ancien modèle de développement. Aussi, le nouveau modèle ne propose-t-il pas des solutions à nos problèmes sociétaux mais de les transcender ensemble avec un autre regard pour pouvoir laisser émerger des processus organiques à fort potentiel de transformation».