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Benslimane, j’y vais, j’y gagne…ou pas !

Dossier juillet 2020

Benslimane, j’y vais, j’y gagne…ou pas !

Réputée pour son agriculture, sa verdure, mais aussi pour ses montagnes, ses plages et sa forêt occupant le quart de la superficie de la province entière, elle a de quoi plaire aux touristes… même si elle n’a pas vraiment où les loger.

L’Ifrane de la Chaouia. Telle a été Benslimane autrefois. Et c’est ce qu’elle peut et doit être à nouveau, même si elle est passée sous la coupe de Casablanca-Settat. Selon plusieurs observateurs, c’est chose possible grâce aux particularités de la province, que ce soit du côté de son microclimat ou de son potentiel de tourisme vert, balnéaire, montagnard et forestier. En parlant du domaine forestier, Zouhair Mohamed, chef de la Division des Affaires Rurales au niveau de la province de Benslimane, énumère: «Le quart de la province est constitué de forêts avec une superficie de l’ordre de 57.392 ha. Ce secteur vient en 2e place après l’agriculture dans le mode d’utilisation du sol et ses formations végétales très diversifiées du genre: chêne-liège, thuya de Berbérie, oléastre, jujubier, Tizgha, etc.». Faisant également ressortir que les forêts de la province présentent un intérêt multiple qui va de l’écologique à l’économique, le responsable glisse pour le premier aspect que la région de Benslimane présente, grâce à l’impact bénéfique de la forêt sur son climat, une particularité et une originalité climatique exceptionnelle qui fait d’elle un pôle d’attraction touristique eu égard à sa position géographique entre les deux grandes métropoles du Royaume.
«Le second aspect se matérialise par la diversité des produits forestiers qui engendrent des recettes forestières importantes versées sur le compte des communes rurales et faisant de la forêt de la province un vecteur de promotion et de développement du monde rural et ce, conformément aux dispositions du Dahir du 20 septembre 1976 relatif à l’organisation de la participation des populations au développement de l’économie forestière», relève-t-il. Abondant dans ce sens, M’Barek Afiri, président de la Commune El-Mansouria, se complaît à souligner que la province de Benslimane recèle d’importantes potentialités naturelles favorisant le développement touristique. «En effet, outre le littoral atlantique disposant de belles plages, la province est dotée d’un important patrimoine forestier influant positivement sur le climat qui devient doux à l’intérieur et constitue un facteur favorable pour la détente des visiteurs en provenance des villes avoisinantes», concède-t-il avant de lancer que la province dispose d’une série de sites touristiques dont la majorité demeure vierge nécessitant une mise en valeur rationnelle en matière d’aménagement. Parmi ces sites qui ont besoin de revalorisation, il cite le littoral qui a déjà la chance de s’étendre sur une longueur de 35 km, et qui plus est, est réputé pour la beauté de ses plages (Bouznika, Dahomey, Plage David, Pont-Blondin, Essanaoubar, Bahia Beach, Sablettes, Mimosas, la Corvette) et la qualité de leurs eaux de baignade, notant que la partie côtière est devenue l’une des destinations les plus attractives du Royaume. D’ailleurs, un haut responsable à la préfecture de la province, qui rend les armes concédant volontiers ce point, affirme défendre la même cause et donne la promesse qu’un projet de réaménagement et mise en valeur prendra incessamment forme à partir de la plage de Cherrat. Affaire à suivre…
Des ressources vert marine

«La réputation de la beauté de ces plages offre la possibilité de pratiquer divers sports nautiques tels que la voile, la plongée sous-marine, le motocross, etc. D’où la nécessité d’investir dans la valorisation des potentialités naturelles de la province, notamment sa forêt, ses montagnes, son microclimat, sa vocation écologique et sa situation au cœur de l’aire métropolitaine Casablanca-Rabat, ses lacs et oueds et son littoral pour développer un tourisme naturel et balnéaire, de sport et pourquoi pas de santé», vante Afiri, non sans s’attarder sur El Mansouria qui s’est embellie ces 10 dernières années. Brossant un tableau d’un éclairage magnifique en bleu éblouissant à la nuit tombée, il va même jusqu’à confier que plusieurs propriétaires de résidences sur place sont contents et ne regrettent absolument pas leur investissement immobilier! «Ils se réjouissent du fait que le chemin vers leur bureau à Casablanca est plus accessible désormais de leur domicile à El Mansouria que leurs collègues habitant à l’intérieur de la capitale économique grâce à une circulation beaucoup plus fluide. Cela vient confirmer qu’il ne s’agit plus d’une commune de transit ou de la commune qui vivait uniquement les 3 mois d’été», s’enorgueillit Afiri, ajoutant qu’en cette dernière décennie s’est créé un noyau de population résidante suite à l’émergence de résidences secondaires le long de la côte. «L’élément attractif ici c’est la mer. Et donc grâce à cet atout naturel et auquel s’ajoute la petite forêt du côté de Oued N’fifkh, la commune d’El Mansouria, qui s’étale sur 70 km2, a connu un grand boom, un rush urbanistique, depuis la mise en place du plan d’aménagement en 2012». A ce sujet, Afiri rappelle l’anecdote que El Mansouria qui faisait partie de la région Chaouia-Ouardigha était un mariage contre nature: «Depuis le découpage provincial de 1978, une nouvelle province a été créée dans le but de rapprocher Benslimane de Settat et de Sidi Rahal. En faisant ça, Casablanca a été mise dans un fer à cheval. Un jour, une haute personnalité m’a demandé de lui raconter comment se fait-il que Bouznika soit adossée à la Chaouia? J’ai dit que nous sommes assis entre deux chaises et que nous Cherrat, Bouznika et Mansouria, nous ne reconnaissons pas dans le découpage de Benslimane et qu’il serait plus logique d’être avec Mohammedia plutôt, sachant aussi que sur le plan ethnique nous sommes la continuité de la tribu de Zenata! Suite à cela une doléance a été signée par feu Ahmed Zaidi pour Cherrat, M’hamed Karimine pour Bouznika et moi-même pour El Mansouria qui a été adressée au roi Mohammed VI pour revoir le découpage administratif. Deux mois plus tard, la commission consultative sur le plan d’aménagement a été créée et notre requête n’a pas abouti puisqu’on a intégré la région Casablanca-Settat à travers Benslimane». Revenant sur l’intérêt touristique que peut avoir un touriste pour la province, Afiri n’a pas omis d’évoquer la proximité des infrastructures, espérant des jours meilleurs pour l’aéroport de Benslimane. A ce propos, contacté par nos soins, l’ONDA nous a confirmé que le projet de l’Aérotropolis est en stand-by et que cet aéroport, dont le projet est encore à l’étude, est sous le giron de la Direction Générale de l’Aviation Civile, relevant du ministère du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Economie sociale.
Pourtant, l’on ne cessait de scander, haut et fort depuis juin 2013, que l’aéroport de Benslimane deviendra le premier hub du fret aérien et qu’il se préparerait pour devenir un aérotropolis où l’ONDA a promis d’y bâtir une cellule économique, industrielle, commerciale et sociale. Ces promesses de l’aérodrome du futur ont été ressassées jusqu’en 2016, depuis c’est le blackout !
En demi-teinte


Mais pourquoi ce désintérêt patent à l’égard d’une infrastructure qui peut être plus que bénéfique pour la région? A cette question, Afiri répond tout de go: «L’aéroport de Benslimane, c’est un accident de l’histoire. En fait, du temps de Mohamed Kebbaj qui était wali de la région du Grand Casablanca et gouverneur de la préfecture de Casablanca (2005 et 2009), l’assiette foncière qui était derrière le siège de l’OCP où il y a avait l’aéroport Casa-Anfa a été prisée par les autorités locales. Donc il a été décidé en 2007 de fermer définitivement l’aéroport d’Anfa, rediriger son trafic commercial vers l’aéroport Mohammed V et de transférer les dernières activités à l’aéroport de Benslimane. Mais une fois le terrain récupéré, on ne s’est plus soucié de Benslimane!».
A cet égard, si d’aucuns s’accordent certes à dire qu’un aéroport opérationnel dans la région de Benslimane aura le mérite de soulager le goulot d’étranglement au niveau de l’aéroport de Casablanca ou de Rabat, ils se demandent toutefois où ces touristes étrangers seront logés finalement?
Constat patent dans la province : zéro hôtel dans la ville de Benslimane qui ne peut compter que sur quelques maisons d’hôtes dispersées çà et là, un petit appart-hôtel à Zimer Beach au niveau d’El Mansouria et le dernier-né l’hôtel Vichy Célestins à Bouznika. En clair, dans toute la province, il n’existe que cet hôtel 5 étoiles pour accueillir les touristes ! Pourtant, la région était bien partie dès 2003 pour accueillir un projet d’envergure initié par le groupe Accor avec la BCM (actuellement Attijari). Cette dernière avait en effet assignée la mission à sa filiale CAPRI de boucler le projet Bouznika Bay porté par le fils de feu Driss Basri et de le céder à des opérateurs hôteliers pour la gestion des pôles hôtelier et loisirs. In fine, le projet est tombé à l’eau ainsi que le projet d’un centre de conférence avec ! Bouznika Bay a perdu de son éclat sans sa discothèque et restaurant et la ville a dû se contenter d’un complexe d’habitat social maquillé en HLM balnéaire.
C’est dire que la province Benslimane n’est pas épargnée de vrais couacs sur le plan hôtelier, alors qu’elle a une vocation touristique et qu’elle est censée, comme l’avait dit Feu Hassan II, être une échappatoire et pour les Casablancais et pour les Rbatis.
Quoi qu’il en soit, les touristes nationaux et internationaux, à défaut de leur trouver une solution, bifurquent vers les différentes sortes d’auberges existantes in situ et en même temps laissent libre court à leurs hobbies: pêche, chasse, randonnée, alpinisme… En parlant de chasse, par l’importance de la couverture végétale et la disponibilité en eau, le gibier est dans un biotope favorable pour sa conservation et son développement. Sur ce registre, Hamid Louraoui, chasseur et président d’une association à Benslimane, nous explique que le Département des Eaux et Forêts appuie et encourage le recours à la chasse organisée par la politique d’amodiations du droit de chasse à des associations ou des sociétés de chasse sur la base d’un cahier des charges qui définit les actions et mesures à mettre en place pour l’amélioration cynégétique des terrains amodiés, notant qu’au Maroc c’est réparti comme suit: chasse touristique (32%), chasse associative (18%) et 50% pour la chasse dominante qui est pratiquée dans les territoires ouverts à tous les chasseurs (chasse dite banale). «Ce loisir est pratiqué actuellement par plus de 80.000 chasseurs nationaux et près de 3.000 touristes cynégètes étrangers», rapporte-t-il, soutenant que le secteur cynégétique revêt actuellement une place de choix sur les plans socio-économique, culturel et récréatif. Et d’estimer que la chasse est non seulement une pratique de gestion rationnelle des populations de gibier, mais également un outil de développement local dans la mesure où plusieurs secteurs parallèles tirent profit de cette activité, notamment les équipements de chasse, les armuriers, le transport, l’hôtellerie, la restauration et les unités de production de gibiers d’élevage, etc. En outre, les touristes non chasseurs, mais amateurs de golf plutôt, trouveront leur bonheur avec les trois parcours existants à Benslimane, Bouznika et El Mansouria.