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A la recherche d’un nouveau curseur !

Édito juillet 2020

A la recherche d’un nouveau curseur !

Le Maroc est en train d’amorcer un virage protectionniste. Avec un manque de lisibilité et de visibilité économique. Depuis que le «consommer marocain» est validé par la Loi de Finances rectificative 2020 (LFR), c’est désormais «mon pays first»: préférence nationale, surtaxation douanière, restrictions ou interdictions des importations… Pourtant, il fut un temps où le Maroc avait fait le choix de l’ouverture à travers le commerce et les investissements directs étrangers (IDE). Cette ouverture s’est matérialisée par la signature de plus de 50 Accords de Libre-échange qui donnent au pays l’accès à plus d’un milliard de consommateurs.

Aujourd’hui, on se rend compte que, finalement, ce modèle d’importation et d’exportation à tout-va est menaçant pour l’économie nationale. Le choix d’instaurer la liberté d’exporter ou d’importer n’a pas pu constituer un véritable moteur de la croissance économique. Les performances ont été plutôt décevantes. Pire, il présente des risques. Et pour cause, avec un PIB qui dépend fortement de l’extérieur et des secteurs exposés à la concurrence mondiale, la crise mondiale en cours ne fera qu’aggraver la récession.

Mais si l’ouverture a des effets négatifs, le protectionnisme aussi. Le Maroc est déjà passé par cette expérience, sans résultat probant. Le taux de couverture dans les années 70 frôlait les 40%. Si la tentation protectionniste se ravive, le protectionnisme ne doit pas être réactionnaire, comme on le voit maintenant. Les choix doivent être réfléchis et les risques mesurés. Encore faut-il pour cela avoir un véritable ministère de l’Economie et pas seulement un ministère des Finances. Dont le souci a été plus celui d’engranger les recettes pour combler le déficit que de protéger l’industrie nationale.


Une succession de non-choix ne constitue pas une stratégie. Aujourd’hui, de nouvelles initiatives sont nécessaires. Le monde n’a jamais vécu dans une ouverture totale ou un protectionnisme total. Il y a toujours un degré d’ouverture optimale pour une économie. Il s’agit de chercher un nouveau curseur. Le nouveau modèle de développement en gestation devrait être pensé à la lumière de ce sweet spot. Une révision globale des accords de libre-échange conclus s’impose, tout comme un rééquilibrage des relations commerciales avec les partenaires. Le Maroc doit en effet changer son fusil d’épaule et procéder à un ajustement de sa politique de privatisation et à une gestion intelligente des Accords de libre-échange via de nouveaux instruments, de nouvelles normes, de nouveaux circuits de distribution… Il faudra trouver la meilleure recette pour mieux gérer l’ouverture extérieure, avec cette fois moins de dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur et plus d’autonomie territoriale. Penser en termes d’autonomie est plus que nécessaire. C’est un acte de souveraineté.