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les grands projets “contaminés”

Economie juillet 2020

les grands projets “contaminés”

D’importants projets devaient voir le jour courant 2020. Si le Coronavirus est venu chambouler les agendas de certains qui speedaient pour livrer dans les temps leurs projets, d’autres se frottent les mains parce qu’ils n’auront ni à rendre des comptes, ni à répondre d’un retard…

CasArts et son coup de barre
Les Casablancais n’ont pas encore vu la couleur du fameux projet culturel qu’on leur a promis. Annoncé en grande pompe le 16 octobre 2014, le Grand Théâtre de Casablanca (CasArts), un des plus importants complexes culturels d’Afrique et du monde arabe, n’a pas encore été officiellement inauguré. Prévue en 2018, la livraison du chantier s’est allongée, coûtant au passage sa place au secrétaire général de la préfecture d’Anfa qui a été muté à Guelmim et remplacé sur-le-champ par Hamid Touti, un cadre de la Direction générale des collectivités locales. Le roi Mohammed VI avait fait part, à cette occasion, de sa déception aux autorités administratives et autres élus de Casablanca, sans oublier le maître d’ouvrage (Commune de Casablanca), le maître d’ouvrage délégué (Casablanca Amenagement SA) ainsi que les Architectes du Projet, en l’occurrence le tandem Christian de Portzamparc (architecte de conception) et Rachid Andaloussi (architecte d’exécution. Une deuxième date de livraison a été fixée à mars 2019 puisque l’état d’avancement des travaux avait été estimé à plus de 95% de taux de réalisation en janvier 2019. Pourtant, la date est encore différée, ce qui suscitera une deuxième colère royale. Disons-le tout de go, bien avant la crise de la Covid-19, aucune visibilité réelle ne pointait à l’horizon par rapport à l’inauguration de ce projet, d’un coût d’investissement de 1,4 milliard de dirhams, qui doit comprendre une salle de spectacles de 1.800 places, une salle de théâtre de 600 places, un village pour les artistes et les techniciens et une place de concerts en plein air pouvant accueillir jusqu’à 35.000 personnes. Mais pour quel budget de programmation? Sur ce dernier point, les 20 millions de dirhams alloués semblent ridicules, sachant qu’ils peuvent à peine payer les coûts de 2 ou 3 opéras par exemple alors que le seuil minimal pour pouvoir rentabiliser un théâtre de cet acabit est de 200 spectacles par an!
Du plomb dans l’aile de l’aéroport Rabat-Salé
Les travaux pour la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport Rabat-Salé doté d’un budget d’investissement qui s’élève à un peu plus de 1,6 milliard de dirhams sont actuellement à l’arrêt. Ce projet, financé par les fonds propres de l’ONDA (596 millions), la Banque africaine de développement (825 millions) et l’Agence française de développement (220 millions) a été démarré, en 2018, et sa livraison était prévue entre le dernier trimestre de 2020 et le premier trimestre de 2021. Ce terminal 3, fort attendu par la population de la ville lumière et ses environs, est censé apporter une capacité d’accueil additionnelle de 4 millions de passagers par an et quadrupler la superficie de la plateforme aéroportuaire en passant de 20.000 m² actuellement à plus de 80.000. L’Office a aussi mis les petits plats dans les grands en prévoyant la construction d’un parking de 1.300 places avec des voies d’accès au terminal et l’extension d’un nouveau parking d’avions qui permettra d’accueillir 6 avions supplémentaires dont des gros porteurs de type A380 sans limitation de charges. Cependant, si, avant que la Covid-19 ne pointe son nez, d’aucuns espéraient vivement que le chantier ne s’éternise pas pendant 10 ans comme ce fut le cas pour le terminal 1 de Casablanca, maintenant, ils temporisent en souhaitant que ce projet soit maintenu et qu’il reprenne tout bonnement!

Les abords de la Mosquée Hassan II aux abois
La promenade maritime de la Mosquée Hassan II, dont les travaux ont démarré en janvier 2017, n’en finit pas de décevoir ! Non seulement elle n’a pas été livrée dans les délais impartis (soit 18 mois après son lancement), mais elle est aussi sortie de terre en étant non conforme au budget alloué. En effet, ce projet doté de 200 millions de dirhams d’investissement pour bâtir un parc public, une allée piétonne et une digue maritime protectrice, qui n’a vu finalement le jour qu’en juillet 2019, ne correspond pas du tout aux maquettes initiales. Loin s’en faut. En fait, le résultat final n’a rien à voir avec ce qui a été annoncé sur le site de Casa Aménagement puisque la promenade en question promettait des espaces de détente, des aires sportives, des kiosques, des sanitaires publics ainsi que des espaces de jeux pour enfants. Et encore une fois, ces manquements ont valu aux gestionnaires de la ville, en l’occurrence la commune, une énième colère royale. Ce qui a poussé certains d’entre ces responsables à faire allusion, à plusieurs médias, que ce projet allait être finalisé dans sa globalité et inauguré officiellement en 2020. Mais c’était sans compter le Coronavirus qui retardera sûrement la réalisation d’un chantier censé être organisé en trois pôles, festif, balnéaire et naturel et supposé accueillir également un système de tramway électrique, une piste cyclable et un système de traitement des eaux grises grâce à des jardins biofiltrants… Les responsables du projet n’ont finalement pas réussi à concrétiser un projet qui a été conçu par le cabinet québécois Lemay et la société marocaine Géodata et inspiré du concept du jardin à étages, proposant une véritable procession de la ville vers l’océan. Au lieu de ça, ils ont donné naissance à cette promenade noyée sous les détritus de toute nature…
Barrage aux barrages ?
En prévision de la réalisation des grands barrages annoncés récemment, l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos a approuvé, quelque temps avant l’apparition de la Covid-19, son projet de plan d’action et de budget au titre de l’exercice 2020 qui porte sur une enveloppe totale d’environ 84,6 millions de dirhams, avec un budget d’investissement qui s’élève à près de 33 millions de dirhams, dont le huitième provient de subventions. Cette bagatelle devait être allouée principalement au financement de projets de prévention des inondations (5 millions), la restauration et l’entretien des barrages et la restauration et réparation des biens publics hydriques (14 millions), l’évaluation des ressources hydriques (7 millions), la modernisation de l’administration (3 millions), ainsi que la protection et la préservation des ressources hydriques (4 millions). On l’aura tous compris, vu que tout est pratiquement à l’arrêt, l’on pourra supposer que le budget d’investissement sera, en principe, revu à la baisse et que quelques aménagements vont être opérés… Coronavirus oblige. Mais pas que ça, affirme une source proche du dossier qui évoque des rixes à fleurets mouchetés au sein du Conseil d’administration de l’Agence au sujet de la répartition du budget. Et de pressentir que ces querelles intestines s’amplifieront sous la pression de la crise sanitaire…


On ne change pas une équipe qui perd
Le complexe sportif d’Al Amal est encore dans un piteux état et ce n’est pas demain la veille qu’il sera relifté! Pourquoi tant de retards pour sa réhabilitation alors que les travaux d’aménagement ne devaient pas dépasser 24 mois d’une exécution ayant débuté en mi-2018 ? Pourquoi ce projet traîne toujours malgré le fait qu’il figure dans le plan stratégique 2015-2020, quasiment arrivé à son terme ? Cette nonchalance incontestable de la part des responsables du projet n’a pas changé d’un iota, même si des images du site dans un état de délabrement avancé ont largement été relayées sur la Toile. Celles-ci n’ont finalement réussi qu’à susciter de vives réactions des internautes et certainement pas à faire bouger les choses et livrer dans les temps ce projet. Au contraire, ce dernier a repris de la lenteur avec l’avènement de la société de développement local Casa Events dont la gestion et réhabilitation du site lui ont été confiées par le Conseil de la ville. C’est dire qu’en élargissant les prérogatives de cette société, la mairie a la mémoire très courte. Car, elle a oublié le fiasco de la réouverture du complexe Mohammed V en avril 2017, dû à une rénovation, ayant duré plus d’une année et coûté 200 millions de dirhams, pas du tout réussie! Reste donc à savoir si le complexe «Al Amal», connaîtra le même degré de négligence et de gaspillage de temps et d’argent? Toujours est-il qu’une chose est néanmoins sûre: Ce n’est pas la Covid-19 qui a sonné le glas du «retapage dans les normes» d’un complexe qui abritait, annuellement et jusqu’en 2015, le tournoi Grand Prix Hassan II de tennis avant de déménager à Marrakech!

L’ancienne médina de Casablanca aux oubliettes
Au Maroc, comme à l’accoutumée, les responsables de projets prioritaires et phares, tels que le programme II du projet de réhabilitation et de mise à niveau de l’Ancienne Médina de Casablanca, ne se bousculent guère au portillon pour respecter les deadlines de livraison! Alors que ce chantier devait être finalisé en début 2020, l’Agence urbaine de Casablanca s’est à peine décidée, à la mi-octobre 2019, de lancer un appel d’offres pour «l’élaboration d’un plan de revitalisation du centre historique de Casablanca-Patrimoine du 20e siècle» qui comprend la réhabilitation de la médina ! Il semblerait toutefois que l’agence urbaine et la mairie de la capitale économique avaient d’autres chats à fouetter! «Mais eu égard aux multiples effondrements enregistrés, dont certains ont même coûté leurs vies à des habitants», sont tentés de dire plusieurs observateurs, «le projet d’une enveloppe budgétaire globale de 300 millions de dirhams devait, de fait, être placé en tête des priorités», soulignant qu’»il est primordial de garder à l’esprit qu’à cause du retard dans ce projet, les habitants de l’Ancienne Médina, patrimoine classé national, sont confinés dans des logements menaçant toujours ruine et vivent dans des conditions qui auraient pu être sensiblement améliorées si l’agenda avait été religieusement respecté.

Des hôtels sacrifiés sur l’autel de la crise
A cause du Coronavirus, les prévisions du Conseil régional du tourisme de la région Casablanca-Settat ainsi que de la SMIT tombent à l’eau. En effet, en août dernier la direction du CRT a mis officiellement en avant l’ouverture à Casablanca, en 2020, du Hilton Garden Inn 4 étoiles près de Sidi Maârouf ainsi que de deux autres hôtels (4 et 5 étoiles) en plein centre-ville. Cette annonce a été confirmée par les perspectives, affichées en janvier dernier, de la délégation du tourisme de Casa-Settat prévoyant que 12 nouveaux hôtels seront ouverts à l’horizon 2020 dans la capitale économique. D’un autre côté, le président de la SMIT, avait précisé en 2019 dans les médias au sujet de la station Taghazout Bay (SAPST) que «les 5 étoiles Marriot Resort et Pickalbatros (groupe égyptien) ouvriront courant 2020». Plus encore, même Forbes a intégré, en 2019, cinq grands établissements, situés à Tanger, Rabat et Tétouan dans la liste des 40 ouvertures d’hôtels de luxe les plus attendues au monde en 2020. Maintenant si la Covid-19 a effectivement été la cause de la suspension des travaux et par la même du report des inaugurations de certains établissements touristiques prévues cette année, d’autres en revanche, qui avaient stoppé en cours de route leur chantier faute de moyens ou autre, n’étaient juste pas prêts encore à couper le ruban et voient en cette crise une aubaine pour bien fignoler le tout…

Le zoo de Ain Sbaâ jeté aux lions
Après presque six ans de travaux, la rénovation tant attendue du zoo de Ain Sbaâ, qui a mobilisé une enveloppe de 250 millions de dirhams, se fait toujours désirer. Pourtant l’annonce de son inauguration se voulait imminente. Et avec les circonstances actuelles, cette ouverture, sans cesse reportée (prévue en fin 2016, puis au cours de 2018, ensuite en avril 2019 et enfin en décembre 2019), n’aura sûrement pas lieu en 2020. Financés par le ministère de l’Intérieur, via la DGCL (130 millions), la commune de Casablanca (80 millions) et le Conseil de la région (40 millions), les travaux de la réhabilitation avec un espace boisé de 5 hectares ainsi que d’un parc animalier (2,5 ha) et d’un parc de jeux (2,5 ha) ont connu des blocages, bien avant la venue du Coronavirus. Si certains rappellent que la réalisation de ce projet gigantissime, n’est pas une mince affaire, d’autres évoquent un concept de «safari» inadaptable au Maroc, car il doit allier paysagisme et zootechnie et se baser sur la zoo-immersion afin de plonger le visiteur dans une recréation de l’habitat originaire des animaux suivant les aires géographiques (Afrique, Asie, Amérique). D’après ces derniers, le concepteur espagnol RFD (Rain Forest Diseño), qui est aussi concepteur et gestionnaire du Bioparc de Valence, se devait juste de réhabiliter un zoo qui a vu le jour en 1928. C’est ainsi que sont mises à l’index et l’étude de faisabilité d’un tel projet et l’implication du maître d’ouvrage (la commune de Casablanca) et du maître d’ouvrage délégué (Casablanca Aménagement) dans une réalisation aussi contraignante qui nécessite beaucoup de moyens et le savoir-faire pour le gérer. Et sachant que le déficit des recettes communales a atteint 7,7 milliards dirhams en 2019, soit 2 milliards de plus que le budget annuel de Casablanca, l’on peut aisément en déduire que le côté pécuniaire n’est pas leur fort! «Ces créances en souffrance contraignent la mairie à rembourser chaque année 290 millions de dirhams de crédits bancaires, dont 130 millions d’intérêts», scandent en chœur des économistes, en tirant la sonnette d’alarme sur la faillite imminente de la plus grande ville du Maroc à cause de la négligence des services communaux…

Que des tuiles à la gare Rabat-ville
Classée monument historique, la gare de Rabat-Ville fera peau neuve certes, mais pas prochainement. Pour 450 millions de dirhams, il s’agit en fait de concrétiser l’œuvre de l’architecte marocain Abdelwahed Mountassir qui consiste en la reconversion de l’ancienne gare et son extension. Ainsi, la gare de Rabat-Ville se transformera en une galerie d’art et connaîtra la couverture de la tranchée ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment Voyageurs de trois niveaux (16.000 m²). Lancés par le roi Mohammed VI, le 7 mars 2016, les travaux de construction de la gare Rabat-Ville devaient se terminer 28 mois plus tard, soit en septembre 2018. Un an et demi plus tard, le chantier est quasiment à l’arrêt et l’on est loin de voir l’inauguration officielle en 2020. Les raisons sont liées bien sûr au Coronavirus mais pas uniquement. Selon des navetteurs Rbatis, après avoir démarré avec entrain et panache, le projet a commencé à montrer des signes d’essoufflement dès la première année. Le chantier aurait-il été stoppé net faute de moyens ? Nul ne sait ! Dans l’entre-temps, la gare Rabat-ville, dont l’extension a été vivement critiquée par l’Unesco en juillet 2019, est sens dessus dessous et devra tout de même accueillir le flux des voyageurs, redirigé par l’Office national des chemins de fer qui a décidé de fermer, le samedi 18 avril, les gares Rabat-Agdal et Salé Tabriket dans le cadre des mesures préventives pour limiter le risque de propagation du coronavirus.

Mazagan fait chou blanc
Mazagan a décidément la guigne. Le resort, qui a coûté un investissement de 3,1 milliards de dirhams, a essuyé des difficultés depuis son ouverture en 2009 et a même dû se repositionner en lorgnant des clients essentiellement marocains et moins bling bling. Maintenant, à cause de la Covid-19, il voit l’extension de son projet freinée dans son élan. En effet, conçu pour 150.000 habitants, ce chantier situé entre El Jadida et Azemmour, était jusqu’au début de 2020 encore en cours de réalisation. «C’est une expérience de ville déconnectée du réseau. On y fabrique tout : une grande université, des incubateurs, un musée, des habitations, etc. Les premières maisons seront construites d’ici à fin 2020», avait même déclaré l’architecte en charge, Tarik Oualalou en juillet 2019 dans les colonnes de notre confrère Jeune Afrique. Ayant démarré, il y a un peu plus de deux ans, ce projet urbain, cofinancé à hauteur de plusieurs milliards de dirhams par le Maroc et l’OCP, réunis au sein de la société d’aménagement SAEDM, était censé réinventer Mazagan pour en faire «une ville nouvelle et innovante». C’est ce qu’avait, en tous cas, assuré Oualalou, fondateur de l’agence d’architecture et d’urbanisme Oualalou + Choi qui s’occupe du projet urbain de Magazan et dont les travaux allaient bon train il y a à peine trois mois. Mais au bout du compte, ses prévisions sont tombées par terre à cause de la pandémie et il faudrait un miracle pour que l’extension de Mazagan, cette gigantesque station balnéaire sur 250 hectares se réalise à temps, c’est-à-dire avant la fin 2020.