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Le Maroc traîne derrière ses concurrents

Economie juillet 2020

Le Maroc traîne derrière ses concurrents

Au moment où la Tunisie et la Turquie ont d’ores et déjà pris les devants pour aguicher des clientèles locale et étrangère afin de booster au mieux leur secteur touristique, le Maroc traîne la savate avec une tutelle absente et des institutions lentes au démarrage.

Au Maroc, les opérateurs touristiques ne savent plus à quel saint se vouer! Entre un ministère de tutelle qui n’a jamais été réellement à l’écoute de leurs desiderata et un gouvernement qui vient de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 10 juillet et qui n’a aucune visibilité quant à l’ouverture des frontières, ils sont désemparés et envient leurs homologues tunisiens ou turcs qui ont pris une longueur d’avance.
Et il y a de quoi être jaloux sachant que dans un pays dont le ministre du tourisme se veut rassurant avec une déclaration apaisante, accueillante et surtout directe «On n’attrapera pas le Covid-19 en Tunisie», les choses y semblent plus claires. Ce pays, qui comptait à la mi-juin une cinquantaine de décès du Covid et qui ouvre ses frontières le 27 juin avec la programmation de deux vols en provenance du Luxembourg et de l’Italie, n’a aucunement l’intention de renoncer à la saison estivale. Forte d’un ministère décidé à aller de l’avant et à faire aussi revenir touristes locaux et étrangers, la Tunisie détient un argument de taille qui plaide en sa faveur: elle ne représente aucun risque d’ordre sanitaire pour ses visiteurs car toutes les précautions ont été prises dont un protocole Covid-19 adopté par tous les opérateurs du secteur qui ont d’ailleurs repris leurs activités dès le 4 juin 2020. Baptisé «Ready and safe», ce protocole sanitaire, finalisé et approuvé par toutes les parties prenantes, a été envoyé aux représentations diplomatiques en Tunisie mais également aux chancelleries tunisiennes à l’étranger. Voici donc un pays avec un plan concret et des citoyens disciplinés qui invitent les touristes à préparer volontiers leurs valises.

La Tunisie pour un tourisme durable et non de masse
Consciente qu’il s’agit, dans un premier temps, de relancer le tourisme intérieur en attendant l’international qui suivra, la Tunisie a donc lancé des campagnes promotionnelles pour inciter les nationaux, un peu frileux, à séjourner dans les zones touristiques. Le gouvernement en a fait sa priorité, leur a promis de bénéficier de toute son attention et s’est engagé à préserver leur santé et celle des leurs en axant la première partie de la campagne promotionnelle destinée au local sur un message phare «Covid-Safe: Il ne faut surtout pas avoir peur de prendre des vacances». Mais ce n’est pas tout. Les professionnels du secteur, les autorités et tous les intervenants assurent que le Tunisien sera privilégié cet été, et que des tarifs préférentiels sont même prévus.
Par ailleurs, le ministre du tourisme tunisien Mohamed Ali Toumi a également fait savoir récemment dans une interview avec leur média local le site Webmanagercenter que «le tourisme de demain sera axé sur la culture, la nature et l’environnement, l’agriculture, l’écologie et bien sûr un balnéaire repensé. Nous allons diversifier nos produits et nos marchés. Nous devons répondre à la demande et enrichir notre offre pour la proposer à nos partenaires». Et de prédire qu’il s’agit de redéfinir les modalités de voyage dans une optique de qualité et non de quantité, pour un tourisme qui doit être durable et non de masse.
En clair, le ministre estime qu’il s’agit d’aller vers un tourisme intelligent où la découverte de l’autre et des vertus humaines prend le dessus sur la frénésie de simples défoulements ou changement de cadre.
Avec toutes ces mesures prises par le gouvernement tunisien, le pays prouve, encore une fois, qu’il a fait ses devoirs, qu’il a mûrement réfléchi et surtout, ne l’oublions pas, qu’il a pris en compte l’alerte lancée par l’Organisation mondiale du tourisme. Celle-ci évalue la baisse du tourisme en 2020 à 80%, soit entre 850 millions à 1,1 milliard de touristes en moins et des revenus qui peuvent reculer de 910 milliards à 1,2 trillion de dollars.


La Turquie n’en démord pas
Idem pour le cas de la Turquie avec sa campagne communicationnelle des plus coriaces. Elle n’a décidément pas besoin de boussole pour chercher le meilleur chemin afin de redonner du charme à son tourisme, d’autant qu’il lui a généré plus de 34,5 milliards de dollars de revenus l’an dernier, avec 42 millions de touristes étrangers.
«En Turquie, où les revenus du tourisme apportent une contribution importante à l’économie, le gouvernement avait déjà fixé au jeudi 28 mai le lancement de la saison touristique. Et bien que l’épidémie ait fait près de 4.800 morts dans le pays, les autorités veulent croire que la saison estivale est loin d’être perdue», nous explique Said Tahiri, expert en tourisme et ancien directeur général de la Confédération nationale du tourisme qui précise que Istanbul comptait plus de touristes que d’habitants en 2019!
Il continue d’expliquer que sur le terrain il y a un dialogue permanent avec les agences de voyages en Allemagne et en Russie qui sont les principaux marchés du tourisme turc, précisant que les avancées de la Turquie dans le domaine de la santé et le tourisme ont accru la confiance envers elle dans les pays occidentaux.
«Développer le tourisme local, organiser des journées à la plage, faire la promotion des sports individuels, installer un cinéma en plein air, décaler les horaires d’ouverture des structures d’accueil pour mieux s’adapter au rythme de vie post-Covid, proposer aux artistes locaux de venir animer des ateliers… Quel avant-goût appétissant qui démontre que les municipalités se préparent et que les initiatives se multiplient», souligne notre source.
Notons, en outre, que plusieurs voyagistes et hôtels, pour attirer les voyageurs après trois mois de confinement, prévoient de réduire les prix et offrir des rabais substantiels. Aussi, certains directeurs d’hôtels, pariant sur les visiteurs nationaux pour garder les choses à flot jusqu’à ce que les voyageurs étrangers puissent être persuadés de revenir, ont organisé une «vente chaude» d’une semaine – une sorte de Black Friday de mi-année qui s’est conclue ce mois-ci avec une hausse conséquente de réservations!

La beauté ne sauvera pas le Maroc !
«Le Maroc a besoin de plus d’initiatives comme celles-ci pour commencer à réactiver l’industrie car il y emploie dans les 700.000 de façon directe en plus de ceux de l’informel», a estimé un consultant en développement touristique qui reste coi face à ce qui se passe dans le plus beau pays du monde. Se souvenant de ce slogan générique, lancé il y a plusieurs années par l’Office national marocain du tourisme (ONMT), cet expert ne peut se retenir d’évoquer la citation de Fiodor Dostoïevski «la beauté sauvera le monde».
«Sous les cieux marocains, il s’en passe de drôles de choses! La vérité c’est que notre Exécutif est limite aux abonnés absents pendant que la Tunisie et la Turquie mettent les bouchées doubles», tonne Said Tahiri, précisant: «Je suis très déçu du flou qui entoure nos décisionnaires. Nous sommes le 16 juin et nous n’avons aucune visibilité encore sur l’ouverture de nos frontières. Les professionnels n’arrivent pas à signer des engagements avec leurs partenaires internationaux… Quand vous savez, à titre d’exemple, que 4 Italiens sur 5 souhaitent passer leurs vacances à l’étranger et que les TO ne vont pas attendre que notre Exécutif se décide enfin sur une date précise, il n’est pas étonnant de voir ces voyagistes se diriger vers d’autres destinations qui sont déjà programmables, comme la Turquie et la Tunisie. Voilà donc que nous sommes passés à côté d’une véritable opportunité, et que nous récoltons à la fin un manque à gagner concret pour l’industrie touristique marocaine!».
Même son de cloche du côté de plusieurs experts de la place qui reprochent, par ailleurs, aux professionnels marocains de ne pas avoir fait comme les opérateurs turcs et tunisiens qui ont su capitaliser leur temps durant la période de confinement pour mettre en place des cycles de formation de leur personnel.
Déplorant également le réveil tardif de l’ONMT, ils pointent du doigt cet Office qui n’a tenu une visioconférence que le 12 juin avec les Présidents du Comité des Conseils Régionaux du Tourisme du Maroc pour discutailler d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) que compte déclencher l’ONMT. Lors de cette réunion, l’on a fait mention d’une campagne de co-marketing qui sera lancée suite à l’AMI et dont la finalité est de rapprocher l’offre touristique de chaque région du client final marocain. «Et pendant que l’ONMT s’essayait, en titubant, d’aller vers la promotion de nos destinations et de nos offres touristiques, avec la présentation grotesque d’une étude simpliste de la perception et du comportement du consommateur marocain pendant et après le confinement, pour démontrer un besoin réel de voyager chez les Marocains, les Exécutifs tunisien et turc avaient déjà eux communiqué leur plan et déployé des dispositifs!», fustige avec véhémence le directeur d’une chaîne hôtelière à Marrakech. De fil en aiguille, ce responsable dénonce le je-m’en-foutisme de la ministre du tourisme qui a brillé par son absence au tout début de la crise pour émerger de l’eau en plein Hémicycle, le 8 juin dernier, et servir aux députés un plan de relance très vague qui mise sur le tourisme interne principalement! En parlant de vague, ce professionnel qui a blanchi sous le harnais dans le tourisme, enchaîne en soulignant que la ministre, qui avait pourtant des marges de manœuvre à négocier au sein du Comité de veille économique, aurait préféré ne pas créer de vagues. Est-ce par manque de niaque ou par peur de perturber les establishments? Dans les deux cas, tout le monde s’accorde à dire que si elle veut rester en poste et ne pas suivre les traces de ses derniers prédécesseurs qui ont échoué lamentablement, elle se doit de cultiver sa détermination et défoncer les portes du politiquement correct, telle une gladiatrice!