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Nabil Benabdellah

Interview juillet 2020

Nabil Benabdellah

Pur produit de grandes écoles françaises, ce Rbati était à la tête de deux départements ministériels stratégiques. Au moment présent, celui qui tient les rênes du Parti du Progrès et du Socialisme milite bec et ongles pour un contrat politique nouveau avec une justice sociale. Pour EE, il se confie sur tout.

Comme tous les Marocains vous avez vécu le Covid depuis début mars. Y a-t-il des contraintes ou des opportunités à saisir pour un mieux-être social et économique pour le pays ?

J’estime que l’occasion est plutôt propice pour saisir les opportunités. C’est dans les moments de crise que nous pouvons initier les meilleures réformes. Quand tout va bien, l’on a tendance à s’endormir sur ses lauriers. Par conséquent, tout ce qui est erreurs et imperfections qui ont été mises à nu, – notamment en termes de précarité et de pauvreté, d’absence de revenu minimum de dignité, d’absence de couverture sociale universelle et de couverture sanitaire et de fragilité du système public d’enseignement, d’éducation…-, doit nous servir d’enseignements. Il faut que l’on comprenne que s’il faut investir dans quelque chose, c’est bel et bien dans un modèle de développement qui promeut l’individu, la société marocaine dans son ensemble avec des droits sociaux et économiques pour tout le monde. Cette crise du corona a su révéler qu’il n’y a pas de redistribution des richesses et que le système privé ne permettait pas à lui seul de développer l’économie. A mon sens, il faut un investissement public fort et il faut que l’Etat joue son rôle plein et entier pour faire en sorte que le Marocain soit mis au centre de toute politique de développement.
Alors que plusieurs partis politiques ont complètement disparu de la circulation, d’autres ont fait des sorties, qui rappellent, à s’y méprendre, les discours électoraux de porteurs de chapelets de vœux pieux. Concrètement, que préconise le PPS pour la relance post-Covid ?


Très honnêtement, pour beaucoup le PPS s’est distingué dans cette phase de confinement. Nous avons su prouver qu’en tout cas le parti du Livre peut réfléchir, sait faire des propositions et peut non seulement présenter ses lignes directrices mais peut également les meubler et leur donner du contenu. D’où une vision plus détaillée que nous avons au bout du compte intitulée les propositions du PPS pour un contrat politique nouveau. Nous avons ainsi mis en relief trois axes majeurs: «Un plan économique de relance», «L’éradication de la précarité et la pauvreté, concrétiser la justice sociale et promouvoir la culture» et «Approfondir la vie démocratique et l’édification institutionnelle». Le choix de ces questions n’était pas fortuit car nous savons qu’elles sont toutes imbriquées et qu’elles œuvrent toutes à élever le niveau général de notre population.

Eclairez-nous justement sur ces moyens concrets à déployer pour amortir le choc en matière économique et sociale…

Au PPS, nous estimons qu’il y a des mesures incitatives au bénéfice des entreprises qui maintiennent les postes d’emploi et celles qui créent des emplois nouveaux. Nous pensons qu’il faut maintenir les engagements des investissements des administrations, des établissements, des entreprises publiques, des collectivités territoriales et accélérer leur réalisation. Il faut savoir que l’un des moyens de relance, c’est l’impératif de maintenir ces niveaux d’investissements. De même, les administrations ne doivent pas laisser tomber les chantiers importants mais plutôt les choses superfétatoires. En d’autres termes, il s’agit de prioriser les projets qui ont été passés entre collectivités locales et entreprises pour aller gérer la situation des zones reculées et des quartiers défavorisés et autres. Cela va créer de l’activité économique et développer l’emploi. Ce sera bénéfique pour tout le monde.

Mais pour avoir une économie productive post-Covid, quelle est la position du PPS?

Sortis du confinement, il ne faudra pas tomber dans les mêmes erreurs. Et là je fais allusion à la lenteur bureaucratique des mécanismes d’appels d’offres de l’Administration. L’on ne peut plus se permettre une attente de 40-60 jours! Il faut simplifier les procédures de publications et de réalisations des marchés publics, tout en renforçant le contrôle a posteriori. Mais maintenant il faut lancer les chantiers, il faut que ça bouge. C’est pour cela que nous pensons à réduire ces délais à 20 jours pour cette période exceptionnelle. Et l’Administration et l’Etat doivent jouer un rôle fondamental. Dans la foulée, il faut qu’il y ait une indemnité comme celle de l’IPE au bénéfice de toutes les couches professionnelles. Sur ce point, nous pensons spécialement au monde agricole avec les petits agriculteurs, qui sont tenaillés entre, d’une part, le Covid et, d’autre part la sécheresse. Il faut donc leur apporter un soutien exceptionnel.

Mais encore ?

Sur la base de ces mesures nous réitérons que la première partie de notre plan consiste à donner la priorité au rôle de l’Etat. Car ce qui est clairement apparu à l’échelle mondiale, lorsque ça ne va pas, tout le monde revient vers maman! Donc l’Etat doit jouer un rôle fondamental dans l’orientation et la régulation de l’économie. C’est pour cela que nous pensons qu’il faut mettre en œuvre un plan stratégique intégré qui mette en valeur les nouvelles priorités pour accompagner des programmes opérationnels concrets. Dans ce cadre, il faut instaurer des systèmes d’orientation de la production et de la consommation, du contrôle et de la régulation de la concurrence des prix, de la qualité, de la protection du consommateur et du produit national. A ce titre, il faut donner la priorité à l’investissement public qui doit intervenir de manière massive pour soutenir les grands plans économiques et industriels de développement, soutenir des secteurs stratégiques économiques et sociaux, consolider les infrastructures et les grands travaux et renforcer la commande publique. Maintenant, l’occasion est idoine pour que l’Etat fasse travailler à travers la commande publique de grandes, moyennes et petites entreprises et accorder la priorité aux entreprises marocaines. Il faut aujourd’hui produire marocain, penser marocain, et consommer marocain. C’est fondamental et c’est ce qui va permettre la relance.

Dans votre document, vous soulevez des approches financières et budgétaires innovantes. Qu’entendez-vous par cet axe ?

Grosso modo, nous pensons que pour affronter cette période de crise, il s’agit d’opter pour un déficit budgétaire exceptionnel, avec une plus grande souplesse par rapport au principe de la rigueur budgétaire pour une durée d’au moins 2 ans. Cela se manifeste aussi à travers le recours équilibré à l’emprunt intérieur et extérieur en vue de financer l’investissement public dans des secteurs prioritaires ou de sauvegarder des emplois, tout en montrant une grande prudence afin de contenir les tensions inflationnistes.
En parallèle, il est également question de mobiliser l’épargne publique pour financer le budget général à travers le lancement d’un emprunt obligataire dont le rendement est exonéré d’impôt.
Autre mesure, nous proposons d’entreprendre une réforme fiscale équitable et d’adopter la loi-cadre sur la fiscalité. Ceci étant, il faut d’abord commencer par supprimer le régime des exonérations fiscales après 5 années d’exercice pour l’entreprise à l’exception des activités à caractère social. Dans ce sillage, nous estimons qu’il faudra supprimer la déductibilité fiscale en faveur des contributions au fonds Covid, pour éviter de diminuer de près de 10 milliards DH le montant réel des dons.
Par la même occasion, nous avons pensé à mettre en place une contribution de solidarité, à la charge des assurances et des entreprises bénéficiant de monopole d’Etat, tels que la CDG, l’OCP, l’ANFCC, l’ONCF, l’ANP, etc. Ils ont les moyens donc ce n’est pas grave s’ils participent pour plus de solidarité!
En dernier lieu, nous estimons que pour justement drainer des financements pour les entreprises, il faut les encourager à s’introduire en Bourse. C’est important car cela va dégager des moyens nouveaux et va faire rentrer de plus en plus de structures économiques dans une transparence totale pour notre pays. Le tout pour faire en sorte que nous puissions redémarrer la machine.

En parlant justement de financement, à votre avis, le secteur bancaire a-t-il pleinement joué son rôle durant cette période ?

Pas vraiment. Et là aussi l’Etat doit intervenir et apporter son soutien en tant que garant de l’entreprise nationale pour pouvoir obtenir des financements plus souples. Il ne faut pas laisser l’entreprise seul à seul avec le secteur bancaire et le secteur du financement. Autre chose, il faudrait affecter des aides aux entreprises en difficulté sous forme de prêts à long terme et de restructuration à des taux d’intérêt bas destinés en priorité à régulariser les salaires des travailleurs et les créances des fournisseurs. Parce que si tu paies tes fournisseurs, ils s’acquittent de leurs dettes également et du coup, tu fais tourner la machine!
Dans le même ordre d’idées, il faut penser à accorder des crédits proportionnels aux chiffres d’affaires, avec les garanties toujours de la CCG dans la limite de 80% avec un taux d’intérêt de 2% (1% pour BAM qui le garantirait et 1% pour la banque) mais avec une période de grâce d’un an pour le bénéfice des entreprises qui s’engagent à sauvegarder leur emploi. Autre fait important à souligner, nous disons qu’il est primordial de maintenir les lignes de crédit négociées avant la pandémie. Il ne faut aucunement que la banque vienne leur dire maintenant que le contexte est difficile, donc les choses ont changé!
Et last but not least, il faut impérativement contrôler la distribution des dividendes dans les entreprises durant les exercices 2020 et 2021. Et là je parle de certaines banques principalement. Et d’un, c’est indécent en cette période de crise et de deux, ces dividendes doivent être réinjectés dans l’investissement!

Tout le monde sait que l’économie ne peut être relancée que par la consommation interne. Mais comment faire pour stimuler le consommer marocain ?

Dans les mesures que nous proposons, il est question de préserver l’emploi et donc les revenus. Le fait de demander à ce qu’il y ait un revenu social, un revenu minimum de dignité, c’est lutter contre la précarité et transformer cette frange de la société en citoyens qui ont les moyens de consommer, pas énormément certes, mais ils en auront. L’idée est que l’activité de l’entreprise reprenne en la soutenant et en développant l’investissement public et en permettant à ce que nous puissions lancer de grands chantiers et soutenir de grands travaux et projets industriels. Tout cela crée de l’activité en cascade et du coup crée du revenu dans le commerce, dans l’activité touristique et par ricochet crée de la consommation. A partir de là nous pourrons développer une consommation nationale sachant que si nous produisons marocain, nous allons maîtriser nos ressources en devises, réduire le prix du produit fini et pouvoir à la fois développer de nouveaux secteurs qui vont créer de l’emploi et des revenus.

Selon vous, ne faut-il pas essayer de trouver des formes de soutien pour adopter un filet social contre cette bombe sociale qui va éclater ?

Notre première mesure sur le champ économique, c’est justement le rôle central de l’Etat pour orienter et réguler l’économie et soutenir l’activité économique. Donc son rôle en termes d’investissement public est important pour faire en sorte que l’accompagnement du secteur privé se fasse dans les meilleures conditions, pour des décisions politiques, fiscales, douanières et aussi en rapport avec la recherche scientifique, la culture… l’Etat est au cœur de tout et il n’y a que l’Etat qui puisse faire bousculer les choses. En conséquence, il faut un Etat fort, un Etat social dans le même temps qu’il soit un Etat démocratique et pour qu’il puisse à la fin adopter une sorte de filet social à cette bombe prête à exploser.
Le Maroc est-il sur la bonne voie pour tout ce qui est politique de digitalisation, et quel en sera l’impact sur l’emploi ?

Il ne faut surtout pas avoir peur de cela. Au contraire, dans notre projet nous proposons la digitalisation comme nouveau secteur d’investissement aux côtés de l’économie verte, de l’écologie et de l’économie sociale et solidaire. En termes d’emplois, l’on va en créer plus que nous allons en perdre. Il ne faut pas oublier qu’il y a des restructurations qui vont s’opérer. C’est vieux comme le monde, il y a des métiers qui se perdent mais il y en a d’autres qui se créent. Dans ce sens, nous préconisons comme mesure de positionner le Maroc comme un Hub régional en matière de stockage des données et de services Cloud via l’investissement dans une Vallée Technologique connectée au réseau fibre optique africain et avec l’Europe, dans certaines régions enregistrant un retard dans le domaine de l’infrastructure.
Et que pensez-vous de l’écart qui s’élargit de plus en plus entre la nouvelle génération, les politiques et le pouvoir ?

C’est cela justement qu’il faut recréer. Nous avons pu réaffirmer les liens et la confiance entre l’Etat et le citoyen. Nous avons pu faire cela au début de la pandémie car tout de suite les gens ont fait confiance à l’Etat parce qu’il y avait du sérieux, il y avait de l’anticipation, etc. Nous pensons que pour la période à venir, il s’agira de conforter la confiance entre les citoyens et les institutions, de renforcer le rôle des élus et des collectivités locales et de renforcer le champ politique. Il faut des partis plus sérieux et il faut également permettre à ces partis de se mouvoir par eux-mêmes. Donc ceux qui sont sérieux seront maintenus et auront la confiance et se réconcilieront avec les citoyens tandis que ceux qui ne le sont pas seront appelés à disparaître. Je suis certain que tout cela va permettre de créer les conditions d’une crédibilisation de l’action politique et institutionnelle et va permettre de réconcilier le citoyen avec la chose publique.

Honnêtement, quel bilan faites-vous du gouvernement El Othmani ?

Nous avons essayé de les soutenir au maximum même en tant que force d’opposition parce que nous étions dans un moment qui exigeait la solidarité nationale.
Oui mais est-ce que le gouvernement était à l’écoute de vos propositions, vous qui êtes dans l’opposition ?

Disons que l’écoute nous l’avons plus eue des autorités publiques, du CVE, du ministère de l’Intérieur au niveau sécurité. Mais politiquement, l’on aurait pu concrétiser, ensemble, des choses nettement plus intéressantes. Maintenant je ne sais pas comment on va agir avec des aptitudes qui feraient qu’il n’y ait pas de débat ni de respect mutuel entre opposition et majorité!
Quelle est votre lecture du champ politique depuis que le PJD a pris les commandes ?

Cela dépend de quelle version du PJD! Dans le premier gouvernement pjdiste, il y avait une volonté d’affirmer la présence politique. Mais ensuite l’on a tous constaté malheureusement dans quel état de désunion il apparaît. D’ailleurs avant la pandémie, on a signalé à plusieurs reprises qu’ils passent plus de temps à se tirer dessus et à se faire des croche-pieds qu’à s’occuper des projets de réforme et à avoir en ligne de mire 2021. Nous l’avons remarqué, nous en avons fait part et je ne vous cache pas que cela fait partie des raisons qui nous ont poussés à quitter ce gouvernement. En fait, nous avons claqué la porte parce que nous vivions de l’intérieur des choses inacceptables, sans oublier qu’il y avait une sorte de campagne électorale avant l’heure!
A ce propos justement, croyez-vous qu’une reddition des comptes de l’Exécutif, par rapport aux circonstances économiques difficiles que nous vivons aujourd’hui et aussi par rapport aux manquements observés, devra se faire dans les urnes, lors des prochaines élections ?
De toute manière la reddition des comptes dans les urnes c’est le moyen le plus démocratique pour faire en sorte que l’opinion publique et les citoyens puissent s’exprimer. C’est une règle démocratique fondamentale. Mais l’essentiel aujourd’hui est que ce gouvernement a encore la possibilité de se rattraper dans la gestion de cette phase. Nous espérons juste qu’il va le faire. Dans tous les cas de figure, nous serons là pour jouer notre rôle, pour nous opposer à ce qui n’est pas bien et pour soutenir tout ce qui peut aller dans le bon sens pour le pays.
Quand on sait, d’après les économistes, qu’il faudra dans les 120 milliards de dirhams pour financer notre redressement économique, ne pensez-vous pas que la tenue des élections en 2021 sera tout bonnement une perte d’argent et qu’il serait plus judicieux de les reporter ?

Du point de vue et partant du stade démocratique qui est le nôtre, serions-nous meilleurs qu’un certain nombre de pays comme la France, comme des pays européens qui ont des échéances électorales, la Pologne…?
Mais nous n’avons pas les moyens de ces pays…

Il ne faut pas parler de moyens. L’organisation des élections nécessite quelque centaine de millions de dirhams. Et ce n’est pas cher payé du moment que cet argent va contribuer à rallier les structures démocratiques du pays et permettre à certaines personnes d’être mises aux commandes afin de consentir à un débat démocratique. La vie démocratique doit continuer d’exister. Et il faut faire attention avec ce genre d’argument, parce que c’est comme ça qu’on éteint la démocratie. La démocratie a un prix. Ne pas tenir les élections en 2021 revient à dire, comme le scandent certains, qu’il faut relancer l’entreprise et que ce n’est pas le moment d’investir dans la santé publique ou dans l’éducation. La démocratie aussi ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité ; et si on le sait pas, l’on va tomber dans des orientations qui seront aux antipodes de la Constitution.
Et pendant qu’on y est, pourquoi le Maroc n’aurait-il pas une sorte de shadow gouvernement, à l’instar des pays appliquant le système de Westminster ? Cela ne serait-il pas plus judicieux que de déclencher une motion de censure à laquelle certains députés pensent ?
D’abord, le PPS a été le premier à avoir parlé de motion de censure. Et j’ai dit: si on n’avait pas été dans une période d’unité nationale, de mobilisation nationale nécessaire étant donné la désunion totale affichée par le gouvernement, j’aurais demandé à ce qu’on présente une motion de censure. Maintenant, il faut savoir que ce n’est pas parce qu’il y aura un shadow cabinet que des choses se feront plus vite.

Mais ne serait-il pas bien d’avoir ce genre de cabinet pour présenter l’alternative quand l’Exécutif rate le coche ?

Mais c’est ce qu’on fait maintenant dans l’opposition. Et encore une fois, ce n’est pas parce qu’on aura un shadow gouvernement qu’on ne pourra pas présenter une motion de censure. Maintenant ça peut marcher dans des pays comme la Grande-Bretagne!

Pourquoi ?

Parce que concrètement, ils n’ont que deux partis. Alors que chez nous, cela signifierait que tous les partis de l’opposition devraient avoir eux-mêmes chacun un gouvernement fantôme.
Pensez-vous que le groupe de 35 personnes de la CSMD aussi bien qualifiées soient-elles pourra nous dire en 6 mois ou même 9 comment sera le Maroc de demain ?

La Commission a pour rôle d’écouter et de débattre. Et c’est ce qu’ils font. Et quel que soit le projet qu’ils vont déposer, je pense qu’ils sont capables, étant donné le nombre de personnes qualifiées, de produire un document intéressant. Mais quand ça sera fait, ce n’est pas la Commission qui va instituer le gouvernement. C’est là que la nécessité de la démocratie s’impose. Parce qu’au bout du compte, il y a la nécessité d’avoir des choix politiques, de compter sur un gouvernement. Et les urnes reflètent justement la volonté populaire. Ce que va produire la Commission sera à titre indicatif, point barre. Leur projet ne va certainement pas devenir le nouveau dogme, car il y a la Constitution! Après avoir rendu sa copie, il faudra l’appliquer et dans son application il faut des hommes et des structures politiques, des élections. Il faut donc que la démocratie vive!

Fort d’une quarantaine d’années dans la politique et de plusieurs mandats ministériels, qu’auriez-vous fait autrement si vous étiez toujours au gouvernement pendant cette crise sanitaire ?

Tout d’abord, j’aurais tapé sur la table pour que le gouvernement soit plus homogène. J’aurais aussi crié haut et fort pour qu’il joue un rôle politique plus affirmé. Qui plus est, je n’aurais jamais accepté que la loi 22-20 soit adoptée au Conseil de gouvernement ! Ensuite, j’aurais fait ressortir dès le départ que le soutien aux couches les plus défavorisée doit se faire de manière plus importante pour que certaines personnes n’en soient pas privées. J’aurais également appelé à ce que le gouvernent soit plus présent dans le débat public en associant le maximum de personnes. Et j’aurais bataillé pour qu’au sortir de la crise, nous luttions, pour de vrai, contre la précarité et la pauvreté. Et non pas recommencer à fermer les yeux et continuer avec la politique de l’autruche! Donc si nous avions été là, j’aurais rugi pour dire STOP, maintenant il est clair qu’il faut changer d’orientation !