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Tourisme entre crise du Golfe et crise du Covid-19

Entreprises juin 2020

Tourisme entre crise du Golfe et crise du Covid-19

Le Covid-19 a déclenché une crise inédite du tourisme qui rappelle aux opérateurs celle vécue au lendemain de la guerre du Golfe. À les croire, le Maroc gagnerait énormément à tirer des enseignements du désastre de 1990-1991 pour remettre aujourd’hui le secteur en selle.

«Avec le coronavirus, l’industrie touristique marocaine est sur le point de vivre une grande crise depuis celle qui a suivi la première guerre du Golfe en 1990. Et toute l’économie nationale, vu le poids du secteur dans le PIB du Maroc, sera impactée sérieusement», tels sont les maîtres mots de Jalil Benabbès Taârji, administrateur et directeur général du groupe Tikida, qui, en cette période de crise sanitaire, nous fait remonter dans le temps, à l’époque de la crise du Golfe. C’est ainsi que le président de l’ANIT (Association nationale des investisseurs touristiques) et ancien président de la Fédération du tourisme de la CGEM confie à EE: «En fin février-début mars 1991, la guerre du Golfe a laissé derrière elle un secteur du tourisme bien sinistré au Maroc avec des retombées drastiques. D’ailleurs, j’ai démarré ma carrière en janvier 1990, à peine quelques mois avant le début de la première guerre du golfe Persique. J’étais en plein dedans et j’ai pu constater de visu que l’activité était en chute libre. Durant cette période je comptais plus de mouches que de clients dans l’hôtel!». Et de rappeler: «La crise du Golfe était de par sa nature une première du genre, tout autant qu’est aujourd’hui le Covid-19. C’est là un point commun qu’ils ont. Aussi, le secteur privé vit son premier traumatisme et les pouvoirs publics sont désemparés à l’instar de ce qui s’est passé il y a trente ans! Seule différence, tout le monde n’a pas été pris de court entre 1990 et 1991, pas comme maintenant». Un autre observateur de la place adhère certes au point de vue de Taârji, mais tient, tout de même, à ajouter des précisions: «La crise du Golfe a été extrêmement violente et difficile à digérer avec des baisses dramatiques des nuitées en 1991. Par exemple à Marrakech, le taux d’accroissement annuel moyen était de -60,5% du côté des touristes français, de -65,6% pour les Anglais, de -47,1% pour les Allemands, de -32,2% pour les Italiens et de -21,1% pour les Espagnols». Et là où le bât blesse, relève-t-il, c’est que cette décroissance est intervenue sans fermeture des établissements touristiques (Voir encadré).

Apprendre des leçons du passé
«Pendant la seconde guerre du Golfe, certains hôteliers dépendant plus du tourisme domestique ont effectué des baisses de 60% des prix des nuitées pour relancer la machine. Suite à cela, des personnes ont saccagé ces établissements, à tel point qu’il y a eu la création de ‘Renovotel’ (fonds de financement conjoint avec les banques dédié à la mise à niveau des établissements d’hébergement touristique éligibles instauré en 2003). Mais après coup, tout ce qui est rénovation et mise à niveau leur a coûté bien plus cher que ce qu’ils ont gagné en offres promotionnelles!», estime notre contact, ajoutant néanmoins que le Maroc gagnerait à déclencher un fonds similaire pour aider le secteur en période de vaches maigres. En revanche, pour Taârji, le fonds Renovotel n’a rien à voir avec la crise du Golfe. «Ces fonds sont venus apporter des réponses à un constat du secteur et afin que des hôtels qui avaient besoin d’être rénovés puissent le faire. Pour alléger le coût de cette rénovation, l’Etat a mis en place un instrument censé être alléchant pour ces opérateurs. En vérité, c’est un instrument très correct et s’il n’a pas accroché, c’est tout simplement parce que plusieurs de ces entreprises n’étaient pas «bancables», voilà qui est dit! Quoique maintenant un mécanisme de financement adapté à la réalité actuelle des hôtels suite au Covid-19 serait le bienvenu», estime-t-il. Pour sa part, Rochdi El Bouab, PDG du Louvre Hotels Group, garde un souvenir au goût amer de l’après-crise du Golfe et souligne que l’on pourrait apprendre des leçons des crises précédentes. Toutefois, il fait remarquer que le coronavirus a un caractère spécifique puisqu’il a obligé les autorités à barricader totalement le pays, pronostiquant que 2020 sera la pire année de la décennie. Maintenant, s’il est vrai que cette crise sanitaire a un caractère spécifique, il n’en demeure pas moins qu’au moment où la première guerre du Golfe a frappé, les hôteliers marocains ont été choqués. Pour eux, le Covid-19 vient de déclencher, trente ans plus tard, un état de stress post-traumatique.


Une position ouverte génératrice de pertes
«Le problème dans le début des années 90 est que nous étions obligés de rester ouverts alors qu’il était souhaitable de fermer pendant 2-3 mois», se remémore ce professionnel du tourisme, expliquant: «Nous aurions aussi souhaité, aujourd’hui à cause de la crise sanitaire, fermer nos portes officiellement pendant toute la période du confinement. En effet, il faut savoir que les hôtels n’ont pas été interdits d’ouverture comme c’est le cas pour les cafés, bars et restaurants. Alors que rester ouvert est extrêmement pénalisant pour un hôtel car nous avons un très haut niveau de charges fixes. Elles ne varient pas en fonction du nombre des clients. Les ampoules sont allumées qu’on ait 50 ou 500 clients!». A ce propos, Lahcen Zelmat, président de la FNIH (Fédération nationale de l’industrie hôtelière) a souhaité rebondir sur un aspect très pénible pour tous les hôtels: les factures exorbitantes d’électricité qu’ils payent sur la base d’un coût de consommation identique à celui des ménages. «C’est vraiment inadmissible que nous payions des factures salées d’eau et d’électricité alors qu’un secteur comme le textile paye la consommation de l’électricité au prix du coût réservé à l’industrie. Il faut savoir qu’un hôtel au Maroc paie généralement entre 400.000 à 500.000 dirhams par mois en consommation d’électricité et entre 100.000 et 200.000 dirhams pour l’eau!», s’indigne-t-il ajoutant que l’État n’accorde pas suffisamment d’importance au secteur.