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«L’ENVASEMENT ENTRAÎNE D’ENORMES PERTES»

Business Focus mai 2020

«L’ENVASEMENT ENTRAÎNE D’ENORMES PERTES»

La problématique du stress hydrique est aujourd’hui une priorité nationale. Acteurs du secteur privé, État et société civile demeurent tous sur le qui-vive. Dans un entretien accordé à Buisness Focus by EE, Imad Boulabat, Directeur Général du Groupe Wilo Maroc, revient sur l’urgence d’adopter une gestion rationnelle et efficace des ressources hydriques

La raréfaction de la ressource hydrique est aujourd’hui une vraie préoccupation au Maroc. Quel est votre regard sur la situation ?
Le Maroc figure aujourd’hui parmi les pays qui sont très concernés par la problématique du stress hydrique et je dirais même qu’il est parmi les pays qui sont les plus touchés dans le monde arabe. Malgré nos différentes avancées dans le secteur de l’eau on est encore loin de ce qui est énoncé par l’ONU. Aujourd’hui l’Etat doit mettre en place une politique de préservation des ressources hydriques, et cela est primordial au niveau de l’agriculture car il est le premier secteur qui consomme l’eau. A lui seul il est à l’origine des 3/4 de prélèvement annuel d’eau non seulement au Maroc mais dans le monde.

Quelle lecture faites-vous du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 ?
D’abord je salue l’initiative de l’Etat pour la mise en place de cet ambitieux programme qui va mobiliser 115 milliards de dirhams d’investissement, c’est la preuve qu’au plus haut niveau de l’Etat on a compris l’urgence du dossier. Si dans la vision et l’approche retenue pour ce programme tout est bien articulé, je me pose des questions sur les délais de mise en œuvre. Nous avions mis en place une commission, ainsi qu’une stratégie de construction de barrages pour le stockage d’eau, mais aujourd’hui le problème se trouve dans la célérité des actions. Et il faut dire que dans ce contexte actuel plus on tarde, plus la situation s’aggrave.

«Si l’agriculteur marocain n’a pas d’eau, il n’y a pas d’agriculture.», Imad Boulabat

Le taux de remplissage des barrages est également un indicateur inquiétant. Pouvons-nous dire que la stratégie de construction des barrages a été efficace ?
Nous avons quand même de grands barrages qui retiennent une bonne partie de la capacité nationale. Mais quand on observe le taux de remplissage, il est en baisse continue. Il faut noter que la politique de l’eau au Maroc ne date pas d’aujourd’hui et sa réussite dépend du fait qu’on arrive vraiment à préserver cette ressource qui est en train d’être touchée par le manque de pluies et surtout par l’évaporation. De nos jours l’évaporation au niveau des barrages constitue un véritable problème. Le fait de ne pas avoir de précipitations fait chauffer l’eau et entraîne l’évaporation. En somme la politique de l’eau est bonne, mais pourvu qu’il y ait des précipitations pour alimenter ces barrages.

Moins médiatisé, l’envasement des retenues des barrages est un autre fléau qui menace la sécurité hydrique du pays…
Oui effectivement ce sujet est moins médiatisé. Et il faut reconnaître qu’il entraîne une perte énorme des capacités. A mon avis je pense qu’on devrait communiquer davantage sur cette problématique parce que le problème de retenue risque de persister, ce qui par ricochet  entraînera des pertes énormes. Aujourd’hui tous les barrages sont touchés par cette problématique. Et il faut reconnaître que le ministère a pris la question très au sérieux. Cependant pour lutter contre ce problème il faut que l’autorité de tutelle s’inscrive dans une démarche d’action préventive.

Le Maroc peut-il miser sur le traitement des eaux usées pour une meilleure mobilisation de l’eau ?
Oui bien sûr. On peut économiser beaucoup d’eau si on arrive à traiter les eaux usées. Aujourd’hui nous avons quelques success stories à l’instar de la ville de Marrakech où une bonne partie des eaux usées est retraitée pour qu’elle serve à l’irrigation. Je sais que c’est coûteux de construire une station d’épuration mais cela reste primordial pour une grande ville touristique comme Marrakech qui dispose de 12 parcours de golf. D’une part cela va permettre d’économiser les ressources hydriques et d’autre part de réduire la pollution.

Pour atténuer le stress hydrique, certains suggèrent de renoncer aux cultures irriguées, qui sont «hydrivores» ?
Je pense que oui, parce que déjà certaines cultures aujourd’hui ne rapportent pas assez. Par exemple la culture des pastèques n’apporte pas de valeur ajoutée à notre pays. C’est plus une consommation. Pour moi il vaut mieux importer ce produit que de le produire localement. Par ailleurs, il faut dire que l’Etat à ce sujet a encouragé l’utilisation du «goutte-à-goutte». Cette solution se positionne comme une approche de gestion optimale de l’eau. Par ailleurs, je pense que oui, il faut réfléchir à renoncer à certaines cultures pour préserver l’eau.

Quelles sont, à votre avis, les principales solutions pour une gestion plus optimale des ressources hydriques ?
L’État a certes mis en place certaines mesures dans ce sens, malheureusement celles-ci ne sont pas respectées. On peut citer à titre d’exemple le cas des creusements de puits. Il est devenu possible pour toute personne de creuser un puits sans avoir l’autorisation de l’Etat, et cela n’est pas normal. On doit absolument censurer ces actions. D’autre part, l’Etat doit injecter des investissements importants, en l’occurrence dans l’extension des stations d’épuration et également en faisant appel à la technologie de dessalement.

La crise du Covid-19 défraie la chronique. Comment vous êtes-vous adaptés à ce contexte compliqué ?
Déjà nous en tant que filiale du groupe Wilo, lorsqu’on a pris connaissance de la maladie, on a choisi de réagir avec célérité. Nous avons pris nos dispositions une semaine avant l’annonce de l’état d’urgence. Nous avons instauré le télétravail à tous nos collaborateurs, nous avons pris des dispositions pour nos clients afin d’intervenir en cas de besoin bien évidemment avec toutes les mesures nécessaires. Je tiens à préciser que la filiale marocaine a maintenu tous ses effectifs et sans avoir recours au Fonds de solidarité.

Leader mondiale du génie hydraulique
Wilo Maroc propose aux régies d’utilité publiques et à l’ONEE, une vaste gamme de solutions complètes et innovantes pour une gestion optimisée de l’eau. Wilo est une filiale du Groupe allemand WILO SE, l’un des plus grands constructeurs mondiaux de pompes et de systèmes de pompage pour le génie climatique, la distribution d’eau, le relevage et l’évacuation des eaux usées. Wilo est représentée dans 50 pays à travers plus de 60 filiales. En 2018 le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 1,46 milliards d’euros.