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Le modèle à suivre

Dossier mai 2020

Le modèle à suivre

Les régies autonomes ont entrepris des projets d’envergure afin d’améliorer le niveau de rendement et de lutter contre la déperdition de l’eau. Pour mieux sécuriser la ressource, le modèle doit se dupliquer à l’échelle nationale.

Pari gagné pour les régies autonomes intercommunales de distribution d’eau et d’électricité d’Agadir, Fès et Marrakech. Considérées comme pionnières dans certains domaines, ces régies n’ont pas lésiné sur les moyens pour instaurer les infrastructures adéquates. Après l’épisode douloureux que le Maroc a connu dans les années 90, il fallait s’outiller pour faire face à un éventuel stress hydrique. Le manque fulgurant en infrastructure dédiée a amplifié la situation puisque près de 40% de l’eau potable destinée à la distribution été déperdue à cause des fuites. Et suite à cette situation, plusieurs villes connaissaient des coupures d’eau récurrentes. Ainsi, afin d’éviter les scénarios du passé la priorité a été accordée à la sécurisation de l’eau potable. La réhabilitation des réseaux et des branchements vétustes et l’amélioration du niveau de rendement ont été les mesures les plus urgentes à entreprendre. De ce fait, l’ensemble du système de fonctionnement a été revu de fond en comble. Les régies autonomes se sont dotées d’un système de télésurveillance permanente du réseau pour localiser les fuites et superviser l’étanchéité. Et pour une meilleure performance, elles ont investi ces dernières années dans du matériel à la pointe de la technologie concernant la modulation de pression, la détection la réduction d’apparition de nouvelles fuites. «Ces nouveaux outils nous ont permis la réalisation de gains considérables sur les débits de fuites dans les secteurs équipés de ce dispositif», se réjouit un responsable de la régie autonome d’Agadir, Ramsa. Et dans la même perspective de développement, la régie a lancé un projet pilote de «télé relève» pour 24 clients gros consommateurs, tels que les hôtels, les usines et les administrations pour une meilleure maîtrise de leurs consommations.

Télésurveillance


Même son coche auprès de la régie de Fès, Radeef. La surveillance à distance et la mise en place de régulateurs de pression a contribué considérablement à réduire les pertes sur le réseau de distribution. La réhabilitation des réservoirs existant n’est pas en reste. En effet, cette mesure fait également partie des programmes de gestion et d’économie d’eau. La ville connait la construction de trois nouveaux réservoirs dont l’achèvement des travaux est prévu pour l’année en cours augmentant ainsi, la capacité de stockage à près de 132.300 m3. «Toutes ces actions ont permis une économie de plus de 68 millions de m³ d’eau en 5 ans, améliorant par conséquent le taux de rendement», Mohamed Meziani, directeur adjoint de la Radeef. Résultats des courses : pour Fès, le rendement du réseau de distribution est passé de 60% en 2014 à 77% en 2019. Pour Marrakech, il est de 78% avec un taux de raccordement de 98,7%. Agadir est considérée comme meilleure performance nationale pour les différents opérateurs avec un taux de 80%. Une ambition à laquelle prétend la ville de Fès. Pour ce faire, la RADEEF a prévu une enveloppe annuelle de plus de 110 millions de Dirhams pour les 5 années à venir nécessaire pour poursuivre les actions suscitées. L’objectif étant d’atteindre un taux de rendement de 80% de son réseau à l’horizon 2020. 

Autre grand chantier et non des moindres, la réutilisation des eaux épurées. En effet, les stations d’épurations des eaux usées (STEP) offrent des solutions économiques, sociales et environnementales. Hormis, la résolution des problèmes sanitaires causés par les eaux non traitées, elles permettent aussi de réduire le déficit hydrique dont souffre une région comme Souss Massa. Caractérisée par un climat aride, avec des ressources en eau limitées, le bilan actuel de ces ressources dégage un déficit important que ce soit au niveau des eaux de surface ou au niveau des eaux souterraines. La surexploitation de la nappe phréatique a conduit à un déstockage continu qui se traduit par une baisse généralisée du niveau piézométrique (2 à 3 m par an). Le recours aux ressources non conventionnelles s’avère ainsi primordial. A cet effet, la Ramsa a consenti des investissements importants pour le traitement des eaux usées au niveau de la station d’épuration, Mzar, qui depuis sa mise en service en 2010 a pu assurer un potentiel annuel de 12 millions de m3 en eaux épurées. Cette dernière a également permis de satisfaire les besoins des golfs et espaces verts pour une superficie globale estimée à 1.028 hectares. «Tous les golfs du Grand Agadir sont irrigués en eau épurées, soit une consommation journalière d’environ 15.000 m3 par jour. La Step a pu aussi substituer une partie de l’eau de surface utilisées dans l’arrosage des espaces verts», précise la même source.

Le pionnier

Quant à Marrakech, elle reste pionnière en matière de réutilisation des usées traitées. C’est l’unique ville du pays qui utilise les eaux épurées pour l’irrigation des complexes golfiques, de la palmerai et des espaces verts. Réalisée sur trois phases, la Step gérée par la régie de la ville ocre, Radeema a nécessité une enveloppe budgétaire de 1.502 milliard de dirhams financé dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la participation des promoteurs de projets golfiques, de l’Etat et de la Radeema. «La station traite actuellement plus de 40 millions m3 par an. Elle constitue une ressource d’eau alternative inépuisable et renouvelable des eaux non conventionnelles», déclare Amine Berrada, responsable à la Radeema. Dans le même contexte, la régie autonome de la ville ocre a lancé un projet de séchage solaire de boues issues de la station d’épuration pour un investissement de 170 millions de dirhams. La capacité actuelle de traitement de boue est estimée à une siccité est 22% qui peut atteindre 205 tonnes par jour. La Radeema ambitionne pour une meilleure valorisation, d’augmenter la siccité des boues à 80%.

En revanche, la station d’épuration de Fès sort du lot. En effet, en dehors du traitement des eaux usées, elle abrite une unité de cogénération de l’électricité à partir du biogaz. «Cette unité permet de produire et de couvrir plus de 70% des besoins propres en énergie électrique de la Step», fait savoir Meziani. Pour rappel, la station d’épuration de Fès est de type boues activées moyenne charge. Elle permet de traiter un débit de 155.400 m3 par jour et une charge polluante de 64 tonnes par jour de demande biochimique en oxygène (quantité d’oxygène pour oxyder des matières organiques biodégradables). Ainsi, la ville a pu réaliser un abattement de la pollution à hauteur de 85%, ce qui permet une nette amélioration de la qualité de l’eau du milieu récepteur.

Certes, ces régies ont pu tirer leur épingle du jeu et se placent en tête de liste en matière d’économie d’eau et de traitement des usées épurées, et peuvent même être un modèle à suivre, mais le champ d’utilisation des eaux traitées n’est pas très élargi. En fait, l’irrigation avec les eaux non conventionnelles se limite aux pelouses des golfs, des espaces verts et quelques industries notamment le phosphate. Or, la production agricole, à l’heure actuelle, ne figure pas au programme.