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FNCL/ANP, la bataille est livrée

Entreprises mai 2020

FNCL/ANP, la bataille est livrée

Les importateurs des céréales sont furax depuis l’annonce des mesures contraignantes par l’ANP. Un bras de fer s’est enclenché entre les deux parties concernant le recours au déchargement dans les silos portuaires à grains.

Le Maroc remue ciel et terre pour s’armer du mieux qu’il peut afin de faire face à la pandémie du coronavirus en prenant les dispositions nécessaires pour que le pays ne manque de rien. A cet effet, le gouvernement a décidé de maintenir les importations prioritaires pour le pays, telles que les produits énergétiques, pharmaceutiques, alimentaires, notamment les céréales. D’ailleurs, eu égard aux niveaux des prix du blé sur le marché international, le prix FOB du blé atteindra entre 266 et 276 dirhams le quintal, ce qui reste supérieur au prix envisagé par le gouvernement qui est de 260 dirhams le quintal. Ainsi, pour éviter une hausse des prix sur le marché local, l’État a suspendu les droits d’importations, fixés à 35%, et a incité les importateurs à augmenter le volume des importations en blé tendre qui devront s’approvisionner pour près de 1,8 million de tonnes de blé tendre sur trois mois (de mi-mars à mi-juin), contre approximativement 2,8 millions de tonnes par an. Même son de cloche auprès de la Fédération nationale de la minoterie qui a attesté que les volumes traités ont été triplés en ces temps de crise. Cette affluence massive des navires céréaliers a ainsi engendré une saturation au niveau des quais dédiés aux céréales. Mais pour éviter le temps d’attente des navires en rade, il y a moyen de procéder à une sortie directe. En d’autres termes, les navires déchargent la cargaison dans des quais banalisés destinés à d’autres types de marchandises lorsqu’ils sont libres. Cette option permet aux importateurs ou aux clients de décharger directement dans les camions. Alors qu’en temps normal, le déchargement s’effectue progressivement via des silos portuaires de grains sur des quais dédiés. Au niveau des ports concernés, à savoir Casablanca, Nador, Safi, Agadir et Jorf Lasfar, ces silos sont détenus par Sosipo, filiale de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) et Mass Céréale, qui jouissent d’une position de duopole. Cette voie d’évacuation impose à tout importateur de payer des droits pour l’utilisation des silos. Mais eu égard aux circonstances actuelles, les professionnels optent pour la sortie directe afin de fluidifier le flux et éviter le goulot d’étranglement. Or, l’Agence nationale des ports (ANP) ne partage pas le même avis et a refusé l’accès aux quais banalisés tant que certaines conditions ne sont remplies. En effet, il faut qu’il y ait au moins 5 navires céréaliers en attente pendant 5 ou 6 jours pour donner accès à ces quais qui ne devraient pas dépasser 3 pour le port de Casablanca. Pour les autres ports, la condition concerne 3 navires et 3 jours d’attente. Une aberration à en croire la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL). «Les décisions de l’ANP pour définir les règles d’accostage ne sont pas les bienvenues dans le contexte actuel.  Au lieu de faciliter, puisqu’on est venu en masse pour répondre aux besoins du pays, cela contrarie la logistique portuaire. De plus, il y a de la tension sur les transports et des problèmes de disponibilité des wagons et des silos qu’il faut prendre en compte», s’indigne Jamal M’hamdi, président de la FNCL.

Pour les importateurs céréaliers, le temps, c’est de l’argent. En effet, lors d’une procédure d’achat de graines ou autres matières premières, les importateurs s’engagent avec les fournisseurs via un contrat dans lequel les délais sont stipulés. Arrivé à bon port, le navire devrait commencer à décharger dès le lendemain. Et comme les délais et la quantité journalière à décharger sont stipulés dans le contrat, le compte à rebours démarre. Passé le délai précisé, l’importateur paie des surestaries ou des pénalités de retard qui oscillent entre 15.000 et 20.000 dollars par jour. Et c’est ce qui a suscité la colère des professionnels.


Opposition
Et pour contrecarrer ces mesures, la fédération n’a pas ménagé ses efforts pour faire entendre sa voix. Des courriers ont été adressés aux ministères de l’Agriculture et de l’Equipement exprimant le désarroi des professionnels face à ces décisions qu’ils jugent inappropriées au contexte et à la profession et énumérant les répercussions de telles contraintes. Selon M’hamdi, ces doléances ont trouvé une écoute attentive auprès des départements concernés et une procédure d’étude du dossier est entamée. Pour sa part Nadia Laraki, directrice générale de l’ANP, estime que l’agence a accordé des facilitations aux opérateurs en ouvrant près de 6 quais banalisés pour les céréales afin d’assurer un flux continu et limiter le temps d’attente. Des allégations réfutées par la fédération des professionnels. «Le conflit avec l’ANP ne date pas d’aujourd’hui. A travers ces décisions, l’agence veut nous forcer la main pour passer par les silos puisqu’elle a donné concession aux deux moyennant une redevance annuelle sur un tonnage défini et réalisé», dévoile M’hamdi. Pour rappel, ces silos de transit disposent d’une capacité totale qui s’élève à 115.000 tonnes dont 70.000 tonnes à Casablanca et ne sont pas outillés pour traiter les bateaux mixtes, dit Combo, qui comprennent d’autres céréales que le blé. Dans ces cas de figure, c’est Marsa Maroc qui s’en occupe. Et d’ailleurs, une des sources du conflit reste le tarif imposé sur le marché. Selon les professionnels du secteur, Marsa Maroc pratique des prix 50% moins chers que les concurrents qui appliquent le plafond du barème fixé et ne laissent le champ ouvert à aucune négociation. Et d’ajouter: «Nous ne sommes pas contre le déchargement dans les silos, il s’agit d’un opérateur indispensable pour notre activité. Cette option nous permet de décharger la cargaison progressivement, mais il est important d’instaurer la bonne gouvernance». Pour en savoir davantage sur ce rapport de force, Economie Entreprises a contacté Sosipo qui n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations.

A noter que le mécanisme relatif aux importations des céréales est particulier. Pour l’ensemble des matières premières qui font l’objet d’une cotation sur une Bourse, le prix de la marchandise est composé du contrat futur qui est un contrat à terme coté sur la Bourse de référence contenant le prix de l’offre et de la demande sur le marché boursier. S’ajoute à cela une prime qui intègre la valorisation de l’origine et la qualité ainsi que le fret jusqu’au port de déchargement. La prime fait généralement l’objet de négociation avec le fournisseur et prend le temps d’acheter progressivement le contrat futur pour compléter le prix d’achat, c’est ce qu’on appelle communément l’achat à la prime. Ce système d’achat est préconisé par les professionnels du secteur car il permet une meilleure transparence dans le pricing et offre une gestion des risques de marché souple et sans coûts. Ainsi, une fois la prime fixée, l’importateur dispose d’un délai jusqu’à la date de chargement de la marchandise pour fixer les contrats futurs et transférer au fournisseur des contrats futurs fixés avec un courtier ou une banque contrepartie. Tout compte fait, le bras de fer entre les différents opérateurs liés aux importations des céréales aurait pu être déjoué si le secteur était plus structuré. La gouvernance fait de nouveau défaut, et la libéralisation du secteur éviterai forcément ce genre d’altercations. Mieux encore, le stock de sécurité du pays serait maîtrisé