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Plus rien ne sera comme avant

Édito mai 2020

Plus rien ne sera comme avant

Depuis plusieurs jours maintenant fleurissent sur Internet des documents, faux pour la plupart et sans aucune valeur, décrivant la sortie de confinement du Maroc. Les scénarios, réalistes ou pas, qui y sont décrits démontrent finalement une seule chose. L’attente n’a que trop duré. On ne parle pas ici du sentiment exacerbé que l’on peut avoir dans la salle d’attente d’un médecin ou de l’ennui accumulé durant plusieurs semaines de confinement. Il s’agit plutôt d’une grosse épine au pied empêchant tout pas vers l’avant: l’économie est à bout de souffle. La plupart des dirigeants n’en peuvent plus et commencent d’ailleurs à lorgner sérieusement l’exemple suédois. A choisir, il serait plus salutaire de laisser courir le virus que de tuer tout espoir de reprise. La date du 20 mai donc ne sera vraisemblablement pas repoussée et le Maroc devra s’habituer à vivre désormais avec ce risque.

Sauf que déconfinement ne rime pas forcément avec reprise. Plusieurs secteurs ont été irrémédiablement touchés par cette crise et leur cerveau a été trop longtemps privé d’oxygène pour ne pas montrer des séquelles à vie. C’est le cas des banques. Dans un rapport plus réaliste cette fois-ci, Moody’s peint de noir les perspectives du système bancaire marocain et dégrade sa note dans un contexte de crise pandémique. Et c’est du côté de la performance des crédits que pointe le doigt de l’agence de notation. La détérioration de cet indicateur viendra s’ajouter aux prêts à problème élevé déjà existants en raison des concentrations d’emprunteurs. Le chiffre alarmant de 11% est même avancé, ce qui reste encore très loin des 15% que reconnaissent officieusement plusieurs acteurs du secteur. Nous l’avions déjà évoqué dans nos colonnes, la chevauchée folle de ce ratio inquiète. Se situant au niveau de 8,1% à fin 2019, les créances douteuses n’ont pas cessé de croître depuis 2011 où elles se situaient à 4,7%. Tout cela à cause de la vague de dations en paiement permise par la banque centrale pour sauver les mastodontes de l’immobilier.

Si le scénario de création d’une structure type «Bad Bank» pour défausser le système de tous ces prêts toxiques a été évité grâce à l’éclosion de sociétés de gestion d’actifs, l’éventualité d’une restructuration du secteur n’est pas à exclure. Elle est même souhaitable. Couvées par un régulateur qui a réussi à ancrer l’idée que la capacité du marché marocain ne supporte pas l’arrivée de nouveaux concurrents, protégées par une position oligopolistique qui lui offre le luxe d’ignorer les exigences liées à la protection du consommateur, les banques ont continué à engranger leurs marges confortables affichant des résultats insolents même en temps de disette. La crise du Covid-19 vient sonner la fin de la récré en mettant à nu un système vieillissant dont les jours fastes sont bien derrière lui.